Tlantin à Çayas
A Monsg"" le secrétaire Çayas, le 13 décembre 1568.
Monsigneur.
Depuis la venue de Monsigneur le docteur B. Arias Montanus, et que j'ay practiqué avec luy, à bon escient, et entendu l'amitié réciproque qu'il observe vers V. S., je l'ay tellement expérimenté estre un autre vous-mesmes, qu'encores que V. S. ne m'eust ordonné le tenir pour tel, il ne me seroit possible que je le tinsse pour autre, et, par conséquent, qu'il ne faut d'advertir V. S. de ce qu'elle pourroit désirer. Ce que, joinct à la difficulté des passages et affaires trop nécessaires de V. S , m'a faict abstenir de luy escrire jusques à maintenant, que je l'ay voulu advertir aussi de nostre bonne disposition et santé et de celle de mondict Signeur, le docteur, que je tiens (ainsi que V. S. mesmes) en révérence extresme, tant pour les rares vertus dont, entre tous les personnages que j'aye onques congneu, je le trouve divinement doué, comme pour la diligence et travail constant et, si je l'osois dire, trop assiduel dont il use, de sorte Monsigneur, qu'il ne me sembleroit impertinent que V. S. luy recommandast souvent sa santé, laquelle je crains grandement que, par un trop grand désir ,et affection de
faire service à Dieu, à la république chestienne, à la Majesté de nostre Roy très Catholique, à tous ses amis et cogneus, voire mesmes à tous ceux qui s'adressent et le requièrent de chose qu'il puisse, il ne vienne à l'offenser et acourcir finablement les jours de ceste vie présente, chose qui seroit autant lamentable et déplorable de tous les bons qu'autre qui peust advenir en ^ce monde. Car j'espère plus de ses labeurs pour l'augmentation de la congnoissance de Dieu envers ceux qui la cerchent et de moyen à retirer les desvoyés à la vraie et non feincte obéissance de nostre mère saincte esgHse, que je n'ay onques faict d'auteur qui, de nostre temps, l'ait précédé. Et croy que Dieu l'a remply de ses grâces spéciales et choisi pour révéler et ramener, de ce temps, le vray moyen de traicter la leçon des sainctes escrittures et saincte théologie et parvenir à la vraye congnoissance des secrets d'icelle. Bref, pour le dire en un mot, i'ay un tel espoir de ce personnage qu'il me seroit impossible de l'expliquer, et, d'autant plus je le practique ou hante, d'autant plus je l'admire et révère et tiens Sa Majesté plus heureuse d'avoir un tel serviteur, que si quelque grand Royaume luy estoit advenu, et moy très heureux de luy pouvoir faire quelque service. A quoy de tout mon cœur je m'employeray toute ma vie, et tiendray à jamais ce bénéfice receu de la faveur de Vostre Signeurie, à qui par ce moyen la république devra une louange immortelle, qui ne sera celée de ceux qui ne voudront estre congneus ingrats.
Et de ma part, je tascheray de trouver le moyen pour tesmoigner à la postérité combien je me sens tenu audict Signeur, et premièrement à V. S., duquel me vient ce bien d'avoir eu la co^noissance et familiarité de cest autre
vous-mesmes, auquel je me réfère et asseure tousjours de tout ce qui est besoing d'escrire ou advertir à V. S. des choses de par deçà. Nonobstant quoy, pour n'oblier du tout l'office que je doibs àVostredicteSigneurie, j'ay prins cncores la hardiese de luy adresser la présente, que je luy supplie prendre de bonne part et recevoir en gré les livres spécifiés en ce billet que j'ay envoyés à V. S. au coffre N° envoyé par mondict Signeur le docteur
Arias Montanus au Sig-" d'entre lesquels celuy
de Originibus Antverpice ' etc. V.S. trouvera, peut estre, (ainsi que prime face il a faict à plusieurs gens doctes et grands personnages de diverses contrées) d'argument et fondement fort estrange. Mais j'espère que, comme il en est aussi advenu à plusieurs personnages bien expérimentés et de bon jugement, qu'en la fin elle y trouvera de merveilleusement bonnes raisons et mieux fondées que de première entrée il n'a semblé. Car je voy par expérience qu'ainsi en est il prins à plusieurs. Que si, par la faveur et moyen de V. S., il plaisoit à Sa Majesté employer l'aucteur dudict livre et luy commander de poursuivre la description des choses qu'il a conceues et les mectre en lumière, sous le nom de Sa Majesté, je ne doubte (après un grand nombre de gens doctes et rares qui admirent son sçavoir) qu'il ne fist voir un œuvre autant, voire plus esmerveillable, touchant les histoires et choses naturelles de l'Univers, que ne fist onques Aristote ou Pline ou quelconques autres des anciens. Et me semble, sauf meilleur jugement,que, comme
I. /. Goropius Becanus, Origines AiitwerpicC.Le 17 décembre 1568, Plantin envoya par Arias Montanus à Diego Diaz Bezerril, de Séville, cinq coffres de livres. Dans celui qui portait le no 14, se trouvait l'ouvrage de Becanus.
mon bon signeur et amy Monsg"" B. Arias Montanus excelle en l'intelligence et congnoissance des sainctes lectres et de la S*^ Théologie, que ledict S' Becanus est, en ces païs ici, très excellent en la Philosophie et raisons naturelles référées à leur premier moteur et aucteur de l'Univers.
Et ainsi, sous la Majesté de nostre Roy très catholique^ ay-je espoir de voir encores le vray siècle d'or tant célèbre et renommé des anciens. Ce que je prie nostre signeur Dieu nous vouloir favoriser et réduire tous les desvoyés sous un seul Dieu, une S'^ esgHse et un seul gouverneur et Roy sus la terre, en une saincte foy, ung saint baptesme, une S''^ espérance et divine communion du saint Sacrement, en ceste vie corporelle, et finablement nous octroyer la vie perdurable à son honneur et gloire , par nostre Signeur Jésus-Christ. Le mesmc aussi je prie de tout mon cœur vouloir maintenir et bonheurer Sa Majesté et son estât et V. S. à son service en toute prospérité et bonne santé, et moy en la bonne grâce d'icelle.
D'Anvers, ce 14 décembre 1568 de