CINQUIÈME PROPOSITION
La grandeur du péché est infinie.
Démonstration. — La grandeur et l'énormité du péché se mesurent par l'excellence et la dignité de la personne fofensée, comme il est prouvé par le deuxième axiome. Or, il est visible que Dieu, c'est-à-dire l'Être infiniment parfait, offensé par le péché, est d'une excellence et d'une dignité infinie. Donc la grandeur du péché est infinie.
Éclaircissement. — Il se trouve des gens qui croient pouvoir éluder la force de cette démonstration en disant qu'il n'y a rien que de fini dans la créature, qu'ainsi tous ses actes sont finis, et que par conséquent la grandeur du péché n'est que finie. Mais on devrait prendre garde que le péché ou, pour parler plus exactement, que le formel, l'essentiel du péché n'est point un acte. Le péché n'est qu'un dérèglement, un désordre, un éloignement de Dieu, une pure privation ; il n'a ni forme, ni essence, ni nature, ni réalité : en un mot, c'est un pur néant. Or, qui conçoit bien cela, comprend aisément que, quoiqu'il n'y ait rien que de fini dans la créature,
son péché ne laisse pas d'être d'une grandeur infinie, parce que du néant à l'être, mais surtout à l'Etre infiniment parfait, il y a une distance infinie ; en un mot, il n'y a nulle proportion finie.