RÉPONSE DE M. L'ÉVÈQLE D'URGEL
K M. l/ ARCHEVEQUE DE BORDEAUX.
J'ai lu le billet de votre seigneurie. Quant au premier point, les incommodités et nécessités que nous souffrons, ayant pour nous sur stanter jusqu'au jour de saint Laurent, et même jusqu'au 20 du mois, quand nous v iendrions en état de ne pouvoir recevoir ni même à justement désirer ce que l'on nous pourrait accorder: cela prouve bien que l'on ne puisse pas appeler incommodité celle que l'ou souffre avec l'amour et pure fidélité à sou roi et maitre. Lorsque votre seigneurie me croit, qu'elles ne sont pas si grandes que l'on vous en a informé : nousn aurions pas la santé dont nous jouissons, et nous ne nous conserverions pas comme nous nous conservons en un même état, plusieurs jours par delà le 20, plutôt croissant la pitance que l'amoindrissaut , avec la providence et vajeur de notre général , et surtout par la faveur de la diviue majesté , puisqu'en témoignage de sa bonté il semble que les vivres nous multiplient dans nos magasins à mesure que le nombre des mangeurs a accru. Quant au second point, de ce que si je veux m'aider votre seigneurie me servira utilement, ayant le pouvoir du roi en ses mains, m'assurant de plus grandes faveurs que de celles que j'ai reçues du roi : je dirai seulement à votre seigneurie que je ne puis rien en cette matière, tout le pouvoir est entre les mains de mou général, qui a la valeur qui lui est nécessaire ; et quand il ne l'aurait pas , pour
LETTRE DE L'ÉVÊQUE D'URGEL. — JUILL. 1641. 639 toutes les choses du monde je ne voudrais pas procurer autre chose que la conservation de celte place , et par conséquent celle de ma patrie , en l'obéissance de son naturel seigneur, parce que je sers à mon roi seulement par amour, et je corresponds comme un bon vassal et chrétien et bon prélat, avec la fidélité qui est due, dounaut exemple de oe que doivent faire les autres, pour détromper ma patrie de la faute où quelques fous et déraisonnables l'ont mise, la séparant sans fondement de l'obéissance de son roi , avec son entière destruction et ruine si elle passe plus avant. Et quand quelqu'autre intérêt me pourrait émouvoir, il me devrait suffire des faveurs que j'ai reaies, témoignant en être ohligé, puisque le roi de France ne peut pas eu tous ses Etats me faire plus de faveurs dans l'état ecclésiastique que celle que j'ai reçue dernièrement de l'archevêché et dans ma propre partie; et quand j'aurais l'ambition de plus grands bienfaits, je ne crois pas qu'il y ait un roi au monde qui ait les mains plus libérales que le mien pour récompenser les services. Et pour témoigner l'obligation que je vous ai de la compassion que votre seigneurie témoigne avoir des grandes incommodités, j'assure votre seigneurie qu'elle ne peut présentement faire un plus grand service à son roi qu'en délivrant sa personne et son armée des grauds périls qui la menacent, si elle persiste en son poste tout le temps que nous pourrons subsister dans le même état que nous sommes à présent.
L'évAme d'Urgel , élu de Tarragone.
De T«rr.«o»c. le 4 juillet i6<i.
LETTRE DE M. D'ARGEINSON a m. l'archevêque de bordeaux , sur le combat des galères ennemies
ET LA PRISE DE CELLES QUI SONT ENTRÉES DANS LE MlM.K.
De ImmUmm, le 7 juillet >a\>
Je ne saurais vous exprimer la joie que j'ai reçue en lisant la lettre qu'il vous a plu de m'écrtre le 6 de ce mois, où j'ai vu les glorieuses particularités de votre combat de mer, et de quelle sorte vous avez traité les gatères des ennemis qui ont voulu donner secours à Tarragone. J'en ai envoyé aussitôt la copie à M. de Noyers pour en donner la bonne
nouvelle à monseigneur, ce qu'il fera de très-bon cœur, et ajoutera plutôt que de rien diminuer au grand honneur qui vous en est dû, et pour lequel j'espère au moins que quelque jour vous ne me dénierez ps un petit remerciment , et de me conserver encore de plus en plus celui que je désire de vos bonnes grâces.
J'ai aussi envoyé à M. le prince une copie de votre lettre; elle lui fera voir que ceux qui lui ont donné avis qu'il n'y avait point d'ennemis pour le secours deTarragone, sont fort mal servis de leurs espions, car son altesse m'écrit qu'il espère bien, de Tarragone, n'avoir point d'ennemis, et tous secours en abondance l'en assurent ; c'est pourquoi j'ai supplié tant de fois son altesse de croire plutôt ce que je lui mande que tout le reste, n'ayant jamais manqué de lui écrire au vrai de toutes choses, et l'avis même que j'ai eu de Madrid des trente-cinq galères et quinze vaisseaux, dès le 19 mai, comme je l'ai aussi mandé à la cour dès le même temps, suppliant son altesse de croire que pour toutes les considérations du monde je ne voudrais, en parlant ou écrivant, déguiser ni oublier aucune chose de la vérité quand elle m'est connue. J'espère qu'à l'avenir son altesse, qui a de si bonnes intentions pour le service de sa majesté , croira plutôt mes dépêches que les discours de tant de gens qui parlent sans savoir et font même quelquefois encore pis. Je m'assure tant de la bonté de Dieu, qu'il fera voir par les effets de son assistance que le dessein de Tarragone lui a été une chose agréahle, et que vous en aurez de votre côté le succès et la gloire que j'ai toujours souhaité avec tant de passion. L'avis donné par Jannetin Doria et la difficulté de forcer le col de Balaguer, ont fait peut-être changer la résolution que vous aurez apprise par cette lettre de Madrid du 1 5 juin , et vous devez bien rendre grâce à Dieu, qui conduit si bien et si heureusement les choses pour votre plus grande gloire, laquelle me sera toujours aussi chère que la passion de vous témoigner que je suis plus que personne du monde, monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
D'Arcenson.
Je ne saurais assez vous dire combien tout ce peuple de Barcelonne est ravi et fait de prières à Dieu pour vous.