‹ Correspondance de Christophe PlantinChapitre 61 sur 398 · I. David Joris · texte numérisé non relu

I. David Joris

que le mal, audace, tyranie etc. seront les boureaux mesmes de ceux qui les nouriront et entretiendront.

Parquoy, très cher amy, regardons à ce que le Signeur requiert de nous, et taschons d'employer nostre talent à cela qui nous est commandé, et non à ce qui nous sembleroit bon, selon nostre sagesse acquise ou par longue estude, ou par expérience et imagination des choses qui passent par devant nostre esprit. Or sçay je et congnois que le Signeur vous a doué de dons inestimables et enrichi de maints thrésors précieux, lesquels pourroyent estre duisables au ministère de la charité ; parquoy je désirer ois grandement que vostre commodité fust telle, qu'escrivés le désirer, de pouvoir venir conférer avec ceux de qui je ne suis digne (quant à Tadvancement du faict de la charité) porter le moindre message qu'ils me pounoyent commander : car ainsi pouriés vous bien par ensemble entendre l'un l'autre, si estes d'un mesmes art ou mestîer, et qui aura le moins l'adjoindra au plus pour, par son humilité et bon vouloir, obtenir puis après part et jouir du plus avec le plus riche : et ainsi faire que la communauté se cognoisse non telle que plusieurs paresseux et délicats luxurieus mondains la pourroyent désirer ou les sages mondains l'excogiter, mais telle que le Signeur et les apostres l'ont pratiqué en un cueur, courage et esprit à ce que le Signeur soit honoré par les dons receus des estrangers qui enfin se rengeront à luy et luy apporteront ce qui luy apartient. A iceluy soit gloire et louange à jamais.

Qui sera l'endroict où je me recommanderay à vostre bonne grâce. En haste, d'Anvers, ce 7 juin etc. [1S67].

34' — 'Plantin à Jean de Molina. ' Par la Poste.

Signeur Jehan de Molina, Suivant vos advertissemcnts par deux lettres que m'avés envoyées à diverses fois, j'ay faict relier quelques sortes des livres que j'ay imprimés et le temps venu que les Birckraans vous envoyent quelques casses de livres, je vous ay aussi faict appareiller le tout et pacquer aussi en une petite casse, dont voyés la facture enclose en la présente, et ay mis le prix des livres en blanc comme je les vens ici aux libraires, et les relieures au me?me prix que je les ay payés, afin que voyiés par ce peu si ferés profEt d'en mander davantage. Quand au rabat, je n'en sçaurois rien rabattre, s'il me convenoit attendre un an le paiement, à cause des relieures qu'il fauldroit avancer. Mais si vous voulés avoir des livres en blanc et les paier contant, je vous rabatray de six ung, c'est-à-dire que de I20 f. n'en payerés que cent à l'argent comptant, et à terme d'un an je vous rabbatteray lo pour cent. Mais, si preniés quantité à terme d'un an, je voudrois avoir asseurance par deçà de quelqu'un qui me paiast ici en cas qu'il pleust à Dieu (ce que je luy prie qu'il n'advienne) vous appeller de vie à trespas. Car, quand est de vostre personne, j'en ay si bonne relation que je suis prest de vous fier tout mon bien durant sa vie. Mais j'ay desja esté tant de fois intéressé par le trespas de plusieurs, qui durant leur vie m'avoyent fort bien payé, que je crains de m'y remettre. Car il advient fort sou-

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