A J, J. ROUSSEAU
due après mon retour de Buren, où j'ai i)assé les premiers jours de mon mariage.
Vous me donnez des avertissements sur l'affaire la plus importante et la plus durable de ma vie. 0 mon cher maître, avec quoi puis-je reconnaître l'amitié que vous avez pour moi? Achevez votre ouvrage, songez
l't déjà marié! Monsieur, vous avez entrepris de bonne heure une LTande tâche. Je sais que la maturité de l'esprit peut suppléer à l'âge, et vous m'avez paru promettre ce supplément. Vous vous connaissez d'ailleurs en mérite, et je compte sur celui de l'épouse i[\\e vous vous êtes choisie. II n'en faut pas moins, cher Kirchberger, pour rendre heureux un établissement si précoce. ^'otre âge seul m'alarme pour vous: tout le reste me rassure.
Je suis toujours persuadé que le vrai bonheur de la vie est lians un mariage bien assorti, et je ne le. suis pas moins que tout le succès de cette carrière dépend de la façon de la commencer. Le tour que vont prendre vos occupations, vos soins, vos manières, vos affections domestiques, durant la première année, décidera de toutes les autres. C'est maintenant que le sort de vos jours est entre vos mains ; plus tard, il dépendra de vus habitudes. Jeunes époux, vous êtes perdus si vous n'êtes qu'amants; mais soyez amis de bonne heure, pour l'être toujours.
La confiance vaut mieux que l'amour, lui survit et le remplace. Si vous savez l'établir entre vous, votre maison vous l)laira plus qu'aucune autre ; et dès qu'une fois vous serez mieux (liez vous que partout ailleurs, je vous promets du bonheur IKiur tout le reste de votre vie
Adieu, très bon et aimable Kirchberger; faites, je vous i)rie, a trréer mes hommages à madame votre épouse; dites-lui combien ille a droit à ma reconnaissance, en faisant le bonheur d'un homme que j'en crois si digne, et auquel je prends un si tendre intérêt.