‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 191 sur 226 · SECOURIR TARRAGONE · texte numérisé non relu

SECOURIR TARRAGONE

Monsieur ,

Je vous envoie l'extrait d'une lettre qui vient de lieux si assurés que vous en pouvez tenir les avis très-certains : je l'envoyai lire à M. de Lamotte , avec ordre à ceux qui sont auprès de lui de vous en donner part ; mais ayant trouvé à propos cette occasion de retour de votre secrétaire, j'ai pensé que vous l'auriez plus tôt.

Par-là, vous verrez le peu d'espérance qu'ils ont au secours de mer; car je sais aussi, d'ailleurs, que le vice-roi de Naples n'a pu faire ce qu'il avait promis et fait espérer de ce côté-là. Ces messieurs ont ordonné et résolu l'exécution de votre ordre pour les barques qui iront à votre armée porter des vivres. La nécessité extrême où l'on m'écrit que sont les ennemis dans Tarragone me fait espérer que , dans peu de jours , vous aurez raison. Je vous assure que je le souhaite avec autant de passion que je suis de tout mon cœur,

Monsieur, votre, «te.

Argenson.

ABarcelomx, ce 3 jaio .6$..

LETTRE DE M. D'ARGENSON

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , TOUCHANT CADEQUIA, LÉRIDA, BALAGUER ET LES ARMEES NAVALES DE PONANT ET LEVANT.

De la frontière d'Aragon , le 4 juin |6fl.

Monsieur ,

J'ai vu par la lettre qu'il vous a plu de m'écrire du 2 de ce mois comme la petitesse du port de Cadequia et quelques autres considérations nécessaires vous ont empêché d'y demeurer; c'a été un grand malheur après le premier , parce que votre demeure en cette côte eut empêché beaucoup de craintes de ces peuples , sur lesquelles les partisans du roi de Castille ont pris sujet de parler et de jeter des écrits partout pour réchauffer ceux de leur faction et corrompre les plus afïectionnés, par menaces ou par promesses , à quoi je n'ai pas eu peu «le peine pour en faire châtier les uns et rassurer les autres , qui sont maintenant en très-bonne disposition, et aussi résolus qu'ils furent jamais , par la grâce île Dieu.

Vous savez les alarmes que nous avons eues pour Cadequia et Palamos, fondées sur les ordres du roi de Castille que nous avons pris et qui commandaient de prendre ces places après avoir secouru Perpignan ; mais comme ils n'ont pu faire ce dernier, le premier est demeuré sans l'entreprendre.

Vos lettres ont fort consolé ces messieurs, qui vous feront répondit* au premier jour. Ce sera un grand bien au service du roi si vous revenez promptement.

Ceux qui croient ici s'entendre à la marine disent que l'on peut tenir aisément douze vaisseaux dans le port de Cidcquia, et que l'on peut faire hiverner facilement quatre galères dans le même port de Cadequia, quatre dans Palamos et quatre à Barcelonne et encore davantage, si on voulait en laisser dans ces trois lieux; mais comme je n'entends pas ces mystères , qui vous sont mieux connus qu'à personne , j'écris seulement ce qu'on me dit, pour vous en laisser le jugement.

LETTRE DE M. D'ARGENSON. — JUIN 1641. 613

Ils ajoutent que ces vaisseaux assureront entièrement la place de Cadequia , à laquelle il sera bon , s'il vous plait , que vous donniez ordre , M. de Montpezat nous demandant beaucoup de choses que nous n'avons point. On a fait et fera pourtant tout ce qui se pourra pour l'assister de deçà pendant votre absence.

Je n'ai reçu aucunes nouvelles du passage ni de l'arrivée de M. le marquis de Brézé que ce que je vous en ai écrit. J'ai seulement vu par des lettres de Madrid interceptées il y a long-temps , que ces vaisseaux avaient passé le cap du Finistère , que les Portugais couraient dans la Galice jusqu'à Monterey, et néanmoins que l'on tournait toutes les troupes du roi de Castille vers la Catalogne , bien que les Portugais aient quatre mille chevaux, vingt mille hommes de pied. M. de Lamotte est allé à Lérida avec une partie de sa cavalerie pour reconnaître la contenance des ennemis qui s'assemblent et se grossissent toujours à Monçon ; Prague et antres lieux de notre frontière d'Aragon , pour attaquer les villes de Lérida et de Balaguer ensemble, suivant les avis que nous en recevons conformes de toutes parts. Pour les papiers que j'ai reçus de la cour avec quelques instructions, vous pouvez bien juger que tout ce qui vous regardera vous sera toujours ponctuellement envoyé ou pour le service du roi ou pour votre contentement particulier, et que je vous aurais écrit de tout cela s'il eût été de saison , comme j'ai fait exactement de tous les avis que j'ai jugé mériter votre connaissance ou y être nécessaires, et vous assurer, s'il vous plait, que je n'y manquerai point.

Quant à l'emploi de cette grande armée qui se fera de celle de levant et de ponant, si elles viennent ensemble en ces mers, ce sont des secrets du roi et de son émineneequi ne me sont pas encore connus; le passage de celle de ponant n'ayant été résolu que pour vous h fortifier dans Tarragone, à mon avis, » c'est pourquoi il y aura nouvelles délibérations à prendre; et pour le présent, je crois que la conservation de cette côte et l'affaire de Collioure sont les deux choses à considérer. On m'a écrit que M. le prince vous a envoyé commander de revenir promptement ; je prie Dieu que vous le puissiez et que cela soit aussitôt que le désire celui qui est de tout son cœur, etc.

LETTRE DE M LE PRINCE

a m. l/archevêque de bordeaux , touchant tarragone.

Monsieur ,

J'ai reçu la vôtre du 27 mai, pour à laquelle répondre nettement, quel» que soient mes sentiments, néanmoins je suis d'avis :

Que vous ni l'armée navale ne devez bouger de la plage de Tarragone que cette ailaire ne soit faite ou faillie. Bref, n'en partez point que du consentement et avis de MM. de Lamotte et d'Argenson.

Quant à ce que me mandez que j'ai approuvé votre partement de Cadequia, je me souviens fort bien de ce que je vous ai mandé, qui a été de faire tout ce que désireraient de vous MM. de Lamotte et d'Argenson , vous conseillant d'y aviser avec eux , mettant en considération le Roussillon, auquel il entrerait des vivres, comme il a fait , si vous emmeniez toute l'armée navale à Tarragone, me remettant de tout à vos présences.

Quant à ce que M. de Lamotte dit ne vous avoir pas mandé, j'ai force lettres de lui et de M. d'Argenson , par lesquelles ils vous demandent.

Bref, et vous par l'armée navale présente avec eux , et moi en leur laissant toutes les troupes sans en désirer une seule, et leur envoyant argent, je leur laisse le champ d'honneur entier pour exécuter leurs glorieux desseins , et ferai cependant ce que je pourrai en Roussillon , où je vous désire bien fort après la prise de Tarragone ou la retraite de M. de Lamotte de devant, vous remerciant de tout mon coeur de vos offres, et serai toute ma vie,

Monsieur, votre, etc.

De N.rb<m»..«4juio.GÎ,.

LETTRE DE M. D'ARGENSON

V H. L ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX , TOUCHANT LES SECOURS DE TARRAGONE

Monsieur ,

J'ai reçu hier au soir la lettre de mercredi au soir, où il vous plait de m'apprendre que les galères des ennemis sont à votre vue, et l'indisposition dans laquelle vous êtes : l'un et l'autre me mettent, je vous assure , en une grande inquiétude ; mais j'espère de la bonté de Dieu , qui favorise partout les justes desseins du roi , que vous aurez eu l'avantage du combat dont nous ouïmes hier si long-temps le bruit et les coups de l'artillerie. Vous aurez vu par l'extrait de la lettre que j'ai baillé à votre secrétaire, l'ordre de Madrid pour le secours et débarquement par terre ; mais il y a apparence que les ennemis y ont jugé depuis de la difficulté , parce que je n'ai point avis que les gens qui sont à Fraguc et à Monçon aient eu encore aucun commandement de partir. J'ai envoyé à la cour il y a long-temps cette copie de dépêche de Madrid du I U mai, qui contient le nombre des vaisseaux et des galères dont ils espèrent que leur armée sera composée, et de laquelle lettre je vous ai, ce me semble, aussi envoyé copie il y a long-temps. Je vous assure que , pour moi , j'écris partout les choses comme je les sais et comme je les vois, sans aucun déguisement, et que je ne sais pas si quelqu'un a voulu faire la prophétie dont vous m'écrivez; les miennes ne sont jamais que du présent et de ce qui est devant mes yeux , laissant l'avenir pour Dieu, qui le connaît seul parfaitement, et le passé pour l'histoire. Je puis pourtant bien, avec vérité, vous assurer de celle-ci, que je serai toute ma vie,

Monsieur, votre, etc.

A R-areeloatH-, c« vcmlrrdi 5 juin i64<".

Il faudra, s'il vous plait, nous donner avis promptement si ou pourra avec sûreté vous envoyer des barques, et où elles pourront aborder pour la commodité des deux armées.

M. de Lamotte-Houtlancourt donne avis à M. l'archevêque de Bordeaux que les Espagnols mettent des gens aux Alfages , pour secourir Tarragone.

LETTRE DE M. DE LAMOTTE-HOUDANCOURT

A M. t/AHCBEVÊQUE DE BORDEAUX.

Monsieur ,

Je viens de recevoir nouvelles que les ennemis débarquent des gens de guerre aux Alfages; je vous envoie une lettre qui vous en apprendra plus de particularités. Il est à croire que c'est pour venir secourir Tarragone. Je me prépare le plus que je peux à les recevoir. J'ai été toute cette nuit en campagne pour dresser des embuscades du côté de Cailla; mais il n'est sorti personne de la ville. Je vous donnerai toutes les nouvelles que je pourrai apprendre, vous suppliant, monsieur, de me croire plus que personne du monde ,

LiMOTTB-HoUDANCOUBT.

M. le député m'a prié de vous supplier de laisser la garnison qui est aux Alfages encore pour quelques jours , jusqu'à ce qu'il trouve le chemin libre pour y envoyer de ses troupes; la chose étant d'importance, je crois que vous ne lui dénierez pas cette faveur.

.\u camp Je Cooitaotin, le 6 juin i6ji.

En conséquence du conseil suivant, tenu à bord de la capitane , M. de Bordeaux se décida à abandonner Tarragone. Ce fut au sujet de la levée de ce blocus qu'arriva la disgrâce de M. de Bordeaux.

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