‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie française (volume 2)Chapitre 97 sur 211 · Louise DE Foix de Gandale a Bossuet · texte numérisé non relu

Louise DE Foix de Gandale a Bossuet

A Metz, ce 21 de juillet i664.

Monsieur, je vous demande très humblement pardon de ne vous avoir point envoyé plus tôt ma réponse sur les conclusions

5. Une note du temps sur l'autographe : « De M. l'abbé Bossuet, sept. 1660. >) Mais la maladie de Vincent de Paul ne permet pas de penser que cette lettre ait été écrite après le mercredi, 8 septembre.

Lettre 5. — L. a. s. Arclùves de la Préfecture, à Metz, i'ubliée en partie par A. Floquet, l-Jtudes, t. II. p. 33o. Nous la donnons en entieid'après une copie Faite sur l'original par M. Alf. Rébelliau. — Louise de Foix de Gandale, fille de Gaston de Foix, seigneur de Villefranche et autres lieux, et de Marguerite de Grossolesde Flamarens, avait lait profession au couvent des Bénédictines de Saintes le 2 juillet i636. Nommée par le Roi abbesse de Sainte-Glossinde, îi Metz, en 16^7, elle l'emporta, au bout de quelques années, sur Françoise de Lenoncourt, qui avait été élue par les religieuses de cette mnison (Archives Nationales, E 1700, n" i5a, 30 mai iG53, et E 1703, 27 février i65^). Sous son autorité, le relâchement qui s'était introduit dans la communauté prit des proportions telles que des plaintes en furent portées à Rome. Bossuet et son collègue, le chanoine Jean Royer, commissaires nommés i^ cet effet par le Pape, le 2 août i603, essayèrent d'y porter remède, et c'est au cours de leur enquête que fut écrite la lettre qu'on va lire. Mais leurs efforts furent peu utiles. Les religieuses firent appel h Rome de la sentence qu'ils rendirent le 2 août lûO^, et par laquelle ils leur imposaient la clôture ; néanmoins le Conseil d'Etal en ordonna l'exécution par arrêt du 7 mai suivant (Archives Nationales, E 1717, f° agS). Plus tard, lorsque l'évêque de Metz, le 17 janvier i()7(), voulut imposer la réforme, l'abbesse s'y montra hostile. Comme elle était tombée dans une grande infirmité et avait perdu la vue, le Roi lui donna, le 2I) mai 1680, pour cuadjulrice avec future succession Marie Texier de llaulel'euille, professe de l'abbaye de Chelles, de la règle mitigée de saint Benoît, et la rélégua, avec 3ooo livres de pension, chez les Ursulines de Ligny : c'est là (|n'ello mourut en 1701 (^Gallia chri-

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du Père Millet*. Mais, comme j'aurais beaucoup de choses à y ajouter, l'espérance de l'honneur de vous voir aujourd'hui est cause que je ne vous en importunerai pas par un plus long écrit. Je vous supplierai néanmoins, Monsieur, de ne loucher point au privilège de la maison pour la réception des filles qui y entreront à l'avenir, qui doivent toutes être de naissance et faire preuve de noblesse '^. Quoique je veuille absolument faire tout ce que vous trouverez à propos pour mettre l'ordre dans mon abbaye et y établir la règle, selon notre mitigation, j'ose bien vous avouer que, pour ce point, je ne saurais consentir

stiana. t. XllI; A. Floquet, Etudes, t. II, p. 3i4 à 338 ; article de M. Rébelliau dans la ^eune des Deux Mondes, i5 juillet 1920 ; Archives Nationales, E 1790, i°^ 28g et 3o3 ; i8oa, p. i38). L'abbesse de Metz était de la même maison, mais d'une autre branche que Gaston Jean-Baptiste de Foix, qui, atteint de la petite vérole, fut assisté à la mort par Bossuet, dans l'A vent de i665 : ce gentilhomme était fils de la comtesse de Fleix, l'une des protectrices de Bossuet (Ledieu, t. I, p. 93).

I. Le P. Antoine ^lilet, prieur de Saint-Arnoul de Metz et procureur général des bénédictins de la congrégation de Saint-Vanne, de laquelle dépendait Sainte-Glossinde, et qui cherchait à y mettre plus de régularité.

a. A la cérémonie de la réception d'une religieuse, la postulante devait se présenter accompagnée de son père et de sa mère et assistée de quatre amis chargés d'aFfirmer sa noblesse par un serment solennel prêté sur l'Evangile et devant le maître autel. « Vous jurez, leur demandait l'abbesse, par tous les sacrements, par le saint sacrifice de la messe et par les saints Évangiles de Dieu que vous touchez corporellement, que le père et la mère de la fille qui veut être céans sont extraits de noble et antique lignée et qu'ils sont, eux et leur fille, nés eu légitime mariage? » Pareil serment était ensuite exigé du père et de la mère. Ce cérémonial fut en usage jusqu'à la réforme de 1719 (Emmanuel d'Huart, Notice sur l'abbaye de Sainte-Glossinde , Metz, t8/i3, in-fol). Sur l'opposition de plusieurs religieuses à l'admission de Marguerite de Lieutaud, acceptée par Louise de Foix, le Parlement de -Metz avait interdit, le i3 novembre 1G69, la cérémonie où, en présence de l'évèque, l'abbesse devait donner à cette postulante le « couvre-chef « ; le Conseil d'Etat l'autorisa, le 5 octobre stiivant, « à charge par ladite Lieutaud de faire préalablement preuve de noblesse » (Archives Nationales, E 1759, f° 237).

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de voir faire une loi si contraire au privilège' que j'ai si solenuelletnent jurédeinaiutenir, qui est si honorable à ma maison, et si utile aux personnes de qualité qui servent le Roi et l'État ; qui, depuis plus d'onze cents ans*, n'a jamais été violé. Ce me serait une grande honte d'avoir donné les mains pour anéantir un si beau privilège que je vous supplie de nous vouloir conserver, et de ne me donner point l'affliction d'avoir, dans ce sujet, un sentiment contraire au vôtre en cas qu'il fût conforme à celui de ce bon Père"', qui ne concède ^ point que c'est la seule vertu qui a établi la différence des nobles aux roturiers, et, par ainsi, les personnes qui ont cette qualité sont plus propres à la religion, et on voit par expérience qu'elles réussissent beaucoup mieux en toutes choses. Nous en avons des exemples dans notre Ordre, où les plus illustres saints et les plus grands hommes ont été de la plus haute qualité. Et si, dans la Congrégation de ce bon Père, on n'y voit pas main-

3. L'original porte ici: aux privilèges, bien que la suite de la phrase suppose le singulier.

(x. La maison avait été fondée probablement au vni° siècle, par sainte Glossinde ou Glossine, fille d'un seigneur d'.\uslrasie, et dont la fête be ci-lèbre le a5 juin.

5. La sentence du i'' août fut conforme au sentiment de Dom Milet : « Sur la réquisition à nous faite par Mme de Foix, qu'il ne fût reçu à Sainte-Glossinde que des filles de condition noble et avec preuve, cette Dame avant reconnu qu'elle n'a aucuns titres juslificatifs à nous produire de l'intention et disposition des fondateurs à cet égard, ordonnons que toutes filles ayant bonne vocation et les autres qualilés requises seront ca[)ables d'être rerues en l'abbaye, conformément à la règle de saint Benoît. » C'est ce qui fit intervenir la noblesse de Metz an procès. Le 33 décembre 16G/4, elle se rendit .'ippelante de la sentence du i*' août, « au chef où elle ordonnait dj recevoir désormais des filles de quelque condition qu'elles fussent ». — On a vu (noie 2) que la noblesse d'extraction continua à être exigée des postulantes. Dans son diocèse, sans exclure des monastères les roturières, Bossuel estimait pourtant qu'il fallait leur préférer les personnes de naissance, parce que leur éducation était meilleure et leurs besoins spirituels souvent plus grands, et que leur présence entretient autour d'elles « une certaine noblesse de sentiments, dont on peut tirer de l'ulililé » (Voirt. VI, p. i.'i4, et t. VII, p. 137).

('). l' loquet: considèi'c.

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tenant de grands saints, c'est peut-être à cause qu'ils n'observent pas ce qui a été pratiqué au commencement de l'Ordre, dans les maisons duquel n'entraient que des personnes de très grande condition.

Je vous demande pardon, Monsieur, si je vous ennuie d'une si longue lettre; mais j'ai ce point tellement à cœur que je n'en saurais assez dire. J'espère que vous ne le trouverez pas mauvais, et qu'ayant la naissance et l'âme si noble comme vous l'avez, vous aurez la bonté de n'avoir point d'égard à ce qu'on vous demande contre ce droit acquis à ma Maison dès son commencement, vous assurant que, pour tout le reste qu'il vous plaira d'ordonner, vous me trouverez fort soumise. C'est une protestation qui part du coeur.

Monsieur, voire très humble et très obéissante fille et servante.

Louise DE Foix de Candale, Abbesse.

A Monsieur, Monsieur l'Abbé de Bossuet.

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