‹ Correspondance de Christophe PlantinChapitre 246 sur 398 · Plantin au Cardinal de Granvelle · texte numérisé non relu

Plantin au Cardinal de Granvelle

Le 24 septembre 1569.

A Monsigneur le Cardinal de Granvelle.

111°»* et R"* S^

Cejourd'huy sont 7 jours passés que j'ai envoyé à V. ni"* et R"* S'* les deux premières feilles des vers du S' Gambara, avec une feille pour monstre d'un Bréviaire que plusieurs S" et Prélats désirent que j'imprime.

I . Nova et aucta orbis terra descriptio ad usum navigantium emendate accùmmodata. Cette carte universelle venait d'être publiée par Gérard Mercator à Duisbourg, au mois d*août 1569. (Voir D»" J. van Raem- DONCK, Gérard Mercator, sa vie et ses œuvres. St-Nicolas, 1869. p. 124.)

Maintenant je luy envoyé 3 autres feilles desdicts vers, desquels j'espère d'envoyer le reste par le premier courrier.

Cependant je prieray Dieu qu'il luy plaise maintenir V. Ili"** et R°* S** en sa bonne grâce.

D'Anvers etc.

i8é. — Vlantin au Cardinal de Granvelle.

Le premier octobre 1569.

A M. le Cardinal de Granvelle.

Il me déplaist tousjours grandement que je ne puis chaicunne fois mectre en exécution mes promesses et le désir que j'ay de satisfaire à la volonté de V. 111"* et R"« S**, et m'en contristerois davantage, si je ne m'asseurois qu'icelle sçait trop mieux considérer les fautes survenantes, et juger des affections de ses humbles serviteurs, qu'eux-mesmes demander pardon de leurs démérites. Et pourtant, j'espère qu'icelle ne prendra pas en mauvaise part que je ne puisse encores, maintenant, envoyer l'accomplissement de tous les vers du Sig*^ Gambara, qui. Dieu aidant, seront achevés dedans deux jours, et par conséquent ay je espoir de ne faillir d'envoyer les deux dernières feilles de Nautica, par le premier courrier avec d'autres.

Ce pendant, je prie Dieu vouloir tousjours conserver V. I. S. en bonne prospérité et santé.

D'Anvers, etc.

iSy. — Vlantin au Cardinal de Granvelle. ^ Ce 6 octobre 1569.

M. rm* et R»»» Cardinal de Granvelle.

J'envoye le reste de l'impression des vers du S' Gambara, laquelle je seray prest de rimprimer en telle forme qn'il plaira à V. Ill"» et R°*' S" de me commanmander. Ce pendant, je poursuyvray. Dieu aidant, les autres œuvres que, de longtemps, elle m'a favorisé, nonobstant quoy, je ne laisseray de commencer, à bon escient, et poursuivre l'impression du Bréviaire, tout au ^ long, sans renvois si fréquents, suivant l'ordonnance

notée au Bréviaire qu'il a pieu à V. Ill« et R°' $• me faire procurer et envoyer par Monsg' son Âudiencier, et ce de telle lectre, comme, ces jours passés, j'en ay envoyé une feille, pour monstrer à vostre 111* et R°** Signeurie, laquelle je prie Dieu nous vouloir conserver à son honneur et gloire et au profict de la république Chrestienne.

D'Anvers, ce 6 octobre.

i88. — Plantin à Claude de fVithem, Seigneur deRisbourg.

Monseigneur.

Je suis fort esmerveillé que les indignités qui, premièrement, me sont faictes, et, consécutivement, à mes pièges pour V. S. envers Monsg' le Chevalier de Sèvre, touchant la ferme de la commanderie de Liège, desquelles, plusieurs fois, avés, à mon advis, suflSsamment esté par diverses adverti, n'esmeuvent une fois vostre noble courage à nous faire la raison et le deu de vos promesses et obligations, faictes sur vostre honneur, sur vostre personne et sur vos biens. Car vous estes, comme j'entends, assés bien informé comme Gilles Chastelain, par diverses prolongations, subterfuges et finesses de mauvaise foy, m'a traîné, l'année passée, en procès, qu'il a faict durer jusques après l'an passé, qu'il eust deu payer les sommes deus, et que, finalement, ayant esté condamné, il m'a payé une partie seulement des sommes escheutes, passé ung an, et quelque autre partie à Jehan Cassen, vers lequel il a esté aussi condamné pour les termes de Pasques et la S. Jehan dernièrement passés, sans que jamais il ait voulu liquider les premiers payements, ni despents deus et raisonnables, et que depuis il a juré n'avoir rien* à ses maistres et n'avoir le moyen aucun de payer, et autres cavillations, trop longues à réciter par lectres. De sorte que j'en porte une fascherie, dommage et perte inestimables, tant en mon honneur et biens, que principalement en mon crédict, qui, par faute des payements ordonnés aux temps, en est diminué et en danger de le perdre, qui seroit non seulement ma ruine et de ma famille, mais aussi un déshonneur grand pour Vostre Signeurie, pour le service de laquelle je me

suis à la bonne foy et en bonne intention mis en ce labirinthe, duquel, pour me retirer, je désire perdre du mien tout autant que mes facultés le pourront porter, plustost que de venir à procéder contre Vostredicte S*', par les moyens que le droict et l'équité requiert et demande en tel cas, comme icelle sçait très bien.

Et pourtant, Monsigneur , je supplie Vostredicte Signeurie qu'icelle veille prendre garde à ce qui est non seulement raisonnable, mais par le droict et justice nécessaire, d'estre faict envers nous, sans plus long délay ne dissimulation de paroles ni d'excuses d'aucunes injures des temps qui ne doivent ni ne peuvent aucunnement servir en ceste affaire, veu principalement que V. S. s'en est totalement exclus, s'estant premièrement obligé, et, par conséquent, tous ses pièges, de payer purement et simplement les sommes accordées à chaicun terme, sans pouvoir aucunement différer pour quelquonque accident, tant de gelées, gresles, tempestes, feu, eau et autres infortunes, que de toutes manières de guerres qui puissent survenir ou entrevenir durant le temps de vostre bail et t rmes assignés. Et de faict, Monsg*", je croy que, si vous sçaviés la rigueur que tient Monsg*^ le Chevallier de Sèvre à se faire payer à ses jours et en monnoye à son plaisir, j'estime que sériés esmeu et ne faudriés, de vostre part, à nous garantir, comme il appartient.

Et pourtant, Monsigneur, je vous supplie encores ceste fois pour l'amour de Dieu, du juste droict, de la raison et de vostre honneur, qu'il vous plaise nous faire payer des termes passés et nous asseurer et garantir mieux pour l'advenir que ne l'avons esté jusques à présent, ou bien nous faire descharger de la plègerie envers

mondict Sign' le Chevallier de Sèvre, avant que nous soyons contraincts de cercher les derniers moyens à rencontre de V. S., de laquelle nous désirons demeurer les humbles serviteurs, autant que nostre estât le peut porter, car plus outre ne pouvons nous l'endurer et croy que V. S. aussi ne Ta onques autrement entendu, mais que la faute est es pièges que nous avés obligés, desquels il ne nous est plus possible d'endurer. Parquoy nous vous supplions derechef d'y vouloir mectre ordre et nous donner contentement raisonnable, et nous prierons Dieu vous eslargir ses sainctes grâces et nous maintenir en la vostre.

D'Anvers, ce l novembre 1569.

Ï89. — Thomas Corraa ' à Tlantin.

(Il propose à Plantin d'imprimer son livre de Epigrammaiây cinq livres de Eîoquentia et des commentaires sur le quatrième et le sixième livre de l'Enéide.)

Thomas Corraea Christophoro Plantino S. P, D.

Virtus plerumque amorem conciliât majorem, quam consuetudo et congressus voluntatumque consensio ; promerita etiam eu jusque animos saepe nostros ad benevolentiam invitant. Virtus actione cemitur ex qua prae-

I . Thomas Correa né à Coïmbre en Portugal. Il entra dans la Société de Jésus, mais quitta l'ordre et fut successivement professeur à Palerme, à Rome et à Bologne. Il écrivit de EpiqrammaU^ de Eîegia, Expîanatio in Horatium ds Arte poetica, Oratio de Antiquiiate dignilaUque poeseos, Plantin n'imprima rien de lui. D mourut à Bo-. logne, le 24 février 1595, à l'&ge de 59 ans.

clari effectus emergunt; sed illi omnium praestantissimi, qui aut multis utilitatem afferunt, aut toti reipublicas sunt ornamento. Praeclara tua virtus, mi Plantine, te mihi carissimum reddidit ; cum vero de omni re litteraria sis optime meritus, eodem ego nomine tibi plurimum debeo. Sed hsec alias, scribendi rationem tibi exponam. Adii visendi gratia, ut soleo, communem litterarum Maecenatem amplissimum Cardinalem Granvellanum : is mihi amici mei Joannis Antonii Viperani de Scribenda historia dédit iibellum a te excusum. Cœpi mecum cogitare, non esse ab re, si ad te Iibellum meum de Epigrammate mitterem, ut si tibi esset commodum, t)rpis tuis velles imprimi, quoniam hic perpauca reperiuntur exempla, et si rationem hanc inire non displicet, mittam statim ad te quinque libros de Eloquentia, quos spero nec ingratos nec inutiles litterarîae reipublicae fore ; meditor praeterea in duos Virgilii libros, quartum et sextum, commentarios ; eos etiam ubi elimaro, ad te transmitti curabo ; si suscipis negotium, poteris me litteris docere. Poteram hanc provinciam amplissimo Cardinali Granvellano imponere, sed hac ratione malui rem transigi.

Siquid est in Urbe, in quo ego operam studiumque meum tibi rebusque tuis possini praestare, poUiceor me non defuturum. Sum apud Cardinalem Montis Politiani, me meaque tibi defero.

Vale. Romas nu nonas novembris, anno salutis cId. Id. lxix. •

I . Nous ne savons en quel sens Planttn répondit à cette lettre. Nous possédons cependant le commencement d'une lettre de lui â Thomas Corrasa, que nous reproduisons ici, mais qui ne nous apprend

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