Voir plus haut, p
2. La première idée de cette signature était venue de Rome. Ayant vu le jugement porté sur l'affaire de M. de Saint-Pons par des docteurs de Paris, le cardinal Casanata avait dit à Maille « que, si on envoyait un semblable jugement sur les propositions extraites du livre de M. de Cambrai, cela servirait beaucoup pour faire terminer heureusement cette affaire ». « Il y a longtemps, ajoute Maille, que cette pensée m'était venue, mais j'avais oublié de vous la communiquer. Donnez cet avis, qui certainement n'est pas à négliger- Il faudrait que ce jugement ou censure fût signé par une centaine de docteurs, et surtout des réguliers. On pourrait d'abord le remettre à M. le nonce en original, afin qu'il l'envoyât, sans lui dire néanmoins qu'on ait été conseillé de ce pays de prendre ce parti, et ensuite le faire imprimer » (Lettre du 5 août 1698. Affaires étrangères, Rome, t. 3g 1, f° 5 1 j cf. plus loin, p. 428).
en des mains qui sauraient en faire l'usage qui sera le plus convenable.
Ce qu'il y aurait à craindre serait que cela ne donnât à M. de Cambrai des prétextes pour éloigner, ou des ombrages à la cour de Rome. M. le nonce envoie à M. le cardinal Spada la lettre que lui a écrite M. de Paris sur ce sujet- là : elle est très belle, et M. le nonce y a joint tout ce qu'il fallait pour prévenir les tours artificieux que M. de Cambrai pourrait donner à la signature.
Je n'ai pas encore vu les qualifications et je ne puis vous en parler.
Tout ce que vous avez à prendre garde avec le P. Roslet, c'est aux prétextes pour allonger et aux ombrages qu'on pourrait prendre. Le sujet en serait léger, puisque ce n'est qu'un avis de particuliers. M. de Cambrai pourrait aussi faire faire des signatures de ses amis, mais je doute qu'il réussît à un nombre considérable ; au lieu que, si l'on avait voulu, deux cents docteurs auraient signé.
On ne donne point ici dans la défense de voter au cardinal de Bouillon : ce serait un titre pour réclamer, et il n'y faut point penser.
On attend M. de Monaco, et vous serez recommandé de bonne part.
Je m'en vais faire un tour pour la Toussaint, et je serai ici lundi.
Ma réponse à M. de Cambrai fait ici et à Paris un prodigieux effet contre lui3, et tout le monde voit
3. Cependant Quesnel disait : « Il y a dans les Remarques de M. de Meaux des réponses qui montrent la corde, comme celle par laquelle
oct. 1698] DE BOSSUKT. 257
que ce n'est qu'artifice, illusion et tromperie de sa part. Je répondrai peut-être aux trois lettres. M. de Chartres répond.
Il ne faut point être en peine du Roi, ni du nonce. Quand il y aura quelque chose à dire en particulier, il faut le marquer; mais, en général, on fait bien, et on dit et on écrit ce qu'il faut.
Je n'ai pas continué les qualifications4, occupé ailleurs, et aussi parce que Quietismus redivivus y supplée. Le tout est de voir et instruire les cardinaux et leurs théologiens. On attend d'eux quelque chose qui fasse honneur à l'Eglise romaine et qui coupe la racine d'un si grand mal. Remarquez bien Admonitio prsevia et la conclusion de Quietismus.
1796. — A Antoine de Noailles.
A Fontainebleau, 37 octobre 1698.
Quoique je ne doute pas, mon très cher Seigneur, que vous ne soyez bien averti de tout, j'ai cru à toutes fins être obligé de vous rendre compte de ce qui se passe sous mes yeux. M. le nonce nous a lu ce malin, à M. le cardinal d'Estrées et à moi, sa dépêche pour M. le cardinal Spada. Il lui envoie votre lettre, et tourne parfaitement bien ce qui s'est
il répond à ce qu'on lui avait objecté, qu'on n'avait point distribué les livres de Mme Guyon... » (Lettre du 29 novembre 1698, t. II, p. 3o).
4- Le projet de censure qualifiée réclamé plusieurs fois par l'abbé Bossuet.
Lettre 1196. — L. s. des initiales. Copie Pinchart, à Reims.
258 CORRESPONDANCE [oct. 1698
passé : il ne se peut rien ajouter à la manière dont il fait valoir les raisons de votre lettre. Votre zèle pour la bonne cause et votre respect particulier pour le Pape et le Saint Siège sont expliqués par des expressions très vives et très naturelles. Il se sert parfaitement bien de cette occasion pour montrer la nécessité de finir cette affaire au plus tôt, et en presse la conclusion au nom du Roi avec la dernière force et la plus douce insinuation. Ainsi il y a sujet [de croire] que tout ceci aura un très heureux succès.
Il ne me reste qu'à vous assurer, mon cher Seigneur, de mes très humbles respects.
Je me rendrai à Meaux pour la Toussaint, et j'y recevrai vos ordres, si vous en avez à me donner. J. B., é. de Meaux.
L'Abbé Bossuet a son Oncle.
Rome, ce 28 octobre i(
Je n'ai point reçu de vos nouvelles par le courrier, parce que vos lettres du 5 de ce mois sont venues par un courrier extraordinaire de M. le cardinal de Bouillon, comme vous l'avez vu par les lettres de l'ordinaire passé i .
Voici bientôt le temps que les congrégations de MM. les cardinaux recommenceront entre eux et en présence de S. S. Le 6 du mois prochain, les congrégations du jeudi recommenceront devant S. S. ; et je ne doute pas que le Pape, outre la congrégation du mercredi, ne fasse tenir dans la semaine une congrégation extraordinaire, afin que MM. les cardinaux puissent agiter les matières entre eux et convenir de la manière dont ils s'y prendront pour réduire les propositions. Ils ne sauraient mieux faire que de les réduire aux
Lettre 1191. — 1. Voir p. 267.
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principaux chefs, de délibérer sur un chef dans chaque congrégation, et de donner ensuite par écrit leur jugement sur la doctrine de ce chapitre. Après avoir examiné ainsi chaque chef principal, apparemment on chargera quelqu'un de réduire les propositions à celles qu'on jugera essentielles et suffisantes, et qu'on voudra mettre dans la bulle. Je vois que l'intention de M. le cardinal Casanate est qu'on procède ainsi. M. le cardinal de Bouillon fera bien ce qu'il pourra pour embrouiller; mais j'espère que ce sera inutilement, et qu'à la fin, on se résoudra à faire bien.
Le sacriste n'a pas encore donné son vœu sur toutes les propositions. M. le cardinal de Bouillon a voulu qu'il vît tous les autres vœux, pour les réfuter apparemment. Nous savons sûrement que le sacriste les a eus tous par le canal de M. le cardinal de Bouillon, et c'était en partie ce que portaient ici les gens que M. le cardinal de Bouillon envoyait les soirs à Rome. 11 a entrepris de soutenir ses premiers engagements : il n'en demeurera pas là ; mais j'espère que tous les efforts de la cabale seront inutiles.
J'ai eu, comme je vous l'ai mandé, une longue conversation avec M. le cardinal Casanate sur nos affaires; et comme ce cardinal veut servir efficacement, il convint avec moi, persuadé plus que jamais qu'il y va du service de la religion et de l'Église, de prendre une occasion naturelle qu'il avait d'aller au Pape, pour lui parler ensuite de ce qui regarde M. de Cambrai. Il exécuta ce dessein deux jours après notre entrevue, et parla très fortement à S. S. Je l'ai su de plusieurs endroits dignes de foi. M. le cardinal Casanate m'a assuré des bonnes intentions du Pape, et je vois que cette conversation lui2 a donné un nouveau courage, comme de son côté le Pape est encore mieux disposé depuis qu'il a entendu le cardinal Casanate. Je sors de chez lui, et je le vois plus résolu que jamais à faire quelque chose de bon. Je crois qu'il est de la prudence de les laisser commencer à qualifier quelques propositions essentielles; après quoi, quand ils se seront