‹ Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis archevêque de Bordeaux. Augmentée des Ordres, instructions et lettres de Louis XIII et du cardinal de Richelieu à M. De Sourdis concernant les opérations des flottes françaises de 1636 à 1642Chapitre 204 sur 226 · A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, RÉPONDANT A PLUSIBURS PLAINTES · texte numérisé non relu

A M. L'ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX, RÉPONDANT A PLUSIBURS PLAINTES

De Peroone , le 8 juillet Hlfl.

Il est impossible de pouvoir satisfaire un esprit qui en peu de conçoit diverses pensées comme le vôtre. Je n'ai jamais pensé le pou- II, 81

voir faire, mais j'ai bien fait état de ne rien omettre de tout ce qui sera nécessaire pour tous donner contentement aux fins du service du roi.

Vous vous plaignez de n'avoir pas de troupes pour faire un fort à terre. II m'est impossible de juger de loin si c'est chose qui vous fût utile, et je ne doute point que si M. le prince en avait connaissance qu'il n'y pourvût volontiers.

J'ai donné tous les ordres nécessaires pour le renfort des galères que vous avez désiré, et l'on me mande de Marseille qu'il n'y en eut jamais de mieux armées que celles qui vous sont allées joindre. Si vous m'eussiez mandé vouloir particulièrement le chevalier de Village , j'eusse donné ordre qu'on vous l'envoyât.

Quant aux deux galères qui ont été prises , je suis très-aise qu'elles soient en bon étal comme vous me le mandez et que vous vous en serviez en cette occasion ; et si M. de Noyers vous a mandé qu'il les fallait renvoyer dans le port, c'a été au commencement, qu'il estimait qu'elles fussent désarmées. Le sieur chevalier de Chastellux, que j'estime et que j'aime, n'aura pas sujet de se plaindre au commandement qu'il désire.

Vous avez plusieurs fois dit que vous vouliez prendre le soin de la subsistance des galères , et lorsqu'on vous en a sommé , vous l'avez refusé. En cette considération , il a bien fallu qu'on fit donner à votre refus le fonds nécessaire à cette fin au bailli de Forbin. Il me mande de Provence qu'ayant envoyé du biscuit au Cadequia pour les galères , vous avez ordonné qu'il n'en bougeât, et empêché qu'on ne le portât au lieu où étaient les galères, qui ont beaucoup souffert pour cette raison. La crainte que j'avais de tel désordre, provenant de la division des esprits, me porta à vous écrire aussitôt que je sus que les vaisseaux du roi avaient pris des blés , que je désirais que vous en lissiez faire des biscuits pour les vaisseaux ou les galères.

Si les vaisseaux que vous avez ne sont en état de servir, vous ne pouver, vous en prendre qu'à vous-même, qui avez fait l'état de la dépense. Vous ayant envoyé le sieur de Besançon et le trésorier expressément afin que vous disposassiez de toutes choses ainsi que bon vous semblerait , vous ne sauriez prétendre qu'on n'ait fait tout ce qui vous pouvai

LETTRE DU CARD. DE RICHELIEU. — JUILL. 1641. 643 satisfaire , et plus qu'on a accoutumé de faire en faveur de ceux qui

Quant aux poudres que vous demandez, outre que vous en avez de réserve, j'ai prié si particulièrement M. le prince de vous eu faire fournir lorsque vous en aurez besoin, que vous n'en pouvez manquer ; et il n'y a pas d'apparence qu'elles vous manquent , puisque vous n'avez pas accepté l'offre qu'il vous en a faite.

Tout cela n'empêche pas que, pour vous contenter, je n'en aye fait payer depuis trois semaines chiquante milliers au Fay, qu'il doit rendre de Lyon à Arles le 12 de ce mois.

Il m'est impossible de juger d'ici si vous pouvez empêcher le secours de Tarragone ou non. M. le prince, par l'avis de ceux qui sont sur les lieux, le peut mieux faire que personne , et c'est à lui que cette affaire est remise.

Il ne me reste qu'à vous prier de vous rendre le plus compatible que vous pourrez et de croire que je suis ,

Monsieur, votre très— affectionné.

Le Cardinal de Richelieu.

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