‹ Correspondance de H. de Balzac, 1819-1850Chapitre 21 sur 89 · La Bourse lui esudtïdice · texte numérisé non relu

La Bourse lui esudtïdice

n'alliez avec mademoiselle Kraïeska. Dans ce cas, ditesmoi si votre mère veut quatre places ou six places.

Entre nous, les premières fermées sont de trente francs la place, les premières découvertes de vingt-cinq francs, et je vous veux, vous, aux premières découvertes avec des élégantes. Les deuxièmes découvertes ne sont que de vingt francs la place.

Faites-moi la presse aux spectateurs, mais riches, bien posés et incapables de témoigner leur désapprobation autrement que par des bâillements.

C'est maintenant une faveur que d'être à cette solennité ; il y a au théâtre cent cinquante loges demandées par des inconnus qui n'auront rien. — Si votre mère prend avec elle Martinez de la Rosa1, que je le sache; car madame Merlin le voulait, et je l'en ai dissuadée.

Allons, Sophie, à l'œuvre! ça chauffe! ça brûle!

Mille tendres amitiés et mes respects à votre mère.

A LA MÊME

Paris, 12 mars 18 42.

Chère Sophie,

Les avant-scènes appartiennent au roi et aux ministres, qui les louent pour toute l'année; je ne puis donc assurer à la princesse Troubetpkoï que deux loges aux premières

i. El Verdugo lui est dédié.

32 CORRESPONDÀKGfi.

découvertes, mais c'est les meilleures places de. la salle.

Nous jouerons mercredi prochain, à moins de malheur. Les premières découvertes de quatre places sont de cent francs la loge, et tout le monde veut être là. Mais la place fashionable, où sont les Aguado, les Rothschild, les Doudeauville, les Castries, etc., c'est la loge des premières fermées, parce qu'on est chez soi. La place là est de trente francs.

Les stalles sont à vingt francs.

Les deuxièmes découvertes sont à vingt francs la place; le balcon à trente francs.

Voilà tous les renseignements que vous désiriez.

Ah ! si vous saviez quel monde de jolies femmes ! Il n'y aura pas de claqueurs au parterre, qui est mis à cinq francs.

Dites à Stubert d'enrégimenter le plus de bravi dans son escouade.

La Mina m'a écrit que vous étiez malade, et ça m'a porté un coup comme si on avait dit à Napoléon que son aide de camp était mort. Je suis accablé, sur les dents! je fais répéter les acteurs le matin, tout le personnel de la distribution pendant la journée, et les actrices le soir.

Il va dans la pièce pour vingt mille francs de costumes. Les décors sont tout neufs. On me soutient que l'ouvrage est un chef-d'œuvre, et ça me fait frémir ! Ce sera toujours d'une solennité effrayante. — Lamartine m'a demandé une loge : je le mettrai entre les Russes.

La princesse Troubetskoï n'est pas la même dont je connais le mari. Vous verrez à écrire au prince. — Puis vos Makanof, ne les oubliez pas.

CORUESPONDANCE. 33

Il me vient, par matinée, des trente demandes de places, et je ne voudrais pas avoir des inconnus.

Ainsi : les balcons, vingt-cinq francs; les stalles, vingt francs; les premières découvertes, vingt-cinq francs la place; les deuxièmes découvertes, vingt francs-, les deuxièmes fermées, vingt-cinq francs; les baignoires, vingt francs la place.

Écrivez aussi un petit mot à la princesse Constantine Razumovska. Je n'ose pas le faire moi-même.

Pour vous et pour votre mère, vous irez au\' premières découvertes* je vous placerai bien.

Addio, carissima Sofi!

J'irai vous voir samedi. Mille compliments à Stubert, et mes hommages à votre chère mère.

Dites à toutes vos Russes qu'il me faut les noms et les adresses, avec leur recommandation écrite et personnelle, pour ceux de leurs amis (hommes) qui voudront des stalles. Il m'en vient cinquante par jour, sons de faux noms, et qui refusent de dire leur adresse; des ennemis

QUI VEULENT FAIRE TOMBER LA PIÈCE. NOUS SOmmeS Obligés

aux plus sévères précautions !

Dans cinq jours, je ne saurai plus ce que je ferai. Je suis ivre de ma pièce.

Il y a un acteur malade.

Le jour sera mercredi 16, ou, au plus tard, vendredi 18; l'un ou l'autre, mais plutôt mercredi.

GCXLVIII.

A MADAME DE BALZAC, A PARIS

Avril 1842.

Ma chère mère,

Il m'est bien difficile de prendre l'engagement que tu me demandes, et je le prendrais d'une manière irréfléchie, que les suites en seraient alors graves, et pour toi et pour moi.

L'argent nécessaire à ma vie est en quelque sorte disputé à celui qu'exigent les créances, et bien péniblement obtenu.

L'existence que je mène ne convient à personne, elle lasse parents et amis, tous délaissent ma triste maison ; ainsi, les choses vont se trouver plus difficiles encore, pour ne pas dire impossibles.

L'insuccès d'argent de la pièce que j'ai faite complique encore ma situation.

Il m'est impossible de travailler, au milieu des petits orages suscités par un intérieur où l'on ne s'accorde pas, et ma production s'est affaiblie depuis un an, cela est visible. Je ne sais quel parti prendre ; mais j'en aurai pris un d'ici à peu de jours.

Quand le mobilier que j'ai sera vendu, quand j'aurai vendu les Jardies, je n'aurai pas obtenu grand'chose et je me trouverai seul avec ma plume et un grenier. Dans cette situation, serais-je plus en état de te secourir qu'en ce moment? je vivrai au jour le jour, d'articles que je ne puis faire avec l'agilité d'une jeunesse que je n'ai plus!

CORRESPONDANCE. 3j

On prend — même mes proches! — l'égoïsme de mon travail pour un égoïsme personnel.

Je ne m'abuse pas : si, jusqu'ici, en travaillant comme je travaille, je n'ai pu réussir à payer mes dettes ni à vivre, le travail à venir ne me sauvera pas; il faut faire autre chose, chercher une autre position.

Et c'est dans ce moment-là que tu me demandes de prendre un engagement pareil! Il y a deux ans, je l'aurais pris et je me serais trompé moi-même.

Aujourd'hui, je ne puis que te dire de venir partager mon pain.

Tu étais dans une situation supportable; j'avais une personne d'un grand dévouement qui te sauvait tous les ennuis du ménage; tu n'avais pas besoin d'entrer dans les détails de la maison, tu étais dans le silence et dans la paix. Tu as voulu me compter pour quelque chose, quand il fallait oublier que j'existais, et me laisser mouvoir dans toute ma liberté, sans quoi je ne puis rien. Ce n'est pas un tort, c'est dans la nature même des femmes.

Aujourd'hui, tout est changé. Si tu veux revenir, tu auras un peu du poids qui va peser sur moi, et qui jusqu'alors ne t'atteignait que parce que tu le prenais de toimême.

Tout cela, c'est des affaires et ne regarde en rien mon affection pour toi, qui est toujours la même ; aussi trouve ici les mille tendresses de ton fils bien dévoué.

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