‹ Correspondance de J. JoubertChapitre 7 sur 142 · DE M. J. JOUBERT · texte numérisé non relu

DE M. J. JOUBERT

en effet, de celle de sept autres enfants, et son éducation dut se ressentir de la gêne qu'apportait, dans une fortune étroite, la survenance de tant de puînés. Nous n'avons, au surplus, d'autres détails sur les premières années de sa vie que ceux qu'il a donnés luimême dans sa correspondance. Il rend grâce au ciel « d'avoir été un enfant doux, » et raconte, avec une naïveté sous laquelle on sent des larmes, l'amour passionné qu'il avait pour sa mère, femme d'un mérite éminent, qui, à défaut d'autres richesses, avait du moins donné à ses enfants celles du bon conseil et du bon exemple.

À quatorze ans il avait appris tout ce qu'on pouvait apprendre alors dans une petite ville du Périgord. Il partit bientôt pour Toulouse, dans le dessein d'y étudier le droit et de se consacrer ensuite au barreau. Mais il ne tarda guère à reconnaître que son instruction classique était fort incomplète, et que l'étude austère des lois répondait mal aux besoins de sa vive imagination. Son goût pour les travaux littéraires l'avait rapproché de quelques pères de la Doctrine chrétienne chargés de la direction du collège de Toulouse. Habiles comme les jésuites, leurs prédécesseurs, à démêler dans la foule les jeunes gens propres à honorer la congrégation, les bons pères savaient, comme les jésuites, les attirer à eux par de riantes espérances. M. Joubert ne résista pas à celles qui s'offraient a lui.

Tl LA VIE ET LES TRAVAUX

La certitude d'échapper à l'isolement et au besoin, ïa sécurité de l'avenir, une existence commode mêlée de loisirs et d'étude, tout le séduisit. Il entra donc dans la Doctrine, et, sans prononcer de vœux, sans aliéner par conséquent sa liberté, il y resta jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, disciple chéri de ses maîtres et maître chéri de ses disciples. Les jeunes doctrinaires, en effet, chargés, à leur début, du professorat des basses classes de latinité, suivaient simultanément les leçons des vieux pères qui, blanchis dans l'étude, avaient pénétré avant eux les secrets de l'antiquité grecque et latine. Professeurs le matin, ils redevenaient le soir écoliers, double rôle à la fois profitable aux élèves et aux maîtres, et qui pourrait expliquer, en partie du moins, le long succès des congrégations enseignantes.

Cependant M. Joubert n'avait pu supporter, sans en souffrir, les fatigues de renseignement. Sa constitution délicate répondait mal à l'ardeur de son zèle, et, après quelques hésitations, il reconnut qu'il y avait pour lui nécessité de songer au repos. Ce fut. à Montignac, près de sa famille, qu'il alla le chercher. Les années 1776 et 1777 qu'il y passa ne furent pas perdues pour la culture de son esprit; il les employa, non-seulement à approfondir ce qu'il avait appris chez les doctrinaires, mais à acquérir une connaissance plus étendue de l'antiquité, en pratiquant ceux des auteurs anciens qui restent habituellement en dehors des études classiques.

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