‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 14 sur 224 · Bossuet revient à la querelle du quiétisme · texte numérisé non relu

Bossuet revient à la querelle du quiétisme

9. Réponse de M. l'archevêque de Paris à quatre lettres de M. l'archevêque de Cambrai, Paris, 1698, in-£.

Lettre 1121. — 1. Ici, Bossuet n'exagère en rien: « Le livre de M. de Meaux fait grand fracas ici; on ne parle d'autre chose; les faits sont à la portée de tout le monde ; les folies de Mme Guy on divertissent; le livre est court ; tout le monde le lit... » (Mme de Maiutenon, lettre du 29 juin 1698, Correspondance générale, t. IV, p. 237).

Quesnel, qui n'avait pas encore pris parti contre Fénelon, écrivait de son côté: « \ous aurez vu à Rome la Relation de M. de Meaux, qui est une pièce terrible pour le pauvre archevêque de Cambrai. La lettre pastorale de M. de Chartres est encore un autre coup. Je eroi*.

26 CORRESPONDANCE [juin 1698

que fait ici et à Paris ma Relation sur le quiétisme2. Vous pouvez compter qu'à la Cour et à la ville, M. de Cambrai est souverainement décrié, et qu'il ne lui reste pas un seul défenseur, excepté M. le duc de Beauvillier et M. le duc de Chevreuse, qui sont

que le pauvre prélat n'est pas à se repentir de s'être engagé clans une si malheureuse affaire » (A du \aucel, lettre du !\ juillet 1698, dans ledit, de Mme Leroy, t. II, 1900, p. 32).

« On ne parle de rien autre présentement que du dernier livre de M. de Meaux, dans lequel il expose la foi de Mme Guyon et de l'archevêque de Cambrai. Il faut que cette femme soit folle; je me demande pourquoi on ne l'a pas plutôt mise aux Petites-Maisons qu'à la Bastille » (Lettre delà princesse Palatine, du 29 juin 1698, Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans, seconde édition Ja?glé, Paris, 1890, 3 vol. in-8, t. I, p. 173).

B.ossuet ajoutait à l'effet du livre par les commentaires qu'il en donnait de vive voix anx courtisans : « Je crois, écrit encore la peu dévole duchesse d'Orléans, que la plénitude de grâces de Mme Guyon vous fera bien rire. C'est bien plus drôle d'entendre raconter ces histoires-là à M. de Meaux que de lire le livre. Il m'a bien divertie pendant la promenade, à Marly... M. de Meaux a beaucoup d'esprit, et d'entrain, et il est divertissant dans ses discours. .. Je me rappelle bien comme il était à Maubuisson (Lettre du 17 juillet 1698, ibid., p. 173 à 175 ; cf. Aus den Briefen der Herzogin Elisabeth Charlotte von Orléans an die Kurfurstin Sophie von Hannover, édit. Bodemann, Hanovre, 189 1, 2 vol. in-8, t. I, p. 338).

« Tout Marly, depuis le sceptre jusqu'à la houlette, lit et relit la Relation ; tout Paris en fait de même. Les malins ajoutent que Mme Guyon, qui a été fort belle, a les plus belles mains et la plus belle peau qui se puisse, qu'elle n'a pas cinquante ans et est en bon point. Ils tirent telles conséquences qu'il leur plaît, sans respecter les caractères ; mais nous ne sommes pas assez malins pour en rien penser ni en rien dire » (Antoine Bossuet à son fils, 3o juin 1698, dans le Fénelon de M. E. Griselle, p. 180).

2. L'achevé d'imprimer est du 3i mai. Il s'est fait la même année deux tirages de l'édition de Paris, in-8, et on a donné à Lyon une édition in-12. — H y a « un petit mot ajouté au pénultième feuillet recto de la Relation d,\ns les cinquante derniers exemplaires, qui n'était pas dans les premiers. C'est : « quoique sacrilège ». Il y a des gens assez délicats pour aimer mieux, dans le feuillet précédent, « Montanns » au lieu de « Montan », pour éviter une espèce d'équivoque » (Antoine Bossuet, loc. cit.).

juin 1698J DE BOSSUET. 27

si honteux qu'ils n'osent lever les yeux. Le Roi a déclaré d'une manière qui ne peut être ignorée de personne, que les laits de ma Relation étaient de sa connaissance et très véritables. On commence à murmurer contre les longueurs de Rome, et nous ne retenons les plaintes qu'en disant que la censure du Saint Siège n'en deviendra que plus forte. Il n'est pas croyable combien ce parti est devenu odieux.

Je fus hier à Versailles, où je donnai ma Relation dans la cour des princes3 : on y frémit plus qu'ailleurs contre M. de Cambrai. L'abbé de Fleury n'a été conservé que parce que j en ai répondu, et Ion soupire après une forte décision, qui seule peut sauver l'honneur de Rome.

Si l'on pouvait donner un bon conseil à M. le cardinal de Bouillon, ce serait celui d'ôter publiquement son estime à un livre qui est bien constamment devenu l'objet du mépris et de la haine publique, sans qu'il y ait de contradiction. Je fais mettre ma Relation en latin.

J'ai fait dire, autant que j'ai pu, aux amis du cardinal de Bouillon, comme en étant moi-même un des plus zélés, qu'il ne peut mieux faire sa cour, ni se rendre le public plus favorable, qu'en se déclarant contre le livre4.

?Sous nous attendons aux beaux rapports du P. Dez, et il sera ici peu écouté. Le P. de La Chaise,

Page 1