M. DE SACY. CXIII
fait sentir jusque dans les hardiesses de son esprit. Son imagination se toumiente pour atteindre des vérités qui échappent à l'homme ; sa conscience est toujours calme, et il n'a de colère que contre ceux qui portent du calcul dans le mal et de la perversité dans l'erreur. En lisant ces Pensées, on est porté à croire que M. Joubert, malgré l'état habituel de souffrance où le tenait sa santé, a été heureux. Je reprends ma joie et mes ailes, dit-il quelque part, et je vole vers d'autres clartés. Quand les affaires de ce monde lui pesaient trop, il trouvait un asile tout préparé dans les régions de lumière qu'il s'était créées et où il passait la meilleure partie de sa vie. Je n'aime pas, pour mon compte, les moralistes qui n'ont à nous faire entendre que des paroles d'amertume et de découragement ; leur air malheureux me fait douter de la sincérité de leur vertu; on dirait presque qu'ils regrettent le vice. S'il y a un homme heureux en ce monde, ce doit être l'honnête homme, et la sagesse profonde de Socrate brille en ceci surtout, qu'au moment même de mourir il savoure, si je puis ainsi parler, le bonheur de sa vie tout entière et le calme de ses derniers instants !
Je ne veux ajouter que le passage suivant de La Bruyère, c'est le meilleur résumé que je puisse donner de mon opinion sur les Pensées de M. Joubert : « Quand une lecture vous « élève l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentiments no« « blés et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour • juger de l'ouvrage ; il est bon et fait de main d'ouvrier. »
à juin 1842.