Plantin à Thilippe d'^Auxi
Au Signeur Philippe d'Auxi, Gentilhomme de la Chambre de Sa Majesté.
19 décembre 1571.
Après avoir bien considéré les catalogues de vostre tant belle Bibliothèque, lesquels de vostre grâce il vous a pieu me communiquer et prins maintesfois la plume pour vous marcquer ceux que je pensois n'avoir pas esté imprimés, je reste quasi confus et esmerveillé de voir les tiltres de si beaux et rares volumes et, finablement, je me suis résolu de ne marcquer rien, car, notant les uns, je penserois faire grand tord au reste, veu l'antiquité de l'escriture d'iccux, ainsi que me les spécifiés.
Parquoy je ne fay pas moins d'estime de ceux qui ont esté imprimés par cy-devant que de ceux qui ne le furent oncques, veu que par iceux se peuvent amender les fautes commises es livres imprimés ; chose que j'estime bien autant et davantage que d'en mectre d'autres en lumière, car de ce qu'on n'a poinct veu ne peut il venir tel inconvénient que de ce qui est divulgué incorrectement.
Et pourtant je conclud, très cher Signeur, que ces vostres Indices qu'il vous a pieu m'envoyer sont de choses si rares qu'on doibt tenir toutes telles pièces en révérence esgale. Ce que peuvent très bien et mieux juger ces personnages tant doctes, comme est Monsg"" Hoperus, le Signeur Christophe Calvete Stella, le R""^ Covarruvias ' et autres, principalement par la veue et
I. Didaçus de Covarruvias, évêque de Ségovie, président du con-
collation d'iceux avec les exemplaires imprimés, sans quoy nous seroit impossible de rien juger.
Au reste si de mon petit pouvoir, je vous puis faire quelque service, commandés et serés obéy d'aussi bon cueur que je désire mes humbles recommandations estre aggréables à vostre bonne grâce, et je prieray Dieu vous donner de plus en plus les siennes.