‹ Correspondance de Béranger (volume 5)Chapitre 97 sur 136 · A MONSIEUR A. AUBRY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR A. AUBRY

19 octobre 1855.

Pardonnez-moi, monsieur, d'avoir tant tardé à vous remercier de l'envoi que vous avez eu la bonté de me faire de votre Paris démolie

Avant de vous rendre grâce de ce cadeau, j'ai voulu le lire et l'ai lu en vrai Parisien rempli d'intérêt pour tout ce qui touche son berceau. Or, tout vieux que je suis, je ne dispose pas encore de tout mon temps.

Je viens un peu tard, mais après lecture faite, vous prier d'agréer mes remercîments pour cet ouvrage, très-bien écrit, résumé de curieuses recherches, et dont l'auteur est un homme aussi judicieux qu'instruit, capable de faire beaucoup plus, j'en suis sûr.

Vous voyez, monsieur, combien je vous suis obligé, et veuillez en recevoir mes bien sincères remercîments, ainsi que l'assurance de mes sentiments distingués.

* Recueil d'articles sur Paris de M. Kdouard Fouruier.

DE BÉHANGEIl. ô^

A MADAME VICTOR HUGO

51 octobre 1855.

Chère dame, un ami m'apporte le Moniteur. Qu'y voisje? bon Dieu! On vous proscrit du lieu de votre proscription. Je viens de consulter quelques personnes qui s'intéressent à Hugo et à vous tous. Aucim ne me met au courant de ce qui a pu motiver cette mesure de rigueur. Car, dans le peu qu'on me dit, il m'est impossible de démêler une cause ou même un prétexte qui pût atteindre notre grand poëte.

Je suis bouleversé de ce nouveau malheur qui vient de frapper votre famille. Malheureusement je suis sans autorité, sans pouvoir, sans relations puissantes. D'ailleurs, je sens trop bien la position d'Hugo pour essayer même une démarche que, pour mon propre compte, je ne voudrais pas faire.

Mais, pour Dieu, faites-moi savoir, chère dame, le parti que vous et notre ami allez prendre. Où allez-vous aller?

Un mot de vous, je vous prie, si vous avez le temps de l'écrire. Dites-moi où mes vœux doivent vous suivre. Ditesmoi surtout si je puis ici vous être utile. Je suis bien vieux sans doute, mais je sais encore marcher. Faites-moi courir si cela vous est nécessaire.

J'ai assez souffert depuis trois mois, mais la santé me revient; usez donc de mes offres si mes services vous sont nécessaires.

Vacqueric m'était venu donner de vos nouvelles à tous.

Il devait (il y a six semaines de cela), il devait venir cliei- IV. 41

cher une lettre de moi en réponse à voire dernière. Seraitil encore à Paris, auprès de sa mère? J'ai grand regret de ne savoir où le prendre.

Je vous le répète, chère dame : si, malgré mes soixantequinze ans passés, je puis vous être bon à quelque chose, j'en serai heureux et fier.

Chargez-vous de tous mes témoignages d'attachement pour notre grand poëte et pour vos enfants

A. MADAME BLANCIIEGOTTE

5 décembre 1855.

On ne lit pas un volume de poésie* en quelques heures, ni de suite. J'attendais que vous vinssiez me voir pour vous dire mon opinion. Je n'ai pas encore tout lu; mais, puisque vous êtes si pressée de savoir cette opinion, je me hâte de vous dire que, si vous étiez comtesse ou duchesse, faisant de pareils vers, tout le monde crierait au miracle. Il Y a beaucoup à reprendre dans votre volume ; mais il est plein de poésie, malgré les inexpériences et un trop grand laisser aller.

L'ordre manque; malgré tout, je vous le répèle, il y a tous les éléments d'un succès mérité.

1 II s'agit de Rêves et Réalités. Ce -volume a attiré un moment l'attention de madame Blanchecottc, qui, à vingt-cinq ans, ouvrière et ignorante, publiait des vers aussi distin^niés par le style que par la pensée. L'Académie lui a une fois accordé un encouragement. Mais un talent de coite nature méritait quelque chose de plus. On a souvent fait davantage pour de simples versilicateurs qui ne s'élaienl point créés tout seuls. Ici, nous avons affaire à un poêle né dans la misère et la souffrance. C'est à madame Blanchccotte, plus qu'à toute autre, que le patronai^e de Bérangcr fait défaut. 11 n'eût pas voulu laisser sans récompenses tant de peines et laul d'efforts joints à des dons naturels si remarquables.

Mais à quelle époque venez-vous?

Si quelqu'un veut et peut se charger de vous faire rendre justice, vous arriverez peut-être à une belle place. Sans ce dieu protecteur, j'en désespère. J'ai enterré ce matin ce pauvre Bérat\

GGLXVII

A MONSIEUR BOUFART

16 décembre 1855.

Cher monsieur, malgré l'état maladif qui m'a saisi depuis quelque temps, je suis bien fier de la nouvelle que vous voulez bien me donner. Mon nom va donc traverser les mers !

Dieu veuille protéger le beau bâtiment dont vous êtes le parrain ! Quel pauvre saint vous lui avez donné pour patron !

Cela n'a pas empêché un homme d'esprit de faire au bateau de charmants couplets que je vous remercie de m'avoir envoyés. Il me semble qu'on n'en fait plus d'aussi bons à Paris.

Remerciez, je vous prie, pour ma part, monsieur, l'auteur, M. Paul Vasselin. C'est sur le mérite de son chant que je compte pour attirer les bénédictions sur le Déranger. Qu'il parte, mais que, bientôt de retour, il apporte de gros bénéfices à son propriétaire!

J'ai soixante-quinze ans et quatre mois : si je suis encore de ce monde à son retour, ayez, je vous prie, mon-

* Mort rue de Lille, au coin de la rue de Poitiers, à la suile d'une maladie du système nerveux. Bérat avait besoin d'images riantes et redoutait le retour de l'hiver. Le soir même du jour où on le portait au cimetière, il neigeait sur sa tombe.

sieur, la honlé de m'en apprendre la nouvelle. Croyez que tout ce qui pourra vous être heureux sera un sujet de joie pour moi.

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