Plant in à sa fille Catherine
Catherine, Pour vous faire entendre nostre estât en peu de paroles, soyez advertie que tous ceux de la mayson sont en bonne santé, grâces à Dieu ; mais, quant à moy, il y a certaines sepmaines que je me suis trouvé mal disposé et pesant de courage, comme si quelque chose de mal s'en devoit suivre, et attendant de jour en aultre des nouvelles d'entre vous tous nos amis de par delà, espérant m'en resjouir, j'ay esté fort esmerveillé que trois messaigiers sont venus par deçà, sans m'apporter un seul mot de lectres de vous, de vostre mary, ni de mon compère vostre oncle. A quoy j'ay incontinent conclud en moy-mesmes qu'il y avoit quelque choses malfaictes. Car notés que, peu souvent ou point, je ne me suis trouvé ainsi qu'il ne m'en soit ainsi advenu, et tenois je d'autant plus seur que de ceste tristesse occulte et pesanteur de cœur j'en suis tombé en une maladie corporelle de cholique qui me vexe outre sa coustume, laquelle me seroit peu de chose, si j'eusse peu entendre quelque occasion de me resjouir de vostre bon portement et de vostre mary avec tous ceux de [la] mayson. Je dy et entends tousjours le bon portement que je désire entendre de vous soit principalement en ung bon, humble, gay, prompt et volontaire maintien à ne désobéir à personne de la mayson en toutes et quelquonques choses qui ne soient contraires à Dieu. Mays ayant entendu le contraire et une partie de la légèreté (car je ne veux pas encores l'interpréter ou prendre pour malice) et sotte outrecuidance, et cholérique superbité, dont vous commencés user à vouloir vous monstrer estre quelque chose et à soustenir.
non vos amis ou parents (ainsi que toutes-fois le pensés), mais bien leur légèreté aussi et faute de modestie, je n'ay sceu que devenir, que penser ne que faire. Vray est que mon frère ', selon la coustume d'estre cordial et fidèle à tous ses amys, pensant bien que vostre gouvernement et sottes légèretés ne me seroient celées, ains que je les sçaurois bien tost, m'a rescrit assés d'excuses de vos beaux faicts, pensant me dissuader qu'il n'y eust pas eu beaucoup de vostre faute, mais seulement ung je ne sçay quel courage de vouloir défendre ceux que vous estimés vous toucher de plus près : mais notés, considéretz, et remarquetz bien tous les propos que je vous ay tenus, tant par deçà que sur le chemin en alant par delà et depuis estants arrivés, et puis reHsés bien toutes mes iecttres depuis envoyeez, et vous trouvères appertement que j'ay bien (par la grâce de Dieu) préveu et quasi cogneu cela dont il m'estoit nécessaire de vous préadvertir. Car j'ay veu vostre inclination qui semble bien et cordiale, mais laquelle est facile à trop s'incliner à ce qu'il luy semble pouvoir aussi bien faire qu'un autre, selon la mode accoustemée du monde ; de sorte que sériés incontinent persuadée que sériés digne d'estre ouye et d'avoir l'auctorité de parler, caqueter, babiller, voire et tanser comme est la coustume très mauvaise de plusieurs.
Et pourtant que je n'ay la commodité de faire ceste si longue comme mon affection m'y pousse, et aussi que ce seroit chose superflue de réciter tous lesdicts propos que je vous ay tenus et rescripts, touchant la manière comment il vous convient gouverner selon Dieu et la