IV
Ne vous attendez pas à autant d'éloges pour votre poëme. Ne rougissez-vous pas, monsieur, de dépenser tant d'esprit et de talent pour un pareil sujet? Savoz-vous qu'il y a dans ce poëme, en traits piquants, en vers heureusement tournés, de quoi faire la fortune d'un sujet mieux choisi? Plus d'un satirique doit vous porter envie. Mais, encore un coup, pourquoi n'avoir pas appliqué ces preuves d'un rare talent à une matière mieux choisie ou à une composition plus méditée'?
Je n'en ai pas moins lu cette œuvre avec un véritable plaisir, et, malgré les gronderies que je me permets, avec une grande espérance d'avenir pour votre muse.
A MONSIEUR DEHIN
7 septembre 1851.
Je regrette bien, mon cher Dehin, que vous n'ayez pu accomplir votre projet de voyage. Voilà le beau temps passé, et sans doute aussi je vais m'absenter pour quelque temps, quoique cela me coûte, par la même raison qui vous empêche devenir visiter Paris. Mais vous avez une consolation d'avoir manqué cette partie de plaisir; le souvenir de la bonne action que vous avez faite doit être plus doux à un cœur comme le vôtre que celui que vous eût laissé le spectacle de notre capitale, quelque plaisir que vous y eussiez
' Ce petit poëme a été depuis refondu et publié pour quelques amis sous le titre : Une épopée.
M, B;irau(lei;uy-Dupont a |iu])lié, à diverses reprises, des poésies aux(ju(!lles la critique n'a fail nulle alli'ution, et ipii méritaient cependant qu'elle les distinguât. Ses écrits les plus récents sont les meilleurs.
DE BÉUANGER. 123
pu prendre. D'ailleurs, l'année prochaine, votre nouvelle position vous permettra peut-être ce qui ne vous a pas été possible cette année.
J'ai reçu votre traduction des fables ; remerciez-en de ma part M. Bailleux. A propos! il m'est arrivé de Liège un gros paquet de vers wallons d'un M. Hassert, surnommé dans son portrait le Béranger liégeois.
Je ne puis malheureusement pas plus lire ses vers que les vôtres et ne sais que trop lui répondre. Il désire que je signe en tête de la souscription pour l'impression de ses chansons, qui vont paraître. Je ne demande pas mieux que de souscrire, mais encore serais-je bien aise de connaître un peu l'esprit des œuvres à publier. Je pense que vous pouvez me mettre au courant de cette affaire, et vous autorise, s'il vous convient, d'intervenir dans cette souscription, d'y faire mettre mon nom, sauf à vous envoyer la somme pour laquelle vous m'aurez fait inscrire. Je vois que Liège ne peut manquer de chansonniers : vous êtes toujours de vieux Gaulois.
Adieu, mon cher Dehin, répondez-moi et n'affranchissez plus vos lettres, parce que cela me forcerait d'affranchir les miennes, ce qui est un embarras dans notre grande ville où l'on n'a pas toujours les bureaux sous la main.
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