DU COMBAT QUI SE FIT LE JOU* AUPARAVANT DEVANT BARCELONNE
A Barcelonne, »8 janvier i64> ■ avant jour.
Monsieur ,
Messieurs de la députa tion vous adressent cette dépêche pour la faire tenir à la cour en toute diligence, ils rembourseront précisément les autres voyages que vous avez fait faire pour eux, dont, à mon avis, celui-ci sera le mieux reçu.
Nous eûmes hier matin combat de toute notre cavalerie contre celle des ennemis, et fûmes mêlés long-temps jusque sur le bord du fossé. Le duc de Saint-Georges y fut fort blessé d'un coup d'épée dans les reins par le sieur de la Hai lie , dont il est mort ce matin , et don Alvarès de Guiofiès tué, à ce qu'on nous assure. La perte y fut petite de notre part, quoiqu'ils fussent le double plus forts que nous.
Ensuite de cela, toute l'armée ennemie voulut attaquer une redoute imparfaite sur le Mont-Juilh ; mais enfin, après un combat de quatre heures, ils furent repoussés avec grande perte de Wallons et d'Irlandais qui avaient la pointe. Nous y avons gagné quinze drapeaux et deux cornettes. Hier au soir ils s'étaient reculés du poste du matin ; je ne sais u. 66
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ce qu'ils auront fait cette nuit. Mai» après cet effort, où ils ont laissé plus de quatre cents morts et trois mille mousquets ou piques sur la place, jugez de ce qu'ils peuvent faire. Jamais gens n'ont combattu si courageusement que les Catalans; nos Français y ont fait merveille et en ont tout l'honneur. Il y avait trois cents Français à ladite redoute du Mont-Juilh , commandés par le sieur d'Aubigny, partie du régiment de Scrignan et partie de celui d'Espeuan. Jamais il ne s'est vu une pareille amitié que celle du pys pour nous : il est vrai que nous sommes ici plus absolus que vous n'êtes dans Béziers.
Il arriva ici hier matin un ambassadeur du roi de Portugal pour la cour; il a vu messieurs de la députation et moi sa créance, ayant été présenta son audience. Il confirme tout ce que je vous en ai mandé cidevant, et même que les Portugais ont plus de trente mille hommes sur pied pour entrer en divers lieux de Castille.
Nos batteurs d'estrade viennent de rentrer qui assurent que les ennemis n ont point branlé depuis hier au soir. Il est maintenant jour, et dans peu nous verrons ce qu'ils voudront faire. M. de Sérignan est en santé ; pour moi , je ne suis pas si bien , mais je suis , etc.
P. S. Il est très-important, monseigneur , que vous vous approchiez de la frontière pour faire diversion , parce que le» ennemis disent qu'ils attendent grand renfort de RousmUoi).
Les ennemis ont fait aujourd'hui une lieue sur le chemin de leur retraite, mais avec tout cela bonne garde. Je ne vois pas que ces messieurs aient grande envie que le régiment de Mérinville entre. Ils ont peu d'argent à présent, et si les ennemis se retirent, moins de besoin de cavalerie sans un corps d'infanterie pour entreprendre, et le tout aux dépens du roi. Peut-être aurai-je l'honneur de vous voir bientôt pour ajuster ce que vous pourrez faire pour eux, et vous donner de bouche les connaissances qu'une lettre ne vous saurait donner. Il faut ici un homme de grande autorité sans contredit. Si cette dépêche, qui doit aller à la cour, vous est adressée, monseigneur, vous lui ferez tenir, s'il vous plait, jour et nuit, sinou elle aura été par autre voie, en cas que vous vous soyez trouvé trop avant dans le pays.
Si vous aviez ordre et fonds pour entrer avec quatre ou ciuq mille
AVIS. — JANVIER 4641. 523 hommes de pied seulement et mille chevaux français, j'estime qu'en l'état où sont les ennemis on les conquerrait jusqu'à Tortosc , avec l'assistance des forces du pays et le pain qu'ils pourraient fournir. Nous venons d'avoir avis que leur infanterie a filé jusqu'à Martorel ; si cela ost , l'apparence est grande qu'ils se retirent ou qu'ils attendent renfort d'Aragon et de Roussillon. Je vous assure qu'ils n'ont pas huit cents bons chevaux.
Je pourrai bien faire un tour aux Iles pour conférer avec vous, si vous me donnez avis du temps que vous y serez : cela serait très-important au bien des affaires.
Ce î8 janvier llfl , à »rpt heure* du malin.
LETTRE DE M. DE NOYERS
A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX SUR LES AFFAIRES DE CATALOGNE
Monsieur ,
Je commence à mieux espérer des aiiàires de Catalogne, puisqu'ils témoignent se vouloir confier au roi et à ses armes; aussi £tut>il que de notre part nous correspondions à leurs bonnes dispositions , et que nous 11 omettions rien de possible pour les assister et leur faire connaître que le choix qu'ils ont fait de la protection de la France ne leur réussira pas mal. Son érainence me commande de vous convier de sa part à faire diligemment ce que vous jugez se pouvoir faire à cet effet , parce que , outre que les choses achetées à tant de peine et tant d'instances perdent leur grâce et diminuent beaucoup le gré de ceux que l'on veut obliger, nous mettons souvent les affaires en hasard et laissons échapper des occasions à l'État. Voyez donc , monsieur , ce que vous pouvez faire, tant par le moyen des vaisseaux que des galères; et à présent que M. Duplessis nous assure que les Catalans vous donnent le port el le fort et le bourg de Cadequia; faites-le au plus tôt, quand ce ne serait que pour prendre possession de ce fort, qui assure passivement et activement le secours que l'on a résolu de donner à ces peuples.
Le roi fait préparer plus de douze mille hommes de pied et près de
trois mille chevaux , compris les troupes qui y sont, pour porter cette affaire au point qu'elle peut aller, et a envoyé M. de Lamotte pour en prendre le commandement au lieu de d'Espenan; de sorte que je veux espérer que le Portugal, faisant son devoir comme il s'y prépare bien , et cette affaire prenant trait, Dieu forcera cette dureté espagnole à recevoir les lois d'une paix raisonnable, et mettra la chrétienté en état de lui rendre sa servitude très-aimable en repos et en la tranquillité après laquelle soupire,
De Noyers.
DeRutl, ce i» feVrier 16J1.
Monsieur ,
Tous ceux qui nous écrivent des affaires de Catalogne conviennent en ce point qu'il faut se rendre maître des ports de Roses et de Collioure, à quoi ne servira pas peu celui de Cadequia que les Catalans sont prêts de livrer au roi ; mais il faut avoir des forces pour l'exécution de ces desseins, et l'on n'y perd point.de temps. M. le maréchal de Schombcrg , qui nous écrit de point en point les mêmes choses que vous, travaillera de son côté à les mettre sur pied en toute diligence. Ainsi, monsieur, la correspondance que vous devez tenir ensemble vous donnent moyen de savoir à point nommé quand elles seront en état et vous en prévaloir à l'avenir. Pour ce qui est des troupes de Provence, je n'ai rien à ajouter aux ordres que j'ai envoyés pour les faire passer en Catalogne sur les vaisseaux ou galère»» et les décharger, s'il y a lieu de le faire avec sûreté, pour joindre l'armée de terre; mais de tout cela il est très-difficile d'en prescrire rien de certain , parce que les affaires changent de face à tout moment : il faut y accommoder les résolutions.
J'envoie à M. de Lamotte l'ordre de la subsistance de cinq cents hommes que l'on nous demande pour mettre en garnison au fort de Cadequia; que si, comme je l'estimerais fort à propos, son éminence trouve bon d'y. mettre M. de Moutpesat avec cinq cents hommes du régiment des Galères, la subsistance les suivant, je mande que l'on
LETTRE DE M. DE NOYERS. —FÉVRIER 1641. 525 convertisse en vivres et munitions le fonds que nous envoyons pour la subsistance de la garnison. Je suis , Monsieur , votre , etc.
De Noyers.
Dp Pirii, *t4 fifviûr 16(1.
Son éminence jugeant que pour profiter des occasions avantageuses que Dieu nous met en mains dans la Catalogne, il faut concourir avec un peu plus de diligence que nous n'avons fait jusqu'ici , tant par mer que par terre , elle a résolu d'envoyer un des siens pour faire lever en Languedoc les difficultés qui s'y rencontrent, et qui retardent l'avancement de cette si importante occasion , et M. de Besancon l'ainé, en Provence , à la même fin , le faisant accompagner par M. le Picard , trésorier de la marine , qui est seul capable de souldre le nœud gordien des plus iuvincibles difficultés, puisqu'il est vrai, aussi bien en nos temps qu'en ceux des anciens , que l'argent fait voie partout. Je m'assure qu'ils vous trouveront très-disposé à tout ce que l'on désire de vous , qui est :
Que tandis que M. de Lamotte soutiendra les affaires des Catalans à Rarcelonne ou ailleurs, selon que le service le requerra, M. de Schomberg en personne par terre, et vous, monsieur, par mer, alliez de concert et avec la bonne correspondance requise, attaquer et prendre Collioure et Roses; vous assurant en même temps du fort et port de Cadequia , que les Catalans nous livrent pour première assurance de l'armée navale.
M. de Schomberg nous a ci-devant mandé 1 qu'il estimait que l'on pourrait eu quinze jours emporter l'une des deux places que l'on vous donne à attaquer, pourvu que la mer et la terre y agissent de concert ; il faut maintenant tâcher à tirer les effets de cette proposition aussi nécessaire piur conserver la Catalogne qu'utile au service du roi et à la réputatiou de ses armes. S'il s'y rencontre facilité, je mande
• Voir m février, M de Richelieu à M. «kSchomberg. - Aubery, t. II, p. 6<f7.
à M. le maréchal de Schomberg que le roi désirerait que l'on portât se» armes devant Salses ; mais on aura loisir de vous en parler une autre fois. Partons seulement de Provence en état de faire bon voyage , et prenons Roses et Collioure : ce seront d'assez glorieux commencements d'année pour en remercier Dieu, et donner gloire à ceux qui les auront exécutés.
L'on envoie ordre à M. de Schomberg pour l'artillerie, vivres et munitions ; mais comme vous servez tous un même maître , je suis aussi assuré que chacun aidera à son compagnou de ce qui lui manquera j son éminence vous en conjure , et je vous supplie de me croire ,
Monsieur, votre, etc.
De Noyers.
Oe Paru, ca n «trier ifift.
LETTRE- DE M. LE CARDINAL DE RICHELIEU