Tlantin à Gabriel Çayas
Monsigneur.
Pour response à Vostre Signcuric touchant l'impression de la Bible en quatre langues, asçavoir Hèbraïcque,
(Russardus). En 1567, Plantin en publia une édition en 10 volumes in-80. Il y a des exemplaires du premier volume avec la date de 1566. D'après un contrat daté du 10 octobre 1565, Jehan Maréschal de Lyon prit pour son compte 625 exemplaires de l'édition plantinienne, à 48 sous la pièce.
1. Jacques Cujas, célèbre jurisconsulte français. Il naquit à Toulouse en 1520; enseignit le droit dans plusieurs Universités et mourut à Bourges en 1 590.
2. Gabriel de Çayas ou de Zayas, fut nommé secrétaire de Philippe lien 1563, après avoir beaucoup travaillé ave&le roi en l'absence du secrétaire principal Gonçalo Perez. Avec le cardinal de Granvelle, Çayas fut le patron le plus zélé et le plus constant de Pkntin.
3 . Cette lettre n'existe pas dans les minutes de la correspondance de Plantin. Nous la publions d'après roriginal conservé aux Archives
. générales de Simancas.
Chaldaïque et Grecque et à chaicune d'icelles leur version Latine, il vous plaira entendre qu'elle seroit contenue en six volumes : lesquels j'espérerois de pouvoir imprimer en l'espace de trois ans, à compter du jour que j'aurois commencé à l'imprimer. *
Le papier pourrois je faire venir de Troye en Champaigne ou de la Rochelle, car de chaicun desdits lieux aurions nous bien la commodité et en fauldroit avoir environ de 3000 rames, qui cousteroyent rendus ici environ douze mille florins pour le moins.
Les frais ordinaires de la besongrîe^ pour les ouvriers et autres despenses de l'imprimerie, cousteroyent autre douze mille florins, qui seroit ensemble environ de douze mille escus pour le papier et travail ordinaire des ouvriers et telles autres despenses desquels je puis bien faire le calcul.
Mais quant aux aultres frais par moy desjcà faicts et qu'il me conviendroit encores faire cy-après^ il me seroit impossible de les rédiger en compte devant l'achèvement de l'ouvrage. Car j'ay desjà employé une bonne somme d'argent à tenir des hommes sçavants en hébrieu et aultres langues en mon logis, à mes despens et gages, pour corriger le dictionnaire de tous les mots hébraicques •de laditte Bible que j'ayfaict aussi visiter par gens doctes et députez par Sa Majesté à la Visitation des œuvres qui se doibvent imprimer par deçà, lequel dictionnaire décoreroit grandement l'œuvre. ■
1 . Cette lettre constitue le document le plus ancien que nous possédions sur la Bible royale ou polyglotte, imprimée par PLmtin avec un subside du roi, de 1568 à 1572. L'ouvrage renferme 8 volumes et non 6, comme le plan primitif de Plantin le comportait. Voir : Max Rooses, Christophe Plantin, Chap. V.
2. Plantin avait confié le soin de revoir le dictionnaire hébreu de
Il me conviendroit davantage, durant l'impression de ladicte Bible, entretenir des gens doctes et bien expérimentez en la cognoissance desdictes langues, pour vacquer ordinairement à la correction, ce qui ne se feroit sans grandes despenses et bons gages, dont je ne pourrois rendre compte jusques à la fin. Et mesmes je n'oscrois pas entreprendre de trouver gens capables de corriger tel ouvrage, qui voulussent s'y assubjectir, si je n'estois asseuré de quelques-uns que j'entretiens desjà passé quelque temps à celte intention, et qui plus est, j'ay rencontré entre autres un jeune homme fort docte es langues Hébraïque, Chaldeénne, Grecque et Latine, auquel, pour mieux l'entretenir et l'avoir à commodité, sous l'espoir que j'ay eu d'aider avec le temps au bien public, et en la faveur des lectres et de telles vertus rares qui sont en iceluy, j'ay baillé ma fille aisnée en mariage. '
Quant aux charactères je les ay tous taillés et en ordre et les ay par le moyen de mes amis recouverts et acheptés de longue main, à tels frais, travail et nombre d'argent qu'on n'y pourroit bonnement mettre prix : d'autant que je ne pense pas qu'il s'en trouvast encores autant ensemble de si beaux et bons en aucunne partie de toute l'Europe, ainsi comme plusieurs des principaux imprimeurs et gens à ce cognoissants de la France, de l'Alemagne et de l'Italie l'ont rescript et maintes fois confessé
Santé Pagnini à Jean Isaac professeur d'hébreu à Cologne. Ce savant habita chez l'imprimeur du lO novembre 1563 au 21 octobre 1564. Le dictionnaire hébreu, imprimé à la suite de k Bible royale, était revu par François Raphelengien, le beau-fils de Plantin, qui habitait dans l'imprimerie depuis le 12 mars 1564. C'est à ces deux savants et à leurs travaux que Plantin fait ici allusion.
I . François Raphelengien qui épousa Marguerite Plantin au mois de juin 156$.
— sien mon absence, et puis après en ma présence à la foire de Francfort ; dont l'occasion est advenue parceque j'avois donné, à la foire de quaresme dernier, à quelques personnages de grande auctorité aucunnes fueilles de nostre espreuve de ladicte Bible, d'entre lesquelles l'une fut monstrée au duc Auguste électeur, qui desjà avoit desboursé quelque grand nombre de daldres pour faire les préparations de telle ouvrage. ' Mais ledit Signeur ayant veu et faict visiter nostredite espreuve à plusieurs et mesmes à ceux qu'il avoit mis en besongne, ils confessèrent tous qu'il leur estoit impossible de parvenir à telle perfection et ainsi, ledit Signeur et ses ouvriers ayant désisté de leur entreprinse, il m'en fist advertir à la dernière foire dudit Francfort, en septembre, et exhorter par son imprimeur mesmes de poursuivre mon entreprinse. Le semblable ont faict plusieurs qui avoyent proposé la mesme chose et entre autres les Signeurs de la ville de Francfort, qui m'en vindrent aussi parler estant audict lieu, et offrir d'entendre au déboursement des deniers d'une telle œuvre, si je voulois l'aler faire en leur ville. Le semblable m'a esté offert au nom du prince électeur Palatin, si je voulois aler en sa ville de Heidelberghe pour l'imprimer. Mais à tous j'ay répondu ce que, estant à Paris durant le temps de mon infortune, ' je fis à Mons' le Conestable de France et à plusieurs autres qui me vouloyent rattirer en France et me bailler bon
1 . Auguste, duc de Saxe, s'était déclaré prêt à payer les frais d'une édition de la Bible en cinq langues, préparée par Jean Draconite théologien luthérien. Ce dernier mourut en 1566, au moment où on allait mettre son ouvrage sous presse et où Plantin apportait sa feuille-modèle à Francfort.