Plantin au Cardinal de Granvdle
Au très Illustre et R"* Gard, de Granvelle, Viceroy de Naples, etc.
25 aoust IS71.
Ayant bon espoir que V. 111"* et R"* Ex" aura receu rachèvement du Missal, je la supplie me faire advertir comment et combien il luy plaist que j 'envoyé des exemplaires en parchemin à Messieurs de Sainct Pierre à Rome, pour lesquels elle m'avoit ordonné d'en imprimer, ce que j'ay faict, jusques au nombre de dix, desquels aucuns m'en demandent par deçà ; mais je n'en ose délivrer à personne, jusques à ce qu'il ait pieu à V. Dh* Ex^' m'ordonner ce qu'il luy plaira. *
Par mes dernières, je respondois à V. Ilh* Ex" touchant l'impression des Heures, ordonnées par Sa Saincteté, et la suppliois de me faire avoir le congé de Sa Saincteté pour les pouvoir imprimer, sans lequel toutesfois autres libraires et imprimeurs ne faisoyent difficulté par deçà, car ils les ont faict et continuent d'imprimer, nonobstant la clausule d'excommunication sub pœna latae sententiae, contenue en la bulle de Sa Saincteté, qu'ils ne laissent aussi d 'ad jouxter au commencement et à la fin le Privilège du Roy, et semble que les Privilèges de Sa Saincteté n'ayent auctorité qu'es terres de son obéissance, veu mesmes que les libraires de cestc ville font imprimer les Bréviaires de Rome (pour le Privilège desquels je paye grand tribut) à Liège, comme en terre
I. Le 3 octobre 1571, Plantin expédia au Cardinal de Granvelle 8 missels sur grand papier, 5 sur parchemin et 3 sur papier ordinaire. {Archives plantiniennes : Journal, i57i,*fo 131 v'>.)
non sabjecte an Rgy catholique, sans le Privil^e duquel, qui m'a esté concédé, ils disent qu'ils ne laisseroyent de les faire imprimer icy, choses que je n'oserois ni vpudrois entreprendre. Et mesmes, estant requis par diverse.^ lectres rescrittes par Monsg' le Secrétaire Çayas de la volonté du Roy de tout incontinent impri*mer lesdictes Heures ordonnées par Sa Saincteté, de la sorte de lectre et forme que j'en ay, ces années passées, imprimé à la requeste de plusieurs Signeurs, et signament de celles que naguères j'ay imprimées par l'ordonnance de l'Excellentissime Monsigneur nostre gouverneur le Duc d'Âlbe, j'ay respondu qu'obstant la susdite clausule contenue en ladicte Bulle des Heures dernières, je n'oserois le faire sans congé de Sa Saincteté. Et pourtant, je supplie très humblement V. 111"' et R"* S** me faire advertir, si je puis bien, sans danger de conscience, imprimer lesdictes Heures, veu principalement qu'il me le seroit ainsi ordonné par Sa Majesté. Cependant, je prie Nostre Signeur nous maintenir, etc.