‹ Correspondance de Christophe PlantinChapitre 333 sur 398 · Vlantin au Cardinal de Granvelle · texte numérisé non relu

Vlantin au Cardinal de Granvelle

Au très illustre et excellentissime S"" Monsigneur le Cardinal de Granvelle, Vice-roy de Naples.

Le 7 juillet 1371.

Très Illustre et Ex°»^ S',

J'espère que depuis les lectres que j'ay receues de Vostre Illustrissime Excellence, escriites à Naples, le 23 de may, le reste du Psautier luy aura esté rendu, et depuis j'en ay aussi livré ung exemplaire complet, avec autres livres, à Monsg*^ le contreroleur Malpas, pour le luy envoyer par conduicte, avec encores ung exemplaire complet des centuries que j 'a vois exprès faict apporter de Francfort, craignant que ceux de Basle, à qui j'avois enchargé d'en mectre aussi ung exemplaire en ung baslot que j'ay faict icy, dès le 17 de novembre, et consigné au conducteur pour Rome, n'eussent faict leur devoir d'ouvrir ledict baslot passant par ladicte ville de Basle et y mectre lesdictes Centuries, veu principalement que depuis je n'ay pas eu aucun advis qu'ainsi ait esté faict. Parquoy il m'a semblé moins mal d'envoyer ledict livre deux fois et par deux moyens que d'attendre plus longtemps la certitude de la réception du premier.

J'ay aussi baillé, avec les susdicts, les livrets de mon impression ici déclarés : Grevinus de Venenis, G. Canteri novae lectiones, l'Encyclie des secrets de l'Eternité, 6 Monumenta Salutis B. Ariae Montani ', dont aussi, pour

I. Jacohi Greinni, de Vemnis Ubri duOy in-40; Guîielmi Canteri Novantm lectionum Ubri octo, in-80 ; ' LEncyclie des Secrets de Vèternité par Guy Le Fèvre de la 'Boderie^ in-40. Humana salutis Monumenta B. Aria Montani studio constructa et decantata^ in-40. Tous les quatre imprimés par Plantin, en 1571.

n'estre ledict livret grand, j'ay bien osé envoyer icy ung exemplaire que je désire estre aggréable à V. 111™* Ex", laquelle je remercie très humblement de la bonne volonté et bénéfices qu'il luy plaist de sa grâce me porter et de faict exercer, en la suppliant aussi très affectueusement qu'il luy plaise, me faire ce bien qu'elle m'offre en ses lectres de m'envoyer ung exemplaire des Heures de Nostre Dame, imprimées par le commandement de Sa Saincteté, pourveu qu'en la faveur d'icelle Vostre 111™.* Exe" je puisse obtenir le congé de Sadicte Saincteté pour les imprimer. Lequel congé je seray prest de recevoir à quelques conditions honnestes, pourveu qu'elles n'excèdent la valeur de cent escus d'or ou environ pour une fois, ou autre telle recongnoissance que, selon le mérite de l'ouvrage, il seroit de besoing faire à celuy à qui la charge de l'impression dudict livret est donnée. Car autrement je n'oserois ni voudrois attenter de les imprimer, d'autant que par la Busle de Sadicte Saincteté que j'ay veue, touchant lesdictes Heures, je voy que nuUuy ne les peut ni doibt imprimer ne lire aussi d'autre impression que de celle du peuple Romain ', sans le congé de Sadicte Saincteté ; à quoy toutesfois je voy qu'aucuns imprimeurs n'ont pas grand esgard, veu que, sans ledict Congé, ils ne laissent d'imprimer lesdictes Heures, desquelles, par quelques banquiers, ils ont, passé sept sepmaines, receu icy

I. Les impressions 'du peuple romain sont celles qui se faisaient dans l'officine, établie par le pape Pie V à Rome et dirigée, de 1561 à 1570, par Paul Manuce. La municipalité de Rome payait la moitié des charges occasionnées par cet atelier dont, pour ce motif, les éditions portent l'adresse ; In iEdibus Populi Romani.

les exemplaires de Rome^ lesquels ils ne font di£Bculté d'imiter.

Que s'il plaist à V. Ill"* Exe" me faire tant de bien que je les puisse imprimer par le congé de Sa Saincteté, elle m'obligera d'autant plus à elle, m'incitera et donnera moyen de poursuivre plus commodément les grands livres Ecclésiastiques que j'imprime pour le Chœur, de la grande despense et frais desquels je me trouve chargé, d'autant que chaicun faict difficulté d'achepter le Psautier, devant que l'Antiphonaire soit achevé. En quoy je leur donnerois raison, si je pouvois continuer à desbourser si grands et longs fraiz, avant que de pouvoir retirer les deniers de l'un achevé pour pouvoir fournir à poursuivre l'autre. Et que, ayant le moyen entretant de pouvoir imprimer et distribuer aisément autres livres, je puis mieux supporter les frais des plus grandes œuvres, ainsi que j'ay tousjours continué de faire des heures de Nostre Dame en diverses formes, dont je me trouve encores chargé, tant in 4*», 8®, 12°, 16°, 24°, 32° qu'en 64, etc., de plus de dix mille exemplaires, qui ne me seront par cy après que maculatures, là où j'en eusse retiré, dedans un an grand argent ; car j'en ay tousjours depuis huict ans en çà bien vendu autant, sans quoy et les Bréviaires, il m'eust esté impossible de poursuivre l'impression des grandes Bibles. Parquoy, après la majesté de nostre Roy, à nuUuy ne sera plus tenue la postérité de tel œuvre qu'à V. 111™^ Exe", laquelle je supplie Nostre Signeur vouloir nous conserver et augmenter tousjours en bonne santé et heureuse prospérité.

28o. — Plantin à G. Vaillant de Guellis.

A Monsigneur Mons' de Pimpont, Conseiller du Roy à Paris.

Combien il m'a despieu, desplaist et desplaira tousjours que je n'ay peu satisfaire à vostre désir et au mien d'imprimer vos tant doctes commentaires sur le Virgile et combien à bon escient et quantes fois, depuis en avoir avec diiBcuItés obtenu le Privilège par deçà, je les ay commencés, ne veux je pas maintenant entreprendre de vous persuader, Monsigneur très honoré, espérant que la congnoissance de mon affection et de mon faict que pourrés congnoistre avec le temps vous adoucira la cholère et ostera l'opinion que j'ay entendue, estant à Paris dernièrement, qu'à mon grand regret vous avés conservé à l'encontre de moy ; mais, seulement, je vous déclareray simplement par escrit ce que j'avois délibéré de vous dire de bouohe, si la manière importune de procéder envers moy par Mons»^ Thorins, et la répétition de l'exemplaire en vostre nom, lorsque la compagnie partie, je teuois ma fille par la main pour la conduire espouser à l'église *, ne m'eust mis hors d'espoir d'obtenir quelque paisible audience tnvers vous.

Ayant donques receu vostre exemplaire, je le délivray incontinent entre les mains des visitiiteurs et censeurs, députés pour l'approbation ou rejection de tout ce qui se peut imprimer es pais de par deçà, lesquels, pour n'estre tous assés versés au grec, le tindrent longuement avant que le me rendre approuvé. Après cela, je l'offri en cour, où, m'ayant esté retenu encores davantage,

I . Catherine Plantin qui épousa Jean Gassen au mois de juin 1 57 1 .

j'obtins fînablement le Consent et Privilège de l'imprimer, laquelle approbation et Privilèges me coustèrent plus de vingt escus.

Estant prest de la mectre sous la presse, la difficulté fut que celuy qui m'avoît vendu le papier pour l'imprimer ne m'en sceut fournir. Parquoy je rescrivi tout subit à Paris, d'où aussi je n'en sceu avoir de propre. Parquoy honteux et confus de vous faire tant attendre, contre ma volonté, je me résolu de l'imprimer sur le grand et coustageux papier, duquel avés veu les deux premières feilles qui valent plus que quatre de celles dont m'aviés prescrit la grandeur.

Ayant donques livré la copie des Bucoliques au compositeur, il y besongna quelques journées (ainsi qu'il appert par les susdictes deux doubles feilles qui en sont imprimées à bon escient, et non pas par manière d'espreuve, comme il m'a semblé que vous et Mor.sg'' Thorins l'aviés entendu, lorsque je vous en envoyay de chaicunne une) et par quelques formes qui, jusques à présent, en sont restées céans toutes composées et pensois bien continuer ainsi Tœuvre, quand il pleut à Dieu visiter ledict compositeur de la maladie hastive, dont il mourut, et fusmes contraincts délayer jusques à quelques jours par après,que j'y en ordonnay l'un de ceux qui avoyent besongné et besongneront encores en l'impression des grandes Bibles en diverses langues que j'imprime par le commandement du Roy Catholique ; ce qui me fut incontinent défendu,et ce jusques à quatre fois diverses que j'ay tasché de le recommencer et mectre en train. De quoy estant fort triste et honteux de ce que je ne vous pouvois satisfaire, je le rescrivi à Mons"" Thorins et qu'avec vostre consentement je le ferois volontiers imprimer à Paris, à

quoy il me respondit que, de joyeux et placide visage, vous luy aviés ordonné m'escrire que je vous renvoyasse la copie et, venue l'occasion que moy-mesmes j'alois mener ma fille espouser par delà, pensant ne pouvoir mieux faire, je la fis mectre au cofre où j'avois faict mectre nos habillements nuptiaux, lequel à nostre grand rçgret, dommage et intérests, par la malice des chartiers ou autrement, ne nous a esté délivré, ainsi que pourrés (si ne Testes assés) estre acertené, selon mesmes que je le déclaray, estant à Paris, à Monsieur Lambin *, pour qui nous avions aussi empacqué avec quelque petit présent à luy envoyer et auquel, et audict Signeur Thorins, Monsg' Daniel * et autres, je déclaray assés combien il m'estoit non seulement desplaisant, mais aussi coustageux et dommageable, après avoir faict tant de cousts et d'appareils pour plus^de 300 escus, de ne pouvoir poursuivre l'impression dudict livre, que je déclarois estre prest de faire imprimer par delà, à mes propres cousts et despens, ou d'y entrer pour la moictié ou d'en faire tout ainsi qu'il seroit tiouvé le mieux pour vostre contentement, ainsi que je le proposay au S*^ André Wechel * et que j'avois totalement résolu de vous aler déclarer et proposer, si j'eusse osé.

A quoy, Monsigneur, je vous supplie vouloir considérer et appaiser la cholère et sinistre opinion que j'ay entendu estre par vous conceue à l'encontre de moy, qui suis et seray tousjours prest de m'employer à vous faire

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