Tanara (cf. t. XI, p. 264)- Panciatici était pro-dataire
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L'affaire de l'armement des ministres " fait ici plus de fracas que jamais. Le Pape témoigne une grande indignation contre M. le cardinal de Bouillon, et lui a refusé audience, et on le prétend dans la résolution de ne le vouloir plus entendre. S. S. envoya même quérir avant-hier M. Poussin, pour lui ouvrir son cœur. C'est une chose publique : il n'y a pas lieu de douter que les Autrichiens n'aigrissent infiniment l'esprit du Pape; et le Pape, qui craint de passer pour trop partial pour la France, paraît vouloir prendre feu. On blâme ici généralement la manière publique et éclatante dont cette affaire a été conduite par les gens d'armes de France ; mais on ne blâme pas le fond, c'est-à-dire que M. le cardinal ait voulu être le plus fort ; mais on souhaiterait que cela se fût fait moins publiquement. Ce que je puis dire, c'est que M. le cardinal de Bouillon n'est pas heureux, et mal servi.
S. S. voudrait bien que le Roi ne se fâchât pas du refus d'audience qu'il fait à M. le cardinal de Bouillon. S. S. a demandé plusieurs fois de mes nouvelles, ces jours passés, à M. Aquaviva, son maître de chambre, à Mgr Gozzadini, disant pourquoi je ne l'allais point voir, et demandant si j'étais parti : ils m'en ont averti. J'ai bien vu que S. S. voulait un peu ouvrir son cœur. J'ai cru devoir avertir M. le cardinal de
3. Bouillon, ministre de France, et le comte Martinitz, ambassadeur de l'Empereur. « Le cardinal de Bouillon, dont les carrosses avaient été deux fois insultés par ceux de l'ambassadeur de l'Empereur, dans des entrées publiques d'ambassadeurs, eut soin, à l'entrée du marquis de Vitelli, ambassadeur extraordinaire du Grand duc, de faire accompagner son carrosse par un grand nombre de gens, l'épée à la main. Le carrosse de l'ambassadeur impérial se retira pour éviter toutes contestations. Le cardinal, qui ne savait ce que c'était que de "culer, lorsqu'il avait fait une fausse démarche, fit armer dans son •Is cinq ou six cents hommes, destinés à accompagner son carrosse (le l'audience publique du marquis deAitelli. Le Pape, en é informé, envoya dire au marquis qu'il n'aurait point d'au- 'our-là, et fit témoigner au cardinal de Bouillon son mé- Gela n'empêcha pas, quelques jours après, le cardinal %ire demander audience au Pape, qui la lui refusa ^1 attendait l'arrivée du prince de Monaco n (^Note i, p. 36, le récit de Phelipeaux.
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Bouillon que j'allais aujourd'hui aux pieds du Pape, pour recevoir ses ordres, afin de parler conformément à ses intentions et lui rendre ce petit service. Il n'a pas jugé à propos do me faire rien dire. J'ai été chez le Pape, et ce bon pape m'a parlé plus d'une demi-heure, presque les larmes aux yeux, sur ce qui se passait, avec des sentiments pour le Roi dignes d'admiration. 11 m'a fait l'honneur de m'cntendre ; et, sans affecter la justification de M. le cardinal de Bouillon, je lui ai dit tout ce qui était possible pour l'empêcher de prendre un engagement qui pût déplaire au Roi, et le mettre en parallèle avec ses ennemis ; insinuant que le refus d'audience à M. le cardinal de Bouillon, comme ministre de S. M., pourrait paraître un peu fort, en faisant connaître que, dans le fond, M. le cardinal de Bouillon n'avait pas tort de se mettre en état de défense, pour que ses gens ne pussent être maltraités par ceux de l'ambassadeur de l'Empereur, qui avaient eu l'insolence de le faire une fois. Je puis dire que S. S. ne m'a pas paru si aigrie qu'elle l'était au commencement : elle n'a cessé de me dire qu'elle craignait bien que le Roi ne fût pas informé de la vérité, et de me marquer une grande impatience de voir M. de Monaco.
Le malheur'de M. le cardinal de Bouillon, qui rejaillit sur le service du Roi, c'est qu'il ne ménage personne pour parler au Pape, et que les Autrichiens ont tous les jours mille gens qui le font ; et c'est un miracle que le Pape soit bien disposé naturellement pour la France. M. le cardinal de Bouillon ne sait, à la lettre, où il en est. Cela est pitoyable. J'ai été rendre compte à M. le cardinal de Bouillon de ce qui s'était passé entre S. S. et moi : il m'a fort remercié. Pour moi, je sais fort bien distinguer le ministre d'avec l'Altesse*. C'est ce que j'ai pris la liberté de dire au Pape, qui en a ri et l'a trouvé fort bon; et je voudrais, dans cette occasion-ci, qu'il prît le
A. Saint-Simon dit du cardinal de Bouillon : « Sa princerie était sa folle dominante : il en avait usurpé à Rome tous les avantages qu'il avait pu; il y prétendait V Altesse éminentissime, qu'il se faisait donner partout par ses valets ; personne autre à Rome ne voulut tâter de cette nouveauté... » (t. V, p. 38).
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parti de le distinguera Je vous assure qu'il n'est pas impossible de lui faire entendre raison là-dessus; mais j'ai peur qu'on ne s'y prenne mal. Je n'en sais rien, mais je le crains, et que cette affaire ne devienne une grande affaire. Le cardinal de Bouillon est outré contre le Pape ; et le grand grief du Pape, c'est le mépris public qu'on fait de son autorité dans Rome, s'il souffre de pareilles entreprises.
Voyez si l'occasion pouvait être plus favorable pour moi pour lui parler de mon induit !
S. S. m'a fort parlé du curé de Seurre, et m'a dit qu'on pourrait découvrir bien des choses par là ; ce qui m'a donné occasion de lui parler de cette matière, et de Mme Guyon et de la cabale; et il est à présent reso capace di tatto'^.
Dans mes visites des cardinaux, j'insinue la défense des explications et livres de M. de Cambrai, et en démontre la nécessité d'une manière à ne pas recevoir de réplique, et comme une conséquence nécessaire de ce qui s'est fait. Je ne doute pas qu'on ne fasse quelque chose, surtout si M. le nonce en parle.
Je vous envoie la copie d'un imprimé qui est ici entre les mains de quelques cardinaux. Je le crois dicté par M. le cardinal de Bouillon et par le P. Charonier, à la lettre, et imprimé en Hollande. Vous l'avez peut-être vu.
J'écris fort à la hâte, n'ayant pu finir mes audiences et mes affaires que fort tard ; ce qui fait que je ne pourrai peut-être pas écrire à M. de Paris, à qui je vous prie de faire mes compliments. Si vous n'êtes pas à Paris, et que vous jugiez à propos d'envoyer quelque copie de ce que je vous écris sur les affaires courantes, vous ne feriez peut-être pas si mal.
Au reste, vous ne pouvez vous imaginer la rage que le cardinal de Bouillon a eue de savoir la réponse de M. le Grand duc sur M. Madot, qui est qu'il avait donné sa parole à vous et à M. de Paris pour ce gentilhomme, et qu'il ne pouvait
5. De faire cette distinction entre l'Altesse et le ministre du roi de France.