Plantin à Gilbert d'Ognies, Au R"''= S"" de Tournay
Très noble et R*.
Estant retourné de Paris, j'ay trouvé deux lectres de V. R°« S'% Tune du 21*^ et l'autre du pénultiesme du passé, auxquelles, bien que mon gendre m'ait dit avoir respbndu, je n'ay voulu faillir, ayant aussi présentement receu certain mémoire par Monsg"" d'Oienbrugghe ' de respondre aux poincts contenus ausdictes lectres et mémoire.
Et premièrement, quand au chant, je supplie V. R°* 5«c Qi Messigneurs de son chapistre entendre que je ne
l, Conr^rd d'Oyenbrugghe, chantre de la cathédrale de Tournai.
sui pas autre chant que celuy qui m'est prescript par Monsieur le chantre' de Malines, lequel me dict muer peu de chose, et non sans avoir ses raisons, à l'exemplaire à luy envoyé par Tauctorité de mesdicts S" du Chapitre. Vray est qu'après avoir receu ledict exemplaire des mains dudict S*^ Chantre ou du Maistre des Cérémonies de Malines, je le fay, pour plus grande seureté de nos ouvriers et pour éviter au danger de perdre rien,transcrire, à mes grands despens, au net par ung certain religieux de ceste ville qui n'y change ni adjouxte aucunne autre chose sinon que là, où la quantité des sillabes (chose qui expressément m'est enchargée de Rome) ne peut souffrir nombre de plusieurs notes, il les transporte où est de besoing, sans rien oster ni changer du chant.
Quant au prix du Psautier, qui leur semble cher à huit florins, je leur supplie considérer quels et combien de fraiz il m'a convenu et convient faire pour telles œuvres et aussi que je n'ay imprimé desdicts Psautiers, comme je n'imprime aussi des Antiphonaires que environ quatre cents exemplaires, sur lesquels faut que je recouvre tous les frais de l'impression, n'ayant pas le moyen, pour la cherté du papier et longueur de temps qu'il faudroit attendre d'en faire davantage, ce que bien considéré, on trouvera le prix n'estre excessif; nonobstant quoy, je leur rabatteray ung florin sur chaicun exemplaire dudict prix, à cause du plaisir de l'argent advancé.
Et quant est du dernier poinct de m'obliger de donner ledict Antiphonaire achevé aux Advents, je le ferois bien volontiers si la nonchallance, yvrongnerie et malice de mes ouvriers pouvoit estre par quelques loix^
raisons, ou conditions réprimée et réduicte à quelques certaines journées de bespngner. Ce que je voy estre impossible et par conséquent aussi que je me puisse obliger à certain jour. Mais bien suis-je prest de m'obliger de continuer l'ouvrage sans quelque interruption d'autre, ainsi que maintenant j'y besogne, et que pour le moins je délivreray (outre le Commune Sanctorum que j'espère achever dedans huict ou lo jours) autant de proprium qu'il en sera besoing pour chaicun mois au paravant qu'on s'en doibve servir au chœur. Et de faire aussi tout debvoir à moy possible d'advancer la besogne.
Qpant à la marge du fonds, dont mesdicts m'ont faict advenir, j'y ay remédié, de sorte que j'espère qu'ils s'en contenteront et ceux qui s'en voudront servir.
Reste aussi les advertir que le parchemin est fort renchéri et renchérist tous les jours; par quoy, s'il leur plaist m'en envoyer ou m'en faire délivrer icy par qui il leur plaira, je le leur imprimeray volontiers, sans leur en demander aucunne chose.