LETTRE DE M. FABIO SCOTTI. — JANV
pouvez avoir vu par la copie <ie la lettre <le sadite altesse , traduite eu français, laquelle je vous ai envoyée montrer par M. de Frémieourt : c’est pourquoi je vous supplie qu’il vous plaise de pourvoir aux vivres des ('ens de guerre et chevaux pour un mois à la mer , et six jours à terre , ainsi «pi’il est posé par l’ordre du roi , comme aussi aux munitions de guerre nécessaires; et puisque personne que vous, monsieur, ne le peut faire, M. le maréchal de Vitry disant n’avoir point de munitions de guerre pour pouvoir donner, vous protestant que si ceci ne se fait promptement, son altesse sera contrainte de s’accommoder à la volontédcs Espagnols, au grand détriment de la gloire de France, du service de sa majesh* et ruine totale des intérêts de son altesse. Pourquoi j’ai prié M. de Castellaii, maréchal des camps et armées du roi , et M. de Frémieourt, capitaine au r^hnent de Brézé et ai<ie-de-camp envoyé par sa majesté pour hlter ce secours , et M. Letpieux , contrôleur général de la marine , de rendre témoignage en temps et lien de cette mienne protestation, et de m’aider auprès de vous, monsieur, pour parvenir à cet elfet tant désiré de sa majesté.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
Fxbio Sootti.
M. de Sabrait annonce à M. de Bordeaux que Gènes ayant eu avis de l’envoi du secours de Parme ne s’opposera pas au passage des troupes; M. de Sabran donne de plus quelques détails sur les armements des Espagnols.
K N. L’àRCUEV&QUE de BOBDEACX.
D< ce 4
Monsieue,
J’ai répondu depuis peu de jours à la faveur des vôtres, du 7 , par le patron Rotto, Génois, et ces lignes sont pour vous dire que Spinola a d'ici écrit à Milan , sur les avis qui sont venus de Provence et de
Monaco, que l'on embarquait mir les vaisseaux six mille hommes et cinq cents chevaux pour le secours. Sur cet avis , G£nes a tenu deux coivseila secrets , et enfin destinii un commissaire au golfe de la Spesia , oti Spinola a écrit et eu avis que le secours doit passer. Sabrait dissimule desavoir rien de l’assemblée de Gènes et dit n'avoir aucun avis ni même opinion que secours ajlle par là , mais a fuit l’étonné que Gènes s’en mette en peine, ne pouvant pas imaginer que ce soit pour y ailler, après ce que Sabran a vu, et ne croyant pas aussi , quand Gènes pourrait, qu’elle osèt attirer sur soi ce qui est destiné ailleurs et à son avantage. Et la crainte que l'on a eue que Sabran n’entrAt en des soupçons d’opposition, soit que ce ne soit pas, comme il y a apparence, le dessein de Gènes, ou que, en cas que le secours passât aillenès, Gènes en doute et le souhaiterait. Gènes ne craigne qu’il ne reete dans l’esprit du roi une impression si mauvaise: c'est cau.se que l’on a fcit dire il Sabran que Gènes fermerait les yeux , et qu’il ne faut l’avertir du dél>arvpicment(pielors<pic le secoursdél>arquera, etn’en demander point de licence, suffisant de témoigner que le roi, ne doutant point tpie Gènes n'appuie plutôt (|ue de nuii'e à une aeliiou où elle a tant d’intérêt avec toute l’Italie , mettant à terre en tel lieu ce qu’il a dest iné pour le ilélivi ement du duc de Parme. Et encore que Sabran en veuille user ainsi et qu’on l’ait assuré de toute facilité, il a néanmoins dit que le secours passera comme ami, où il y trouvera de la disposition; le roi n’en voidanl qu’à l’Espagne, <pti opprime le duc de Parme avec visible mine de l'Italie; que je voulais bien croire ce <pie l'on me faisait entendre , mais que vu les choses qui s’étaient si mal à propos passées, et dont la plaie saignait si fort Ici autour, j’attendrais les clfetset la i-éassilc pour sortir de défiance. Il n’y a néanmoins nul lien de douter, cai en ne demandant point passage ni débarquement , mais avertissant seulement Sabran , fort de l’affirmative, pour laquelle il faut trois (piarts ou tpiatre tpilnts des vfeux pour l’obtenir, on demeure dans la négative ; car ceux qui voudraient faire délibérer en faveur de l’opposition se trouveront en l’affirmalivc , cl Gènes , (pii a grand’peur , sera bien aise de persuader au roi (jue si l'on éti «fift usé de même ci-devant , de se présenter au lieu de presser un consentement de Gènes , on en eût usé de
même qu'à prraeot ; ootra que Gènes u'uiu'n ru ic loisir de dëlibri-ei , ni (le faire ce qu'dle désire aussi. Le duc de Mantoue m'a prié de auiis rel ire et à M. de Savoie, pour en faire part aux directeui's de secoiio, (|ue si le secours la au (jnlté de la Spesia , el que l’on désire de passeï par la Valderaaeora vers la Lunegiana, il prie que l'on conserve on donne «mvegarde s’il est possible aux terres du ma ixjuis Gaspard Malaspina, qui consistent en trois liefs impériaux, nommés Treschieto, V ic et lera ; ce qui naeCiit connaître que, de ce oôté-là , il n’y a point d’ordre pour s’opposer, ni pi-éparalif. .l’cn écris au comte Scolti, et |ieul-élrc trouverez-vous à propos d’en couféier, et en promcllant à Mantoue d’en terite, je ne voyais pas (jue l'on eût pensé de ce cotélà , et que ii(-anmoiiis je ne doutais pas (|u'cn ce cas l'on ne satisfit soti désir, et qit'aiissi l’iiitéress*' ne fit lottlcs caresses atix passagers. IjC duc Malaspitia s’cst rendu comme sujet du duc de Mantoue , et a épousé une de Mantoue , el s’y est rendtt liabilant, ri’y ayant que sa mère et sueur ès susdits lieux.
Je vous dontie avis que, par les six galères Doria qui ont accoin- |iagné le duc de Ferrandina , l'on attend ici bientôt Imit cents caisses de réaux , el (pi’elles pisscrotit vers la Sardaigne , encxiie ■(u’elles louclicnt aux Iles; cl ce serait un coup d'étal que les vaisseaitx en petit nombre, mais en boti état, cnurusscnl par là, et que les galères, avec quelcpies vaisseaux , se fissent un peu sentir, et iju’il y eût près .Antibes de quoi veiller à ce que les îles ne soient pas rafraîchies de vivres, ou vers Villafranca; <xir je suis bien averti qu’on y est en nécessité, et qn’unç galère de Doria se piépare seule pour y allei porter ce qu’une barque de Naples a apporté chez Gènes pour- cet ell'et ; et qu’il n’y aura jamais de vivres pour deux ou trois mois , du jour • pi’ils y en auront porté jusqu’à la récolte ; à quoi il faudra piendre garde, si l’on y a encore ({uclques desseins. Et l’on s'cloiinc que les lies agissent impunément avec deux brigantins et aient pris une de nos baivpes et quelques autres choses cl armé comme en mer.
Croyez, monsieui', que je crains fort que les nouveaux délais pour le secours, ipii pi éjudicieiit fort au secret , ne le fa.ssent eticoi’C bien Ibrt à l’elfet et ne donnent un loisir à l’Fispagne qui se poiirrail <^iter. Et
264 LnRE U. — CHAP. III.
encore que l'on explique que ceux d’Espagne semblent presser moins le duc de Parme, il y a une opinion d'accord. Ci-oyez, néanmoins, que c’est à un dessein d’étre mieux en état de s’opposer au secours , ne désirant que de gagner le temps qui a été sans doute compté pour cela ; et enfin la longueur ne peut qu’etre en toute façon préjudiciable. L’on n’eût jamais cru qu’il eût dû faire un si beau mois de fés rier, tout étant sec et chaud ; profitons de ce temps s’il est possible, et je n'en tiendrai jamais de mieux employé que celui qui produira des elTets véritables , qu’on tient.
Je suis , monsieur ,
Votre très-humble et obéissant serviteur,
Sabrax.
/*. S. Il y B trente VBÎsseaux A Rosrs , où l’on avait fait rentrer bon nontbre d’infanterie . dont les deui tiers sont morts de maladie. Kt le peu de succès de notre armée fiersaade néanmoins que, ne pouvant être ^cre plus faibles qu'ils ont été, ils se garantiront bien encore cette année.
M. le duc de Parme, enfin obligé de s’acroramoder avec l’Espagne, chargea M. Morandi d’annoncer oralement cette mesure à M. deSabran ; la note suivante, confiée au sieur de Morandi par le prince, devait lui servir de lettre d’introduction et de créance auprès du résident de France à Gènes.
LETTRE DU DUC DE PARME