‹ Correspondance de Christophe Plantin (volume 3)Chapitre 3 sur 178 · Plantin à Çayas · texte numérisé non relu

Plantin à Çayas

A Monsig"" Çayas. 1568, le 27 aoust.

J'ay esté fort joyeux d'entendre par monsigneur le docteur B. Arias Montanus que V. S. avoit finablement receu les livres envoyés de longtemps et à diverses fois, chose qui m'a redonné le courage de continuer doresenavant à envoyer de tout ce que je feray et ce qu'il plaira à V. S. m'ordonner, ainsi que je le fay maintenant.

Au reste, je me trouve tout honteux des biens qu'il plaist à Mons' le Docteur de me procurer, en quoy je congnois combien je suis et seray toute ma vie redevable à V. S. des bénéfices qu'elle non seulement me faict, mais aussi m'adresse ses semblables. Et pourtant qu'il ne me sera jamais possible d'en recongnoistre le moindre, je ne puis autre chose mieux faire que de m'efforcer et y exhorter tous mes enfants et famille à continuer, toute leur vie, à prier ce bon Dieu pour l'heur et prospérité de Vostre Signeurie et de mondict Sig' Arias Montanus, pour la prudence, grâce, bonté, humanité.

sçavoir admirable, piété, sincérité extresmes, et toutes autres rares vertus, duquel je l'ay révéré et V. S. en iceluy, dès que je receu les premières lectres d'icelle en la recommandation d'iceluy, et depuis admiré, congnoissant combien l'effet surpasse la recommandation.

Et maintenant, ayant l'expérience de quelle faveur mesmes ledict Signeur et V. S. continuent à poursuivre mon bien, honneur et advancement au service de Sa Majesté et de la république chrestienne, regardant en moi et à mon incapacité, le plus souvent tout honteux que je r^ sçai que devenir, de sorte que je reste muet. Et principalement quant ledict S' docteur m'a dernièrement adverti que V. S. avoit obtenu de Sa Majesté que je peusse recevoir les deniers ordonnés pour le subside de l'impression de la Bible vrayement Royale, sans bailler autres pièges ni asseurance que des mesmes impressions et de tout mon bien'. Car je répute autant telle grâce, en ce temps tant difficile et fascheux à trouver gens par deçà qui veillent respondre pour leurs meilleurs amis pour quelque asseurance qu'on leur puisse bailler,comme l'advancement des propres deniers, desquels

I. Par la lettre de Plantin à Çayas, datée du ii juin 1568, on a vu que le roi demandait à Plantin une garantie pour les 1500 ducats que Philippe II consentait à lui avancer sur les travaux de la Bible royale. Plantin oflfrait en garantie les feuilles imprimées, sa maison et tous ses biens. Une lettre d'Arias Montanus à Çayas, en date du 22 juillet 1568, nous apprend que le roi se contenta de cette garantie : V. M. envie un capitule â Curiel, para . que vaya dando a Plantino los dineros, tomando en prendas sus casas que valen mas de 4.000 scudos, y mas la obra hecha y que se fuere haciendo : que acabada valdrd mas de 20 000 scudos. (Correspondencid del doctor Benito Arias Montana cou Felipe II, etc. Colleccion de documentes inédites para la historia de Espaiïa XLI, 128.)

j'ay desjà, par la faveur de mondict S^ le docteur et la bonne preudhommie et facilité amiable du Sig' Hiérosme Curiel, personnage à la vérité si réal, béning et cordial qu'il est très digne de Testât qu'il tient au service de Sa Majesté, de sorte que je ne sçay assés m'esmerveiller et louer Dieu de la grâce qu'il m'a faicte que je sois adressé à tels personnages, desquels chaicun semble tascher à qui mieux servira Sa Majesté et, qui est chose bien plus rare, advancera ceux qui voudroyent pareillement s'employer à son service.

Cela, Monsigneur, m'incite et encourage tellement à poursuivre l'ouvrage de la Bible encommencée que je ne désire rien plus que d'en voir la fin, quoy qu'il me doibve couster ; car j'espère qu'elle plaira à Sa Majesté et à toute la Chrestienté, qui s'en recongnoistra estre redevable à la recommandation de V. S. à l'érudition de Monsigneur le Docteur et comme père Arias Montanus et à la libéralité de Sa Majesté, par laquelle j'auray esté accommodé et auctorisé d'entreprendre et faire bien telle ouvrage et sur ce....

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