‹ Correspondance de C.-A Sainte-BeuveChapitre 27 sur 139 · Le tome I" de Port-Ruyal · texte numérisé non relu

Le tome I" de Port-Ruyal

de poursuivre. J'aurais bien envie de me l'aller procurer à Lausanne et de m'y faire quelque répit qui serait une émulation encore. Je crains de ne pas pouvoir; mais je ne me le dis pas tout à fait. Le Courrier suisse m'a prouvé combien votre amitié se multipliait pour moi au moment où vous m'écriviez. On a été ici très-bienveillant, presque autant que chez vous ; bien des personnes du monde, et des plus éloignées du cloître, ont lu jusqu'au bout ce premier volume et parlent maintenant -des graves personnageà très-familièrement. Au reste, je vous dirai comme nouvelle toute récente, que Polyeucte^ repris l'autre jour au Théâtre-Français, a eu un succès d'ensemble, un succès tel, que je crois qu'il n'en eut jamais un si grand du vivant même de Corneille. N'allez pas conclure pourtant de ces symptômes que nous devenons un peuple tout sérieux. M. Thiers, qui nous gouverne si bien, sait à quoi s'en tenir, et ces os de Napoléon qu'on nous rend {grandiaque effossis.,.) ne sont qu'une manière d'osselets. Mais tout cela se mêle, et le spectacle, à qui n'est qu'observateur, ne laisse pas d'être très- divertissant. Je m'imagine que c'est un des plus grands attraits de Paris, et le seul même qui vaille la peine d'y vivre : être à une bonne place pour juger la comédie. Mais l'inconvénient, c'est cette comédie même, c'est de tout y voir, c'est de n'agir pas et de prendre ce bas monde pour un spectacle, non point pour une arène, pour un sillon de labour. Voilà ce qu'à Lausanne on sait si bien; voilà ce que j'enviais dans certaine visite à l'ombre de la cathédrale*, quand je voyais toute une destinée d'étude, de sacri-

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