Le P. J. Shirburne a Bossuet
Monseigneur, J'ai reçu une lettre depuis peu d'un de nos Pères1 en An- Lettre 377. — Joseph Shirburne, bénédictin anglais, du prieuré de Saint-Edmond, au faubourg- Saint-Jacques, à Paris, fut élu prieur de cette maison le g août 1673. Il en fit démolir la chapelle le l\ avril i6"4, et, le 29 mai suivant, la fille du duc d'Orléans, future reine d'Espagne, posa la première pierre d'une nouvelle église dont les bâtiments existent encore au n° 26g de la rue Saint-Jacques. On le voit de nouveau élu prieur en 1681, et nommé encore en i685, 1689 et i6g3 (Gallia Christiana, t. VU, col. io84 et sq. ; G. Oliver, The History of the catholic religion in Cornwall, Devon, Dorset... Londres, 1807, in-8, p. 4go, 536).
I. C'est le P. Henri (en religion Joseph) Johnston, né d'une noble famille d'Ecosse (Le Dictionnaire de Sidney Lee fait de lui le frère du célèbre médecin Nathaniel Johnston, fils de Jean Johnston; mais cette parenté nous paraît douteuse). Ayant fait profession
III — ik
2IO CORRESPONDANCE [avril 1686
gleterre, qui me mande qu'il a traduit en anglais le livre composé par Votre Grandeur, de Y Exposition de la Foi catholique, etc. La traduction est si bien reçue, qu'en trois mois de temps on en a débité plus de cinq mille copies ; et à présent, le libraire la réimprime pour la troisième fois. Mais il est nécessaire de donner quelque Avertissement pour servir de réponse aux objections d'un ministre2, qui a fait des remarques malicieuses sur l'ouvrage de Votre Grandeur, selon qu'il est marqué dans ce papier. C'est pourquoi je la supplie très humblement de nous instruire de ce que nous pouvons y répondre, et elle obligera très particulièrement, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
F. J. Shirburne, Supérieur des Bénédictins anglais. A Paris, ce 3 avril 1686.
dans l'Ordre de saint Renoît, à Dieulouard, en Lorraine, le 26 mai 1675, il Fut employé à des missions, puis attaché, sous Jacques II, à la chapelle royale, à Londres. Il quitta l'Angleterre en 1696, fut, l'année suivante, élu prieur du couvent des bénédictins anglais du faubourg Saint-Jacques ; mais il se démit bientôt de cette charge et se retira à Saint-Faron de Meaux, puis à Douai. En 1701, il fut sous-prieur du couvent de Paris, à la tête duquel on le voit encore élu en 1705. Il y resta jusqu'en 1710. On le trouve en 1717 prieur de Durham. Enfin, il mourut à Paris, le 9 juillet 1723.
On peut voir à la Bibliothèque Nationale (Pièces originales et Dossiers bleus, au mot Johnston) quelques lettres de lui relatives à la généalogie de sa famille. Consulter Bennett Weldon, Chronological notes containing the rise, grovvth and présent state of the english congrégation of the order of St. Benedict, Stanbrook, 1881, in-4 ; Sidney Lee, Dictionary of National Biography, t. XXX ; Gallia christiana, t. VII, col. io84 et suiv. ; G. Oliver, op. cit., p. 491-
2. Guillaume Wake était chapelain de lood Preston, qu'il avait accompagné à la cour de France en 1682. Plus tard, il se rallia au prince d'Orange, qui fit de lui le secrétaire de son cabinet. Il devint, en 1705, évêque de Lincoln et, en 1716, archevêque de Cantorbéry. Il mourut en 1737. Dans son séjour en France, il s'était lié avec Picques, docteur de Sorbonne, et cette liaison lui fournit l'occasion d'entrer en relations avec Ellies du Pin en vue d'une réunion de l'Eglise gallicane avec l'Eglise établie d'Angleterre (Voir ses lettres à la Bibl. Nationale, f. lat. 17689, f° 56 et suiv.). L'ouvrage dont il est
avril 1686J DE BOSSUET. 211
Traduction de la lettre écrite en anglais par le P. J. Johnston au P. J. Shirburne.
Je vous enverrai au plus tôt, par Mademoiselle Harris3, deux de mes traductions 4 anglaises du livre de Monseigneur de Meaux, qui a pour titre V Exposition de la foi, etc. Une troisième édition est présentement chez l'imprimeur. Je vous enverrai aussi un livre qui entreprend de le réfuter par manière d'une Exposition de la doctrine de l'Eglise d'Angleterre. Mais, dans la préface, je rencontre quelques matières de fait, auxquelles je ne pourrai pas facilement répondre sans quelque assistance, soit de la part de Monseigneur même, ou de quelques-uns parmi vous.
Premièrement, il dit que la Sorbonne n'a pas voulu approuver le livre, et que même la première édition était entièrement supprimée, parce que les docteurs de Sorbonne y trouvaient à redire, et qu'une seconde impression a été imposée au monde comme si elle était la première.
Secondement, qu'il y avait une réponse écrite par M. M5., qui n'a pas été publiée.
Troisièmement, que les doctrines qui s'y trouvent ont été combattues respectivement, par des catholiques, nonobstant toutes les approbations, savoir les prières explicites aux saints avec un Ora pro nobis, par le P. Grasset6, jésuite, dans son
ici parlé est intitulé Exposition of the Doctrine of the Church of England, Londres, 1686, in-4. Sur les défenseurs et les adversaires anglais de l'Exposition de Bossuet, on consultera avec fruit les articles de M. G. Lambin, Les rapports de Bossuet avec l'Angleterre, dans le Bulletin du Bibliophile, septembre et novembre 1909.