‹ Correspondance de Bossuet. Nouv. éd. augm. de lettres inédites et publiée avec des notes et des appendices sous le patronage de l'Académie françaiseChapitre 154 sur 224 · Cf. Phelipeaux, p. 178 et · texte numérisé non relu

Cf. Phelipeaux, p. 178 et

6. '< Le même jour, je donnai aux cardinaux Casanata, Albani et ;i quelques autres un petit écrit que j'avais fait, intitulé: Idea sanctitatis perfectx ab archiepiscopo Cameracensi efformala » (Phelipeaux, t. II, p. 170).

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La cabale est toute étonnée, et ne sait comment on a fait pour empêcher la division qu'on n'avait cessé de fomenter parmi les cardinaux, mais qui, Dieu merci, je l'ose assurer présentement, ne se trouvera pas quant au fond de la chose. J'avoue que je n'ai pas eu un moment de repos que je ne me fusse assuré, à n'en pouvoir douter, qu'on condamnerait l'amour pur et le cinquième état du livre. Si je me trompe, il faudra dire que les cardinaux les uns après les autres m'ont manqué de parole. Je vous parle ainsi à vous : vous en ferez l'usage que vous jugerez à propos. Ce que je puis vous dire encore, c'est que le caractère de M. de Cambrai est bien connu à présent, malgré les éloges que lui a donnés dans toutes les occasions M. le cardinal de Bouillon.

Il est bon de vous dire que S. S. mardi au soir, 1 Ie de ce mois, veille de cette assemblée, envoya ordre à l'assesseur de déclarer à MM. les cardinaux qu'il ne voulait plus entendre parler de délai, et qu'il voulait qu'on procédât à la décision. Par là je crois que les espérances de délai sont ôtées à M. de Chantérac. Aussi le billet de M. l'assesseur à MM. les cardinaux pour indiquer l'assemblée d'bier porte précisément que c'est pour la décision de l'affaire de l'archevêque de Cambrai. Ainsi c'est tout de bon, comme vous [voyez]. On fit donc hier la première séance, et MM. les cardinaux commencèrent à voter sur les premières propositions. M. le cardinal de Bouillon commença. Le secret inviolable du Saint Office fait que l'on ne peut savoir ce qui s'est passé. M. le cardinal Casanate m'a dit ce matin qu'il avait la bouche cousue, et ne m'a voulu rien dire ; mais son air dégagé m'a fait faire un bon jugement. Il faut deviner à peu près. Dans ces séances, outre les cardinaux, il n'y a que l'assesseur qui assiste et le commissaire. Au sortir de Casanate, j'ai été chez Sperelli et chez le commissaire du Saint Office. J'ai tant tourné et retourné ce dernier, que je n'ai pas lieu de douter raisonnablement de ce que je vous vais dire. Que les choses tournent fort bien; qu'on tient les premières propositions comme le fondement du système de M. de Cambrai, c'est-à-dire son prétendu amour pur et son cinquième état distingué du

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quatrième, qu'on regarde comme l'état de la charité des plus parfaits ; que votre doctrine parait celle qu'on prend pour règle; et que le motif de la béatitude, quoique secondaire de la charité, est inséparable du motif premier et spécifique ; que le cinquième état est une illusion et la doctrine de Molinos. Que voulez-vous davantage? Cela me paraît très raisonnable. Par le discours du commissaire du Saint Office, je juge que tous les cardinaux ne purent tous parler hier ; ils parleront demain, et achèveront peut-être. Comme le cardinal Casanate m'a dit qu'il était retourné bien fatigué, je m'imagine qu'il a parlé. Si cela est, au moins quatre ou cinq auront parlé, Nerli, Carpegna, Casanate, Bouillon et Marescotti. Le cardinal Nerli aura été long. Le commissaire du Saint Office avait sur le visage la joie peinte, et m'a assuré d'une décision solennelle qui couperait la racine du mal : ce qu'il ne ferait pas assurément si les choses lui avaient paru douteuses; car il est très zélé pour vous et la bonne doctrine, et me témoigne une amitié particulière.

Il entre dans le moment un ami qui a vu le cardinal Carpegna, et qui est très content de la censure des docteurs, et il dit qu'il serait à souhaiter que tous les docteurs de Paris eussent signé : je la lui avais portée avant-hier.

M. le cardinal de Bouillon revint hier très fatigué et abattu, d'avoir parlé très longtemps, dit-il. Depuis huit jours, ce cardinal ne sait où il en est. Il veut faire croire qu'il fera mieux qu'on n'a pensé jusques à cette heure. Je crois qu'il voit qu'il serait seul pour M. de Cambrai. De la manière dont le commissaire du Saint Office m'a parlé, M. le cardinal de Bouillon veut tâcher de nager entre deux eaux. Je ne sais point encore ce qu'il fit hier.

M. le cardinal de Bouillon a vu ces jours passés deux fois le P. Roslet et M. Phelipeaux. Il croit en avoir meilleure composition que de moi, et leur faire plus aisément croire ce qu'il voudra : ils sont bien avertis. Le personnage est difficile à jouer.

Quand j'ai parlé de l'empêcher de voter, je n'ai pas prétendu qu'on le lui défendît précisément, mais qu'on lui

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expliquât si nettement les intentions du Roi, qu'il fût obligé ou de changer, ou de ne pas voter. Mais l'impossibilité de réussir lui aura peut-être fait ouvrir les yeux plus que tout le reste. Les jésuites et M. le cardinal de Bouillon ont joué de leur reste depuis un mois.

J'eus une assez longue conversation hier avec M. le cardinal de Bouillon, qui n'a jamais tant tortillé. Il me dit qu'il avait à jouer un personnage très embarrassant ; comme ministre, qu'il ne pouvait douter des intentions du Roi, qu'il louait ; comme cardinal, qu'il avait sa conscience ; et qu'il était bien malheureux de ne pouvoir pas être spectateur comme tant d'autres, voulant pourtant faire entendre tout ce que je n'entendais point. Je puis vous répondre qu'il ne sait où il en est.

Ce qui est de certain, c'est que l'abbé de Chantérac sait, par M. le cardinal de Bouillon, à plein et à clair ce qui s'est passé au Saint Office, tandis que je me tue le corps et l'âme pour le deviner. C'a été un furieux avantagequ'il a toujourseu et qu'il a encore; mais je crois à présent la cabale à bout. Jeudi dernier, le sacriste, l'abbé de Chantérac, l'assesseur et Alfaro s'assemblèrent pour consulter.

M. le cardinal de Bouillon m'a dit qu'il n'estimait que les vœux du sacriste et de Massoulié. Tous les autres méprisent infiniment le travail du sacriste. M. Poussin fait tout de son mieux : les intentions du Roi sont avec raison pour lui des lois ; le cardinal de Bouillon le hait souverainement. Je vous prie de le faire valoir comme il mérite.

M. de Chartres fera toujours bien de répondre; mais ici tout le monde répond pour lui, et M. de Cambrai a achevé de se perdre par sa Réponse à ce prélat, aussi bien que par votre dernier ouvrage. Pour vous, vous pouvez répondre, si vous voulez, aux dernières lettres de M. de Cambrai. Mais, à moins que les choses ne changent ici, et par rapport à ce pays, cela ne servira de rien ; même je ne crois pas qu'il soit nécessaire de faire paraître ici d'autre ouvrage. Pour la France, cela sera fort bon, où il faut éclaircir la vérité. Ici, on en a assez. Vous croyez bien néanmoins que j'exécuterai vos

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ordres comme vous le souhaiterez. Je vous dirai seulement <jue je me suis comme engagé à S. S. que vous n'écririez plus, à moins qu'il n'arrive quelque chose de bien nouveau. Avec cela, je suis assuré que tout ce que vous ferez sera si bon, qu'on sera ravi de le voir. La traduction italienne est la seule nécessaire ici.

Il faut que M. de Chartres prenne un peu garde à ne pas donner lieu ici de penser que le motif secondaire soit séparable du motif spécifique dans l'acte propre de la charité : cela pourrait ici faire du mal. Ce qu'il a dit là-dessus dans son Instruction1 , mérite une explication, à ce qui a paru ici à beaucoup de gens qui sont dans vos principes8.

L'abbé de Ghantérac a tenté, samedi et dimanche, d'avoir audience du Pape, qui n'a pas voulu : je ne sais s'il y sera parvenu aujourd'hui.

Mgr Giori" est le même, et fait toujours très bien auprès du Pape, qui fera ce que les cardinaux feront. Je ne sais si je ne vous ai pas mandé que M. Phelipeaux avait fait un vœu sur les trente-huit propositions, tout tiré de vous, et que nous avons fait donner à tous les cardinaux.

Je crois que le cardinal d'Aguirre ne se trouva pas hier à la congrégation : on m'a dit qu'il n'avait pas été averti.

J'espère que vous aurez eu la bonté de songer à faire tenir à Lyon 10 ce dont je vous écrivis l'ordinaire dernier.

J'ai oublié de vous écrire que [l'abbé deLaTrémoille] u m'a

7. Cette Instruction, du 10 juin 1698, se trouve dans les Œuvres de Fénelon, t. VII, voir en particulier les pages 128 à i3o.

8. On voit qu'il n'y avait pas une concordance absolue entre la doctrine de Bossuel et celle des prélats ses alliés. Cf. plus haut, p. 71 et 181. La divergence portait sur un point que Bossuet jugeait essentiel, mais que n'a pas touché le décret et qu'il a laissé à la libre discussion des théologiens. Voir plus loin, p. 3o3, 34 1 et 3/|2.

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