Le Prince de Condé a Bossuet
Chantilly, 19 septembre l685.
Je suis ravi que vous soyez content de mon fontenier ' . Quand on ne peut pas rendre de grands services à ses amis, on est ravi au moins de leur en pouvoir rendre de petits ; et, comme il n'y a personne, si je l'ose dire, que j'aime mieux que vous, et que je suis assez malheureux pour n'avoir plus d'occasion de vous rendre des services considérables, je suis ravi d'avoir quelque occasion de faire quelque chose qui vous puisse faire un peu de plaisir. Gardez-le donc tant qu'il vous sera un peu utile, et n'ayez aucun scrupule là-dessus.
Je suis ravi de la résolution que vous avez prise de travailler sans relâche à achever votre ouvrage2. J'ai une extrême impatience de le voir, étant persuadé qu'il sera très utile et admirablement beau.
Je ne fais pas état d'aller à la Cour, que lorsqu'elle reviendra à Versailles 3. Je ne doute pas que vous n'y veniez en ce temps-là et que nous n'y ayons des conversations qui me sont si utiles et si agréables.
Mes neveux4 sont traités fort honnêtement, mais fort froi-
Lettre 344. — Publiée par le cardinal de Bausset, Histoire de Bossuet, 1. VIII, § vi.
1. Dans sa lettre du a3 octobre i684, Bossuet avait remercié le prince de lui avoir envoyé son fontenier.
2. L'Histoire des Variations, qui parut en 1688, ou plutôt la Défense de la Déclaration de 1682, qui fut achevée en i685, mais dont Louis XIV, qui espérait se réconcilier avec Rome, ne permit pas l'impression (Ch. Urbain, Xotrs sur l'histoire de la Défense de la Déclaration de 1882, extrait du Bulletin du Bibliophile, Paris, 1902, in-8). Nous avons vu plus haut l'intérêt que Condé portait à cette question (Lettre du 4 juillet i685).
3. La Cour était alors à Chambord ; elle revint de là à Fontainebleau le 3o septembre.
!\. Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, et François-Louis de Bourbon, prince de La Roche-sur-\on, fils d'Armand de Bourbon,
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dément. Il faudra que leur bonne conduite achève de réparer leurs fautes 5.
Je suis de tout mon cœur pour vous tel que je dois ; je vous conjure de n'en pas douter.
Louis de Bourbon.
prince de Conti, et d'Anne-Marie Martinozzi, et petits-fils de Henri de Bourbon, prince de Condé. Après la mort de leur mère (1672), le Roi les avait fait venir à sa Cour et élever dans l'intimité du Dauphin. Au cours de cette année l685, ils avaient, pleins d'une généreuse ardeur, obtenu de Louis XIV la permission d'aller faire campagne contre les Turcs dans les armées impériales, et, dans la crainte que le Roi ne revînt sur sa décision, ils avaient furtivement et sans retard quitté la France. Ce brusque départ avait mécontenté le souverain, qui fut bien plus irrité encore lorsqu'on lui eut fait lire des lettres adressées de la Cour aux jeunes princes et qui avaient été interceptées. La nouvelle leur en parvint le lendemain de la bataille de Gran, où ils avaient fait des prodiges de valeur et dans laquelle les Turcs avaient été vaincus par le prince Charles de Lorraine (16 août i685). Les deux princes revinrent aussitôt en France pour désarmer le courroux de Louis XIV ; mais le grand Condé, leur oncle, leur fit dire de s'arrêter à Meaux pour y attendre les événements, et, dans l'intervalle, il réussit à obtenir leur pardon. Le 4 septembre, ils eurent la liberté de se présenter au Roi, qui était en route pour Chambord, où ils suivirent la Cour (Voir Et. Allaire, La Bruyère dans la maison de Condé, Paris, 1886, 3 vol. in-8, t. I, p. a/l 1, 2^6, 279, etc.).
5. Le prince de Conti mourut peu de temps après à Fontainebleau, le 9 novembre i685, à vingt-quatre ans ; il ne laissait point d'enfants de Mlle de Blois, fille légitimée de Mlle de La Vallière, qu'il avait épousée en 1 680. Quant au prince de La Roche-sur-^ on, devenu prince de Conti après la mort de son frère aîné, il mécontenta de nouveau le Roi et reçut l'ordre de quitter la Cour et de se retirer a Chantilly, auprès de son oncle. Il se signala ensuite dans différentes campagnes, à Steinkerque, à Fleurus et h Nerwinde. Il fut élu roi de Pologne à la mort de Sobieski, en 1697 ; mais Auguste II ne lui permit pas de prendre possession. Il mourut à Paris, le 22 février 1709, âgé de quarante-cinq ans. Il avait pris pour femme, en 1688, sa cousine, Mlle de Bourbon, fille du prince Henri-Jules et petite-fille du grand Condé, qui lui donna plusieurs enfants.
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