‹ Correspondance de Christophe Plantin (volume 2)Chapitre 182 sur 204 · Plantin à Jean Mofflin · texte numérisé non relu

Plantin à Jean Mofflin

A Monsigneur Mofflin. 13 juin 1568.

Monsigneur,

A l'advertissement qu'il vous a pieu me faire des qualités du Signeur Arias Montano et des grandes solicitude et dihgences qu'il a faictes en nostre faveur contre les envieux et calumniateurs, touchant l'impression de la Bible en 4 langues, je me délibéray de tenir ledict Sisneur docteur Arias Montano en telle réôutation que je devois, et m'y employay de tout mon pouvoir, incontinent, non comme je le devois^ mais comme, selon ma mode rustique, il m'estoit possible. Mais depuis que ledict

Signeur Arias Montano m'a donné la hardiesse de converser familièrement avec luy, je me suis trouvé tellement esprins et comme transporté d'amour et révérence envers ses tant rares vertus, qu'ayant oublié toutes vos recommandations, celles de mon bon Signeur et comme père Çayas, de Monsigneur Strella, et mesmes le lieu qu'il tient envers Sa Majesté, je l'admire et, comme tout esperdu, ne sçay bien souvent si je doibs me taire ou luy respondre, quant mesmes il parle à moy. Et par conséquent, je souhaite et désire que je peusse faire service audict Signeur qui luy fust aggréable, à quoy je m'employray de tout mon mieux et pouvoir.

Quant à vos lectres précédentes, escrites à Madrid, le II décembre, je les ay receues le ii febvrier ensuivant, et incontinent je fis le contenu de vostre mémoire, que je délivray, le 6 de mars ensuivant, au Signeur Jaques Goossens, marchant peletier en ceste ville, frère, disoitil, de celuy à qui aviés donné la commission en ceste ville, et alors je luy baillay deux factures, l'une pour vous envoyer par le marinier et l'autre par la poste, et moy-mesmes en délivray une autre à la poste, avec la response bien ample aux vostres et à l'advertissement [que], de vostre grâce, il vous avoit pieu de me faire, touchant le frère prédicateur qui avoit rescrit de ceste ville en la faveur de Steelsius etc.

Et depuis encores je vous ay rescrit aussi et me desplaist fort que n'ayés receu de moy le contentement que désiriés, mais d'autant que je me tiens et sens incoupable en cest endroit, je me consoleray en patience, attendant qu'il vous plaise de me commander autre chose, en quoy me trouvères tousjours volontaire et diligent. Mais, si les messagers ne feront leur devoir, je

désire estre, ce nonobstant, excusé, comme la raison le veut. Et ce pendant, me recommandant très humblement à vos bonnes grâces, je prie Dieu

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