A PARIS
Paris, 6 octobre 1841.
Monsieur,
L'agent central de votre société m'a communiqué la décision du comité relative à ma démission, qui, aux termes
CORRESPONDANCE. 2j
des satuts, devait être parement et simplement acceptée ; je n'ai pas besoin de protester contre cette délibération ; je me regarde comme n'étant plus membre de la Société.
Mais j'ai des droits, comme ancien membre de la Société, qui ont été méconnus dans la délibération, et je viens me plaindre d'un manque de délicatesse qui m'étonne de la part du comité, et qui nécessite ma demande formelle en radiation d'une partie de la délibération sur ma démission.
Je n'ai point dit au comité les motifs de ma démission, non-seulement pour conserver en entier le droit de tous les membres de la Société, mais encore parce qu'il est des motifs que l'on d jit taire. Pour faire comprendre au comité l'imprudence de sa doctrine, qui ne résulte d'aucun article des statuts, car il n'est dit nulle part que le comité sera juge d'une démission, j'invoque le témoignage de deux de ses membres : MM. Pyat et Merruau. Tous deux savent que ma démission était donnée à la séance où, M. Pyat et moi, nous fûmes obligés de quitter le comité par le doute élevé sur notre impartialité comme juges, ce que j'ai regardé comme un manque d'égards suffisant. M. Pyat m'a dit : « Attendez une autre occasion de vous retirer de la Société. » M. Merruau me conseilla d'envoyer ma démission, que je donnai malgré l'avis de M. Pyat.
Je dis alors à M. Pyat que j'avais déjà des raisons majeures de me retirer.
Le jour où j'apportai ma démission, le 5 septembre, il y eut une séance incomplète du comité, où assistaient MM. Pyat, Paul Lacroix, Bonnelier, Cauchois-Lemaire, Alby et Cellier. Si, ce jour-là, un sixième membre fût venu,
il n'y avait aucune difficulté, ma démission était admise. Ce jour-là, j'ai, sous la foi donnée par ces messieurs que ce que je leur disais n'avait rien d'officiel et devait être regardé comme confidentiel, parlé de ma démission.
Or, la délibération du comité rapporte des motifs qui doivent être des suppositions gratuites, si aucun des membres de la précédente séance n'a violé la foi sous laquelle notre conversation a eu lieu, et qui, dans ce cas, aurait été infidèlement rapportée. La délibération, sous ce rapport, repose sur des données entièrement fausses, et qui me sont préjudiciables.
Maintenant, je fais observer au comité que c'est le lendemain même de la séance où ma démission ne fut pas consentie, faute d'un membre, que l'agent central a inventé le système de difficultés dont parle, au grand détriment de la Société, votre délibération; ainsi l'agent se substituait au comité, se faisait fort de sa décision; entre ses deux lettres écrites dans l'intervalle des deux séances, il me prouvait que les assurances qui m'ont été données par les fondateurs de la Société, sur la facilité que j'aurais à me retirer, étaient des tromperies, et que nous sommes plus liés, d'après lui, que nous ne le pensons tous. Et cela constitue pour moi une raison suffisante de retraite.
Par tous ces motifs, je demande la radiation formelle de toute la partie de votre délibération qui porte sur mes prétendus motifs, attendu que j'ai positivement refusé de les dire au comité en nombre, et que ce que j'ai dit aux membres d'un comité incomplet l'a été sous le sceau du ses te t.
Agréez, monsieur le président, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Je garde copie de la présente lettre, qui sera remise en séance par l'un des membres du comité pour être lue comme observation sur le procès-verbal.