‹ Correspondance de Christophe Plantin (volume 2)Chapitre 60 sur 204 · Plantin à Guillaume Postel · texte numérisé non relu

Plantin à Guillaume Postel

Je loue Dieu de sa grâce qu'il luy plaist donner aux hommes de bonne volonté, et luy prie de vouloir continuer envers nous sa faveur pour nous faire cognoistre et sentir ses dons inénarrables. Je me resjouis aussi grandement de ce que dirrigés vos pas vers le sentier de la charité, la perfection et accomplissement des œuvres du Signeur et Dieu mesmes en l'unicque trinité et trine unité dont l'habitation, vraye demeure et siège

1. Canisius CPet.). Parvus Cakchismus cum prccihits horariis et kaîendario (1567).

2. HuNNiEUS (AugJ. Catechismi catholici Schem^ (1567, en placard).

3. Clusius (Carolus^. aromatum et sîmpliciiim aliquot nieâicamentorum aptid Indos nascentium (1567, 8°),

4..JUNIUS (Hadrianus). Nomenclator omnium rerum propria notnina variis îinguis explicata indicans (1567, 8°).

Je sa majesté, mérite bien qu'un chaicun de ceux qui habitent ou au ciel, ou en la terre, s'inclinent au devant et révèrent celuy qui s'y sied pour faire justice, et juger en équité la rondeur de la terre, et séparer en temps oportun le grain d'avec la paille, pour adapter chaicunnc chose à l'usage de sa maison. Et n'y a pas de comparaison entre la folie ou ignorance de l'homme avec la sagesse qui soit à conférer à la parole et au grain du bled : veu que de la folie et ignorance ne s'engendre jamais, ni ne croist la sagesse : ains est besoing que l'abjection de la folie et ignorance (que le monde et les sçavants de la lectre tiennent pour la sagesse et congnoissancc) procède et qu'elle meure du tout comme mauvaises herbes qui occuppent le champ, avant que la crainte du Signeur (premier commencement de la sagesse divine, qui est folie aux hommes, comme l'autre l'est à Dieu) y puisse prendre quelque racine qui ait vie et puisse mesmes charnellement accroistre pour, par la loy du Signeur, dompter le péché en la chair et parvenir à la foy de Jésus-Christ^ ou assurance et espérance du salut en l'unique fils du Dieu vivant, qui ne peut demeurer en la mort, ne y délaisser aussi ceux que le père luy a donnés et se sont rendus à luy pour l'ensuivre jusques à l'abolition du péché et mort de la chair en la croix et ensevelissement de toutes concupisçances et folies mondaines. En sa résurrection glorieuse, il mène les siens avec luy hors des ténèbres et les remplit (estant monté à la dextre de Dieu son père) de son sainct esprit, lien unique de toute charité et l'accomplie déité. A quoi se peut voir, mon très cher et bien aimé confrère en la charité de Christ, que la fohe et ignorance de l'homme ne sert pas au fruict de la sagesse,

comme il semble que le veilliés [dire], quand m'escrivés quj il }'• a nécessairement de la paille au brin de bled beaucoup plus que de fruict ou grain, comme aussi en nous ; lus de folie et d'ignorance que de sagesse etc. Car il w- st nécessairement besoing de renaissance, et jamais les ronces ou espines ne peuvent tellement [estre] cultivées qu'elles aportent du grain à faire pain proffitable à la vie humaine. Et pourtant, très aimé, que si vostre dire me semble trop hardi que je vous reprenne, je vous ay (bien que je fusse fort occupé) voulu escrire peu de tesmoignage de la vérité que je vous supplie de vouloir examiner à droict : et, si vous ne le trouvés ainsi en vous-mesmes de ne vous en scandaliser aucunnement ni de ce que moy, qui ne suis rien, advance cncores en la congnoissance des grands secrets inénarrables de la charité du Dieu vivant, mais seulement l'un de ceux qui désirent cheminer au chemin par- où on y va, et y trouve place, ay osé escrire si franchement response à vostre demande, mesmes sur le point qu'il me semble que pensés estre le mieux fondé.

Quant à David Jorges ', ou tel qu'il soit nommé ou tenu, ne quoy qu'il ait faict ou mal versé, je m'asseure que ceux qui sont de la charité ne s'en empeschent^ ni des fautes de nulle créature qui ne se soj^^ent rendus sous leur charge. Et encores quand ainsi seroit, si n'est ce leur affaire ni office et aussi enterprenent-ils pas, ni aussi qu'on accuse ne blasme quelqu'un particulièrement ou de nom propre, si ce n'est pour son amendement et proffit à se pouvoir recongnoître : car ils sçavent bien que Dieu est juste et ne laissera rien impuni, ains fera

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