Le Roi
Lettre 1931. — L. a. s. Collection E. Levesque. Inédite.
I. Par son insistance, Valbelle avait amené Fénelon à déclarer que sa soumission n'était pas purement extérieure, comme Bossuet et d'autres l'avaient conclu de son mandement.
4o CORRESPONDANCE [juin 1699
1938. — A l'Abbé Bossuet.
A Meaux, ce 7 juin 1699.
Je continue à vous écrire par Florence, quoique je pense que, pour avoir l'honneur de voir M.l'ambassadeiir, vous serez à Rome plus longtemps que vous ne pensiez. Vous avez vu par mes précédentes le résultat de l'assemblée de Cambrai, où cet archevêque a prononcé à la pluralité des voix que le Roi serait supplié de supprimer ses écrits. Il a voulu spécifier qu'il prononçait ainsi contre son avis. Quant à sa soumission, il y aurait beaucoup de choses à dire ; mais on a voulu être content, et ne prendre pas garde si les discours étaient bien suivis. On a été étonné de M. d'Arras, qui, seul de tous les évêques de France, a témoigné ne pas approuver ce que disent tous les autres du royaume, quoiqu'il soit pris de mot à mot des procès-verbaux des assemblées du clergé ^ .
Mous vous attendons avec impatience.
Je ne sais si je vous ai mandé la mort funeste de l'abbé de La Châtre ^ par une chute de car- Lettre i938. — I. « Ces délibérations (des assemblées provinciales) ne s'accommodent guère avec la sainte infaillibilité. Il n'y a que M. d'Arras qui sera un grand saint chez eux ; mais je crois qu'il sera seul. Nous avons reçu cette semaine les procès-verbaux de Sens et de Bordeaux, et on les imprimera. Je crois qu'Alexandre VII aurait fait mettre tout cela à l'Index » (Correspondance de Quesnel, t. II, p. 60). Cf. p. 34- 2. Sur la route de Saint-Léger à Pontchartrain, « l'abbé se brisa contre des pierres, et les roues lui passèrent sur le corps ; il vécut encore vingt-quatre heures, et mourut (le 23 mai) sans avoir eu un instant de connaissance » (Saint-Simon, t. VI, p. 2o3). Louis Claude de
juin 1699] DE BOSSUET. lu
rosse.
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rosse. Sa charge est donnée à l'abbé de Sour-
1939. — A l'Abbé Bossuet.
A Meaux, 8 juin 1699.
Je n'ai reçu que ce matin votre lettre de Rome, du 19 mai. Nous avons vu le bref^ adressé à M. de Cambrai le 12 mai, en réponse à la lettre de ce prélat, qui accompagnait son mandement. Ainsi il n'est fait nulle mention de celle du 4 avril, qui le promettait seulement, et que vous m'avez envoyée. Il faut qu'on ait jugé que la seconde lettre était plus digne de réponse que celle 011 il était parlé de Yinnocence, etc. Le temps peut-être nous en instruira davantage. Le bref, tel qu'il est, ne dit rien du tout dont M. de Cambrai puisse tirer avantage. Il est fort sec, et ne loue précisément que son obéissance et sa soumission
La Ghastre, abbé de Saint-Sever en Gascogne et aumônier du Roi, était fils de Louis de La Ghastre, dit le marquis de La Ghastre, et de Charlotte Louise de Hardoncourt. Il menait une vie peu conforme à son état ; et c'est lui qui avait calomnié l'abbé deGoëtelez (voir t. IX, p. 286, et Saint-Simon, t. V, p. 83 et 4i8).
3. Jean-Louis du Bouchet de Sourclies, abbé de Troarn, diocèse de Bayeux, docteur en théologie du 26 Juin 169^, « pourrissait aumônier du Roi, en grand mépris », dit Saint-Simon, lorsqu'il fut nommé évêque de Dol en janvier 1715. Le noble duc ne le trouvait pas d'assez haute naissance, et le qualifie de « grand pied plat » ; il reconnaît cependant qu'il était « très homme de bien », mais aussi très original (t. XIII, p. 549). Dans son diocèse, il interdit les appels de la Bulle Unigenitus. Il mourut le 23 juin 17/18, à soixante-dixneuf ans. Il était fils du {î^rand prévôt, Louis-François du Bouchet, marquis de Sourches, et de Marie-Geneviève de Ghambes, comtesse de Montsoreau.
Lettre i939 i. Voir la Correspondance de Fénelon, t. X, p. 568.
4a CORRESPONDANCE (juin 1699
à vouloir être instruit et recevoir la parole de vérité de l'Eglise mère et maîtresse.
Si l'on a quelque jalousie à Rome de l'autorité qu'on donne aux évêques, elle pourra augmenter lorsqu'on verra la manière dont elle a été exercée; mais enfm on n'a fait que répéter ce qui avait été pratiqué par nos prédécesseurs. M. le nonce a paru content. Il ne m'a point dit qu'il eût ordre de parler en votre faveur à cette cour, ni de témoigner qu'on fût content de vous en celle de Rome. Il m'a seulelement promis d'en parler dans l'occasion, sans me dire qu'il en eût ordre, et m'a fait mille remerciements de la manière dont vous vous étiez exprimé à son sujet auprès de S. S. et de ses ministres.
Je vous envoie à toute fin le procès-verbal de Cambrai; vous devez avoir reçu le nôtre. M. de Reims vous a envoyé le sien. Vous y verrez bien exprimé que le consentement des évêques aux constitutions apostoliques est réellement un acte d'autorité qui exclut l'obéissance aveugle, qui ne convient à personne, et encore moins à ceux qui sont par leur caractère docteurs de l'Eglise. N'entrez point dans tout ce détail, et assurez seulement en général que les évêques ont intention de rendre au Saint Siège le respect qui lui est dû. On ne fera pas seulement semblant ici qu'on craigne d'avoir déplu pour peu que ce soit*.
2. En réalité, le Pape fut loin d'être satisfait de la procédure suivie en cette circonstance par les évêques de France. « Ce qui vient d'être fait pour l'acceptation de la constitution du Pape contre M. de Cambrai n'est qu'une suite des propositions de 1682, dit M. de Meaux. On s'est senti ferme dans les maximes, et ou a agi en coa-
juin 1699J DE BOSSUET. 43
1940. — L'Abbé Bossuet a son Oncle.
Rome, ce 9 juin 1699.
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de Paris, le i8 mai. Je suis ravi du bon succès et des résolutions de votre assemblée. Je n'ai communiqué à qui que ce soit le procès-verbal ' que vous m'avez envoyé. J'ose vous dire que j'en suis très content : ce sont des évêques qui parlent, et qui savent ce qu'ils doivent à leur caractère et au Saint Siège. On sentira bien ici ce que les évêques veulent dire ; mais, comme ils suivent les traces de leurs ancêtres et témoignent beaucoup de respect pour la personne du Pape et pour le Saint Siège, on ne soufflera pas. M. l'archevêque s'est fait un honneur immortel, et toute la province s'est acquis beaucoup de gloire par les délibérations formées dans son assemblée. Rien n'est plus sage, ni mieux entendu, ni plus ecclésiastique et plus régulier. La précaution de faire chacun un mandement simple, sans s'étendre, plaira ici infiniment, et elle est très sage. Cela n'empêchera pas, dans la suite, les évêques de donner les instructions qu'ils jugeront nécessaires à leurs peuples ; mais il s'agit à présent de finir cette affaire, et de ne point disputer. Vous aurez vu par mes lettres précédentes combien je souhaitais qu'on défendît les écrits faits pour la défense du livre condamné, et je suis ravi de la résolution prise sur ce point.
séquence, en mettant toujours la force des décisions de l'Eglise dans le consentement des Eglises et dans le jugement des évêques. » « C'est, continua M. de Meaux, ce que je représentai fortement au Roi, dès que je lui parlai du bref venu. »... M. de Meaux ne put s'empêcher de dire le chagrin que Rome avait eu de voir sa décision appuyée de l'autorité des évêques comme si elle en avait besoin pour être exécutée ; « mais, ajouta-t-il, ils le méritent bien, puisqu'ils se le sont attiré eux-mêmes premièrement par leur bref au Heu d'une bulle, et par tous les défauts du motu proprio et autres » (Ledieu, t. II, p. 9). Lettre 1940. — i. Bossuet avait recommandé le secret (p. 4)-
44 CORRESPONDANCE [juin 1699
Je suis impatient de savoir ce que vous aurez dit de la lettre de M, de Cambrai au Pape, et des manœuvres qu'on a employées ici pour lui procurer un bon succès. L'aiïaire est finie, il n'en faut plus parler. Mais il n'a pas tenu à la cabale qu'il n'y eût une queue, et c'est encore à quoi tendent toutes ses intrigues ; mais on y sera attentif plus que jamais.
J'attendrai encore cette semaine M. de Monaco, qui devrait être arrivé, et qu'on espère voir de jour en jour. Mais, après ce délai, je pars sans retard la semaine prochaine.
M. le cardinal Panciatici m'a conseillé de voir le Pape encore une fois, et de lui renouveler ma demande de l'induit. S. S. est fort bien disposée pour moi; mais elle appréhende les conséquences, parce que tout le monde pourrait solliciter de pareilles grâces, qu'elle a peine à accorder, et qu'elle a refusées, non seulement à M. de Reims, mais à beaucoup d'autres. Le cardinal Panciatici m'a pourtant dit qu'il fallait que je la pressasse, et qu'il me servirait de son mieux : cela me fait bien augurer. Je suis persuadé que, si M . de Monaco arrivaità temps et que je fusse encore à Rome, le Pape ne ferait aucune difficulté de m'accorder cette grâce. Mais je veux savoir cette semaine à quoi m'en tenir. Je tâcherai d'obtenir ma demande sans le secours de M. l'ambassadeur. Si je ne le puis, je laisserai les choses dans un tel état que M. de Monaco pourra toujours faire de nouvelles instances, s'il lèvent bien. Je ne puis m'empêcher d'espérer tout de la bonté du Pape.
Je vous prie de bien remercier M. le cardinal de Janson, qui a bien voulu m'envoyer une seconde lettre pour M. le cardinal Panciatici. C'est à présent qu'on sent plus que jamais la perte qu'on a faite ici au départ de M. le cardinal de Janson-. Le Pape et les cardinaux le témoignent hautement, et avec des expressions qui font bien voir de quelle estime toute cette cour est pénétrée pour cette Éminence. Tout ce que je pourrais vous en dire n'approcherait pas de l'expression de ces sentiments. J'ai reçu une lettre de M. le nonce, très
2. Janson avait été, avant Rouillon, chargé des affaires de France .
juin 1699] DE BOSSUET. 45
honnête et très obligeante : on ne pense plus, si je ne me trompe, à le rappeler^.
S. S. continue à refuser audience à M. le cardinal de Bouillon, et paraît toujours irritée contre lui : elle attend avec plus d'impatience que personne M. de Monaco, Néanmoins on croit que ce refus ne durera pas longtemps, et que le Pape fera céder son ressentiment à l'estime et à l'amitié infinie qu'il a pour le Roi, et qu'il distinguera le ministre d'avec la personne, pour laquelle il a un mépris souverain. C'est le parti que l'on tâche de lui insinuer. Entre nous, j'y travaille plus que personne ; et, comme non suspect, on me croit un peu. Le Pape souhaitait fort que l'on fût contre M . le cardinal de Bouillon en tout ; mais on a cru devoir prendre un parti mitoyen, qui est le plus sage et le plus convenable, et, au lieu d'aigrir le Pape, de chercher à adoucir son esprit.
Il faut néanmoins avouer que le Pape a toutes sortes de raisons de se plaindre du cardinal de Bouillon, qui a manqué de sens dans la conduite qu'il a tenue, et qui a agi plutôt par vanité et ostentation que par nécessité ; car il est certain que l'ambassadeur de l'Empereur n'avait pas armé *. Ainsi le cardinal l'a fait sans égard, sans circonspection et sans nécessité. Il aurait pu, dans la crainte de quelque insulte, être sur ses gardes ; mais la manière dont il l'a fait est des plus pitoyables, et très injurieuse pour la personne et l'autorité du Prince. La preuve qu'on a que l'ambassadeur de l'Empereur n'avait point armé, c'est que le gouverneur de Rome^, qui est ennemi déclaré de ce ministre et qui sait tout ce qui se passe dans Rome, en a assuré le Pape. Je le sais de l'un et de l'autre, à n'en pouvoir douter : par conséquent le cardinal de Bouillon n'avait aucun motif pour faire un si grand éclat et causer tant de rumeur.
J'espère que M. l'abbé Péquigni sera toujours de nos amis.