A Paris et à la Cour
g. Bossuet ne se trompait pas.
10. Il doit demeurer dans son diocèse. C'était aussi l'avis de l'abbé de Rancé, qui écrivit le i4 octobre 1686: « Je crois, Monseigneur, puisque Votre Éminence m'ordonne de lui dire mes pensées, que vous ne devez vous montrer ni à la cour de France, ni à celle de Rome, ni sortir de votre diocèse, à moins que quelque occasion indispensable ne vous en tire. Je n'estime pas non plus que vous deviez augmenter ni votre dépense, ni votre train, si ce n'est quelque officier qui vous peut être devenu nécessaire ; il faut que votre table soit toujours la même et que vous ne changiez rien de votre austérité accoutumée. Cette égalité, cette simplicité, qui est si rare et qui n'est point connue dans nos temps, plaira à Dieu, sera approuvée des hommes, consolera les gens de bien et désarmera l'envie de vos ennemis. » (Dans D. Serrant, l'Abbé de Rancé el Bossuet, Paris, igo3, in-8, p. 276.) Jamais depuis Le Camus ne reparut à Paris.
1 1. Louis Le Loureux, seigneur de Saint-Louis, ci-devant brigadier de cavalerie, fort estimé du Roi ; il avait vendu son régiment en i684, et s'était retiré à La Trappe, où l'abbé de Rancé le logea dans l'appartement des abbés commendataires. Il y mourut le 8 octobre 1714, âgé d'environ quatre-vingt-cinq ans. Saint-Simon, son ami, parle de lui à plusieurs reprises. Voir, en particulier, l'édition de Boislisle, t. III, p 256, et t. V, p. 3go et l'édition Chéruel, t. X, p. 333. Voir aussi D. Pierre Le Nain, la Vie de Dom Armand-Jean Le Bouthillier, abbé de Rancé, Paris, 1719, 2 vol. in-12, t. I, p. 4oo et suiv.
sept. 1686] DE BOSSUET. 3o5
vois l'état où je l'ai trouvé à la Trappe12, et combien il était touché de ses bontés. Gela a été bien reçu ; je n'ai pas cru devoir en dire davantage pour cette fois. Dans le peu de temps que j'ai été à Versailles, je n'ai pas eu occasion de parler de lui13 au Roi, et je n'ai pas rencontré M. [le] M. de Saint-Pouange14; mais je me charge de bon cœur de la sollicitation de la pension, dans le temps dont je le prie de m'avertir. J'espère aller demain coucher à Meaux, où j'apprendrai toujours avec joie des nouvelles de votre santé. Mais surtout quand il y aura la moindre chose à faire pour votre service, vous ne sauriez me faire un plus sensible plaisir que de m'en donner la commission. Je suis à vous, Monsieur, comme vous savez, et je prie Dieu qu'il vous continue ses bénédictions. M. Pellisson l0 a été fort touché de vos bontés ; et M. le Contrôleur-général'6, très ravi d'apprendre la continuation de votre amitié et de vos prières. J. Bénigne, é. de Meaux.
12. Nous avons ici la preuve d'un voyage fait récemment par Bossuet à la Trappe, et dont l'abbé Nicaise avait donné la nouvelle au P. Quesnel : « M. de Meaux est allé à la Trappe pour faire une retraite. » (Dans les Œuvres d'Arnauld, t. II, p. 720 et 721.)
i3. La copie de Paris donne vous : nous suivons de préférence celle du Grand Séminaire de Meaux, qui offre un sens plus satisfaisant.
i4- La copie donne : « M. M. de Saint-Pouange » ; celle de Meaux: « MIS ». Il nous semble qu'il faut entendre: M. le M[arquis]. Bossuet veut parler de Pierre Gilbert Golbert, marquis de Saint- Pouange (mort le 23 octobre 1706), secrétaire du cabinet du Boi. Il avait épousé en 1675 Marie Bertberat. Son fils, FrancoisGilbert Golbert, qui fut maréchal de camp le 1e1' mars 1719 et mourut le 11 novembre suivant, était donc trop jeune pour qu'il soit ici question de lui.
i5. Sur Pellisson, voir p. 189, note 5.