‹ Correspondance de Bossuet (volume 3)Chapitre 276 sur 308 · A Mabillon · texte numérisé non relu

A Mabillon

A Paris, 29 janvier 1688.

Je vous remercie de votre mémoire sur Maxence \ J'en avais assez pour mon dessein 2 de ce qui en était dans Eusèbe, mais j'étais bien aise de savoir s'il n'y avait rien davantage. Je puis aussi me contenter de ce que dit Lactance de Constantius Chlorus, de Mor-

Lettre 463. — 1. Deforis a joint à cette lettre le mémoire en question, que nous croyons devoir reproduire.

« Je ne me souviens point d'avoir vu aucun acte de martyrs qui soit bon, sous la persécution de Maxence. Il n'y en a aucun dans le petit recueil sur lequel je travaille. Eusèbe dit que Maxence donna d'abord un édit en faveur des chrétiens (Hist. Ecoles., lib. VIII, cap. xiv), pour faire paraître qu'il avait de la douceur, mais qu'ensuite il se laissa aller à toute sorte de cruauté, d'impiété et d'injustice; il ne parle pas néanmoins qu'il les ait exercées en particulier sur les chrétiens, quoiqu'il le compare avec Maximin, qu'il dit les avoir beaucoup persécutés. Ce même historien rapporte plus au long, dans la Vie du grand Constantin, les dérèglements de Maxence (Ubi supra, lib. I, cap. xxxiii et seq.), mais il ne marque point non plus, en cet endroit, que ce tyran ait fait delà distinction entre les chrétiens et les païens, sinon que les femmes chrétiennes témoignaient bien plus de courage que les païennes pour conserver leur honneur, ce qui était à quoi ce tyran en voulait le plus. Il marque même qu'une femme de qualité aima mieux se faire mourir que de souffrir la violence de Maxence.

Pour ce qui est des actes de saint Marcel, pape et martyr, on ne doit point du tout les tenir pour sincères. Le cardinal Baronius avoue même qu'il y a des faits qui sont tout à fait insoutenables. Je crois que tout ce qu'on peut croire de sûr de ce saint, est renfermé dans les vers que saint Damase, pape, a faits de lui, où il dit qu'il fut envové en exil. Baronius rapporte ces vers au troisième tome de ses Annales, et après lui Bollandus, au 16 de janvier. »

2. Bossuet, qui travaillait alors à son explication de l'Apocalypse, avait besoin d'établir que Maxence avait persécuté les chrétiens. Il s'est servi des renseignements fournis par Mabillon, au ch. xiii de son livre Y Apocalypse avec une explication. Paris, 1689, in-8.

4g6 CORRESPONDANCE [janv. 1688

tihus persecutorum* ; mais je souhaiterais savoir si, en Espagne ou ailleurs, dans sa portion de l'Empire, il n'y a point eu quelque martyre ou quelque exécution contre les chrétiens durant la persécution. Pour les Gaules, où il était, je ne crois pas qu'il y en ait eu ; mais il est bon de savoir ce que les magistrats pourraient avoir fait, en exécution des édits qu'il n'avait point révoqués4.

La même chose du césar Sévère ; quoique, pour celui-ci, je ne voie pas qu'il puisse rien y avoir, ni tant qu'il a été césar, ni dans le peu de temps qu'il a été empereur.

Je m'avise que quelques canons du concile d'Elvire r> marquent en Espagne quelques souffrances de

3. Cap. xv et xx [P. L., t. VII, col. 216-217]. Le De morlibus persecutorum publié pour la première ibis, en 1679, par Raluze, et traduit en 1680 par Maucroix, était fort goûté de Bossuet. Ce seul ouvrage, écrit-il, « nous apprend plus les caractères de ces princes (persécuteurs) que n'avaient fait jusqu'ici toutes les histoires. » (Préface sur l'Apocalypse, xxvi). Les protestants, de leur côté, s'en faisaient une arme : ils voyaient dans la maladie de l'empereur Galère une image de celle de Louis XIV, qui les avait proscrits. G. Burnet en a fait une version anglaise, que Basnage a mise en français, Ltrecht, 1687, in-12. L'abbé de Longuerue relevait des erreurs dans le De mortibus persecutorum et niait que cet écrit fût de Lactance ; son opinion a été adoptée par D. Le Nourry, dans la nouvelle édition donnée par lui en 1710. (Cf. Longueruana, Berlin, 1754, in-12, 2e part., p. 97.) La question d'authenticité n'est pas encore définitivement tranchée. (Voir Bardenhaewer, Les Pères de l'Eglise, éd. française par Godet et Verschaffel, Paris, 1898, in-8, t. I, p. 369 et Lactanti Opéra omnia. p. II, fasc. 11, éd. Brandt, Vienne, 1897, P- xvm)

!\- D. Thierry Ruinart (Acta primorum martyrum sincera, édit. d'Amsterdam, 1713, in-fol., préface, § III, n. 60 et suiv.) prouveque la persécution fut générale dans tout l'Empire, quoique moins violente dans la partie soumise à Constance Chlore.

5. Concile d'Elvire (tenu en 3o5 0 u 3o6), Can. I et LX. (Mansi, Concilia, t. II, p. 5 et i5.)

l'Eglise : la question est de la date ; et il me semble que ce doit être sous Gonstantius Ghlorus 6. Je sais l'endroit dEusèbe7 sur la durée de la persécution en Occident ; mais ces choses générales ne sont pas toujours sans quelque exception. Je vous demande pardon, mon Révérend Père, de la peine que je vous donne.

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