A M. LE COMTE DHARCOURT, LUI ENVOYANT DES TROUPES A TURIN
,6 juin ,6*o
Monsieur ,
Je viens présentement de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de votre camp du 10 de juiu dernier , en revenant du pont Saint-Esprit , où j'étais allé trouver M. le prince pour vous (aire passer les troupes qui étaient destinées pour l'armée de Provence, de sorte que je me trouve maintenant en état d'entreprendre sur les ennemis , comme vous étiez l'année passée de vous opposer à leur entreprise. Dès la première lettre que j'eus l'honneur de recevoir de vous , je me mis en état de vouloir faire quelque diversion, qui, je crois, ne vous eût point été inutile; mais les diver> commandements du roi étant arrivés de vous envoyer tout, me rédui-
sent eu état de ne pouvoir rien que par souhaits. Si à la mer il se rencontre quelques ennemis , j'espère tous en rendre bon compte ; mais pour la terre, je n'y puis rien que vous souhaiter toutes sortes de prospérités. Je ne manquerai pas , puisque vous me l'ordonnez ainsi , de vous rendre compte de ce qui se passera en ces quartiers, recevant à grand honneur la part qu'il vous plait me promettre de vos nouvelles et en vos bonnes grâces, ne désirant rien tant que de vous témoigner que je suis, etc.
A M. LE COMTE d'ALLETZ.
»6 juia 1640.
Monsieur ,
Vous verrez, par la lettre que m'a écrite M. le comte d'Harcoui t , que je prends la liberté de vous envoyer avec celle qu'il vous écrit, comme quoi il ne presse pas moins quelque diversion que l'envoi des troupes pour le fortifier; ce qui méfait vous supplier très-humblement vouloir faire avancer les troupes le plus tôt qu'il se pourra, afin que, s'il venait quelques ordres du roi proportionnés à notre faiblesse, l'on tache à l'exécuter. Je me diligente de faire sortir nos galères et les vaisseaux, afin de pouvoir en quelque sorte assister leur entreprise, qui est si belle et si utile au service du roi. Le sieur de Castellan , qui est maintenant, comme je crois, auprès de vous, vous rendra compte des logements qu'il a faits , et vous témoignera la passion que j'ai d'être cru de vous , votre, etc.
JUIN 1640. io:t M. de Bordeaux s'excuse, auprès de MM. de Cas tel la n et de Besançon , d'attendre les ordres du roi avant de se rendre aux désirs de M. le prince de Condé, au sujet des troupes qu'il demande.
A M. DE CASTËLI.AN.
J'ai reçu ce soir une dépêche de M. le prince qui me convie d'envoyer la cavalerie qui est ici , en Italie ; mais comme je n'ai point d'ordre «lu roi de le faire , et que M. d'Harcourt demande avec grande instance une diversion (pour quoi j'ai envoyé à la cour savoir ce que j'aurais à faire), je lui ai mandé que je ne pouvais rien ordonner que je n'eusse d'ordre du roi ; mais que s'il lui plaisait de le faire, il était le maître partout, et que pour cet effet j'allais ordonner à toutes les troupes de mai cher vers la route d'Embrun, estimant que si son altesse avait à envoyer quelque secours, il ne fallait pas s'amuser à envoyer une partie de la cavalerie , mais bien les trois régiments et les deux compagnies de gendarmes; d'autant que les uns sans les autres ne sont pas utiles en ce pays-ci, au lieu qu'en celui-là ils peuvent faire quelque effet; mais de mettre sur moi l'ordre de les envoyer et la garantie si le roi ne le trouve pas bon , je me garderai bien de le faire.
Si vous a\cz des affaires près son altesse, vous y pouvez aller, et je donnerai les ordres , sinon nous les donnerons ensemble , attendant ceux de la cour ou un exprès commandement de son altesse , sans lequel je ne puis agir, mes ordres étant tout-à-fait contraires.
Vous avez bien fait d'ordonner au régiment des Vaisseaux de marcher, puisque M. le comte d'Allete l'a désiré; mais vous vous souviendrez, s'il vous plaît, qu'il arrivera un grand désordre, si on les change à toutes les heures , d'autant que si j'en avais besoin, je ne saurais où les aller chercher; si bien qu'il faut demeurer ferme, comme je vous ai dit, et les envoyer en quelque lieu à huit ou dix lieues d'Antibes pour se refaire et raccommoder leurs armes , où je les puisse en-