M. de Ligny
sept. i685] DE BOSSUET. l43
Je suis fâché que M. de Fortia8 s'en soit allé sans que j'aie eu le bien de le voir. Je vous prie d'être
8. Anne Bernard de Fortia (on prononçait Forthia) était fils de Bernard de Fortia, maître des requêtes de l'Hôtel; il fut chanoine de Brioude et posséda le prieuré de Montbouchet sur la paroisse d'Amillis, au diocèse de Meaux (qu'il ne faut pas confondre avec l'abbaye de Montbouchet, au diocèse de Clermont). Il avait un frère, Jacques, qui fut conseiller au grand Conseil, et une sœur, Anne, qui mourut, en 1709, dans la communauté de Mme de Miramion. Il demeurait à Paris, rue de Beaune (n° 1 actuel), sur la paroisse Saint-Sulpice. Il s'intéressait, comme on l'a vu, à la communauté de Mme de Tanqueux. Une curieuse lettre de la duchesse de Longueville à Marcel, curé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas (du 8 avril 1675) nous apprend que cette princesse venait de refuser à notre abbé de Fortia une chapelle à sa nomination et déjà possédée par son oncle François de Fortia {Bibliothèque de l'École des Chartes, t. IV, i843). Suivant l'auteur d'une dissertation publiée dans le même recueil (t. VI, 1844), c'est Anne Bernard de Fortia qui aurait été, en 1 "7 13, le héros d'une aventure galante racontée dans les Mémoires politiques, amusants et satyriques de Messire J. N- D. B. C. de L. (Véritopolis, 1716, 3 vol. in-12, t. I, p. a5i-257), à la suite de laquelle il aurait été surnommé l'abbé Vert, pour avoir été plongé dans une cuve de teinture par un mari mécontent. Mais cette identification nous paraît contestable, étant donné le cas que Bossuet faisait de notre abbé de Fortia et les œuvres charitables dont celui-ci était coutumier. Quoi qu'il en soit, Anne Bernard de Fortia ne doit pas être confondu avec son oncle, François de Fortia, avant lui chanoine de Brioude et prieur de Montbouchet. Celui-ci mourut le 3o avril 1675, et fut inhumé chez les Bernardines du Précieux sang, où sa sœur Marie était religieuse. Il avait une autre sœur, Geneviève, qui avait épousé François Bonaventure de Harlay de Champvallon, marquis de Bréval et frère de l'archevêque de Paris. La branche à laquelle appartenaient ces Fortia avait pour auteur Bernard de Fortia qui, en i555, avait épousé Charlotte Gayant, fille de Louis Gayant et de Catherine Bapoil, de sorte que, par ses origines, elle rejoignait la famille de Boileau. Ces Fortia possédaient la terre du Plessis, en Vendômois. — Un autre abbé de Fortia (Honoré), d'une autre branche, fut chanoine de Noyon, aumônier du Roi et mourut le 10 février i6g5 (Voir Bibl. Nationale, Pièces originales ; le chevalier de Courcelles. Généalogie de la maison de Fortia, Paris, i8a4j in-4 ; Laine, Généalogie de la maison de Fortia, Paris, 1829, in-8 ; Collection Rochebiliière, à la Bibliothèque Nationale, n. a. Fr. 36i7, au mot Fortia).
i44 CORRESPONDANCE [oct. i685
persuadée que l'affection que j'ai pour la Communauté ne peut être ralentie ; et que j'ai une estime très particulière pour votre personne, et suis très cordialement, Madame, votre très humble serviteur.
J. Bénigne, é. de Meaux.
3^9- — Au Prince de Condé.
Mes ouvrages1 sont achevés, Monseigneur, et il ne me reste plus qu'à rendre grâces très humbles à V. A. S., et à lui demander pardon d'avoir retenu si longtemps son fontenier. Il a travaillé avec beaucoup de soin jusqu'à hier ; et, pour moi, je me suis rendu si parfait dans les hydrauliques2, que V. A. dorénavant ne me reprochera plus mes âneries. Je m'en vais dans deux jours à Fontainebleau, d'où l'on me mande que l'on est affligé de la fausse couche de Madame la Dauphine 3.
Lettre 349. — L. a. s. Archives de Chantilly, Papiers de Condé, t. 98, f° 35o. Publiée pour la première fois par Floquet, Études, t. III, p. 544-
1. C'étaient de nouveaux travaux entrepris pour les jets d'eau de Germigny. Voir la lettre de Bossuet du 23 octobre i684 et celle de Condé, du 19 septembre i685, p. 4o et 123.
2. Les hydrauliques. L'hydraulique est l'art de conduire et d'élever les eaux au moyen des machines. Bossuet dit « les hydrauliques » et ailleurs « les mécaniques », comme nous disons encore « les mathématiques ».
3. Le jeudi 4 octobre, pendant une représentation donnée à la Cour, à Fontainebleau, la Dauphine se sentit incommodée ; mais elle se contraignit pour rester jusqu'à la fin de la représentation. Ce malaise amena une fausse couche (Dangeau, Journal, t. I, p. 226 et 227).
oct. i685] DE BOSSUET. i ^5
Mon frère m'a bien réjoui en me disant les nouvelles de votre santé.
J'espère, Monseigneur, avoir l'honneur de vous voir, au retour de la Cour, et je suis bien résolu de ne vous plus fuir.
Je suis, avec le respect que vous savez, Monseigneur, de V. A. S. le très humble et très obéissant
serviteur.
J. Bénigne, é. de Meaux.
A Germigny, 9 octobre iC85.
35o. — Mabillon a Bossuet.
Monseigneur,
J'ai reçu la lettre que Votre Grandeur m'a fait l'honneur
de m'écrire1, dont je vous remercie très humblement. J'ai
parlé à quelques personnes de nos amis du rétablissement de
la coupe en laveur des hérétiques. Monseigneur Slusio2, qui
Lettre 350. — L. a. s. — Archives de Saint-Sulpice.