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Correspondance de la cour

Sur une Dénonciation faite contre son Civisme, aux Jacobins , par le Sieur Bourdon.

1 Jour don , je t interpelle de répondre au tribunal de Fopinion publique. T u neluiéchapperas pas, et tu lui rendras compte de cette infâme pétition que tu m’attribues, et dont tu es sans doute l’Auteur.

1VI a i d a t a i res d’un peuple qui n’étoit pas né pour les fers ? prêtez-moi une oreille attentive.

ÏHENEWKERRI

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Je vivois an milieu des troubles et des orages , je vivois dans la sécurité de l’innocence , je n’éprouvois de terreur que pour mes concitoyens , je desirois , il est vrai , une révolution philosophique , digne de la sainte humanité , digne enfin de voa principes républicains -7 mais rassemblée constituante en décida autrement 5 elle avilissoit les tyrans et les conservoit. Cette constitution si vantée n’a produit qu’un gouvernement monstrueux. Je Pavois prévu , et la journée du 10 a justifié ma prédiction. Mais ^ voyons ce que je fus 9 voyons ce que je suis , aux yeux des mauvais citoyens.

Je ne fixerai pas votre attention surîmes principes , vous les connoissez j mais la calomnie m’a réduite enfin à vous parler de moi 9 de moi seule , et m’oblige de fixer vos Tegards sur lés périls dont on me menace.

Le sieur Bourdon reproche à la société des jacobins de ne pas porter son attention entière sur moi ) pour aiguiser les poignards qui doivent m’assassiner , il atteste que je suis fille de Louis XV ; il ajoute que je colporte une pétition qui ne tend à rien moins qu’à remettre sur le trône Louis XVI. (Moi, remettre sur le trône ce traître\ Quelle criminelle calomnie ! ) Et c’est par de semblables billevésées qu’on agite , qu’on trompe le peuple ? et qu’on fait égorger les citoyens !

Sont-ee-îà , mandataires du peuple , les hommes qu’on a choisispour gouverner l’Etat? O sénat français ! montre-toi tel que tu dois être y lève-toi tout entier , et rejette de ton sein ces membres impurs qui te déshonorent et qui souillent Pauguste enceinte d’où doit sortir le salut de la république.

Je ne suis point la fille d’un roi, mais d’une tête couronnée de laurier $ je suis la fille d’un homme célèbre , tant par ses vertus que par ses talens littéraires. Il n’eut qu’une erreur dans sa vie , elle fut contre moi. Dans ce moment , je n’en dirai pas davantage $ je paroi trois trop intéressante par un plus long détail 5 il s’agit de ma justification politique , je ne veux pas séduire mes juges , je né veux que les convaincre. Mes preuves seront succintes , et accompagnées de pièces incontestables.

En 1782 ^ je fis le drame intitulé : L?Esclavage des Noirs , imprimé en 1784? et représenté à la comédie française en 1 789. Cette production , devenue célèbre par les sociétés qu’elle a produites , et par la révolution de l’Amérique , n’est pas , pour confondre mes ennemis , une demie-preuve pour moi 5 ma démocratie et ma philosophie effrayoient depuis long-temps les esclaves de la cour 5 mes remarques , mes bojis mots sur la déprava—

tion de cette cour perfide^ sont connus ; on les a cités dans différentes circonstances.

En 1788 , je publiai ma lettre au peuple et l’impôt volontaire. Cette première production politique fixa les regards de la nation et du gouvernement.

l e citoyen Mercier , philosophe célèbre , et député a la convention , frémit pour moi ,

il peut attester cette vérité.. Quoique

femme ., me dit-il , vos écrits sont trop populaires et trop énergiques , dans un moment où l’on redoute la révolution que vous préparez. Croyez-moi , dérobez-vous aux poursuites des tyrans , et prenez les persécutions qui m’ont assailli pour exemple. Fière et hardie comme ce même Mercier , comme Jean- Jacques , je n’en fus que plus entreprenante.

Je publiai bientôt mes réflexions humaines et patriotiques , et le bonheur primitif de l’homme. Le premier de ces deux ouvrages traitoit énergiquement des misères du peuple ( c’étoit à l’entrée du grand hiver). Cet imprimé effraya les riches particuliers et la cour. La bienfaisance se répandit avec profusion sur les pauvres manouvriers sans travail. Je proposai les ateliers publics ; on les adopta ; et je puis me glorifier d’avoir électrisé les cœurs de cette sainte humanité.

Voyez les journaux de ce temps , et vous reconnoîtrez aus,si , sénateurs , qii’nne femme porta la première le charme de l’indépendance et le flambeau du patriotisme dans la chose publique.

Qu’ étiez-vous alors , Marat , Robespierre , Bourdon ? Des insectes cronpissams dans le bourbier de la corruption , d’où vous n’ètes pas encore sortis. J’étois déjà un grand homme , que vous n’étiez encore que de vils esclaves. Les faits parlent mieux que moi. Je poursuis mes preuves.

La révolution s’opère, et je la suis avec la tendresse d’une mère pour un enfant idolâtré. Je vois des trahisons de toute nature ; je le démasque : on ne veut pas m’en croire. Je donne cent projets utiles $ on les reçoit mais je suis femme , on ne m’en tient pas compte.

Louis XVI part pour Varennes; je ne vois plus en lui qu’un traître. On lui pardonne , et la constitution signée , on me réduit à lui pardonner aussi. Je connoissois les vices- de cette constitution , et la dépravation des co/t * électeurs . J’en avois assuré la marche impos* sibie dans tous mes écrits. Je ne me suis pas trompée ; mais je savois respecter les loix qu’elle me donnoit. Je craignois qu’une seconde révolution ne produisît une secousse désespérante , et ne précipitât cette mallieu*

rewse patrie dans l'abîme où elle étoit prête â s'engloutir. Relevée par la journée du 10, elle est aujourd'hui au plus haut degré de splendenT qu'elle puisse atteindre 5 mais si elle Fait un pas rétrograde, elle est déchirée par lambeaux , et les tyrans de la terre s'en partageront les restes. Déjà trois gouvernemétis depuis trois ans ! et si les factieux V emportent,nous té irons pas jusqu’à la fin de la troisième législature^ (^)ue deviendra , aux yeux de l'Europe entière , cette révolution si vantée 5 dont nous étions si fiers ? ISF ous voulions servir de modèles au inonde , et nous n’en serons que la honte et l'effroi. Les affreux égoïstes , qui s’honorent du titre de ci toy ens paisibles . achèvent d'égorger la chose publique \ ils abhorrent les factieux , mais ils les laissent agir 5 et , tremblans toujours pour leur vie , ils en devancent le terme. Ré veille-toi > lâche insouciance j la Renommée publie par-tout nos victoires : Paris seul peut les flétrir 5 l'esprit de 89 doit renaître pour effacer l'esprit du 2 septembre.

C'est ainsi , sénateurs y que j'ai constamment releve l'esprit public : voilà mon crime aux yeux des conspirateurs. Dans tous les temps je les ai poursuivis $ ceux de la cour , ceux de la ville ; en un mot, j'ai affronté et leurs poignards et leurs poisons . Ce n'est pas encore assez pour convaincre , dans ce siècle pervers , de toute la pureté de mon aine j

©lie est portée à un trop haut degré de perfection pour qu’aucuns , j’ose le dire , excepté ceux qui , comme moi , exposent leur vie pour la cliose publique , soient en état de l’apprécier. Les Brutus, les Beaurepaire, sont désignés pour les grandes époques du monde y si je n’ai pas'leur célébrité , j’ai toutes leurs vertus. C’est avec ces armes pures, que je défierai les poignards des lâches assassins. Si je meurs par leurs coups , ma vie en sera plus glorieuse dans l’avenir , et l’ombre des médians fera ressortir davantage les traits de mon tableau.

Je reprends mon texte : Peu de jours après ce fameux voyage de Varennes^ je publiai mes adresses au roi ^ à la reine , au ci-devant prince de Condé^ etc. On n’en a pas oublié .l’énergie , elles renferment l’exacte relation du sort de Louis Capet. Quelles démarches ne fis-je pas alors pour que ces adresses fussent mises sous ses yeux ! M. Gouvion s’en chargea , me promit de les remettre , et je dus l’en croire \ car , il m’assura qu’il n’étoit question que de moi au château ; que j’inquiétois vivement les esclaves de la cour , etc. Je ne tardai pas à être assaillie d’une foule d’émissaires inconnus qui se présentèrent chez moi , pour me demander de ces adresses. Entr’autres un vieux commandeur de Malte , lequel portoit sa vieille décoration dans sa poche , chercha ^ dans une

conversation adroite , à m’intéresser au sort déplorable , disoit-il , de Louis XVI j et de sa respectable famille. Ma réponse fut si brève et si démocrate , que je ne lui donnai pas le temps d’achever sa période j je la terminai brusquement ,, en me levant , par ces mots : « Les rois sont des vers rongeurs qui dévorent la substance des peuples jusqu’aux os Aussi- tôt le ci-de vant commande urprend sa canne et son chapèau, et me dit , en sortant : « Je vous croyais royaliste , madame ?

; Oui \ monsieur 5 je le suis , mais dans l’esprit de la constitution , et hors d’elle^ je ne cannois plus de roi ».

Quelques mois après , arriva la disgrâce du sieur Duport. On me dispensera de dire tout ce que je pense de cet homme. ; On me reproche sa connôissanee y je dois dire la vérité pour ce qui me' concerne : je le connoissois avant qu’il fût ministre , et c’est le seul homme dont j’aurois attesté la probité. Je lui déclarai ouvertement la guerre dès qu’il fut en place : l’amitié et la chose publique rn’en faisoient une loi. Je lui montrai l’abîrne sur lequel il échafaudoit sa fortune et ses dignités. Quelque fût sa dissimulation;, je m’apperçus que mes observations lui devenaient insupportables. Je mis le comble à son ressentiment par une conversation que j’eus avec lui chez moi , en présence de plusieurs personnes , et dans laquelle je le traitai comme

le plus Vil des esclaves : c’étoit à l’époque où ce citoyen , corrompu parle poison subtil de la cour , s’avisa de recevoir dans l’antichambre afe son maftre Xa. députation de l’assemblée nationale. Il osa alléguer l’étiquetté, 1 usage. A ces ra'ots , je ne me connus plus. L’étiquette , l’usage , lui dis-je en colère , à l’égard des représentans du peuple ! C’est a ce roi qu’il appartient d’aller au-devant du souverain. Il voulut me persuader que je n’entendois rien en politique. « Anti-philosophe » mauvais citoyen, lui répondis-je de toutes » les forces de mon ame , je la connois mieux » que vous ; nous avons , j’en conviens , une » manière bien differente de l’observer. Lès » effets feront foi ; mais brisons là ».

Dans une autre occasion , je lui dis dam* sort Cabinet , à l’égard de mon fils qu’il promeitbit depuis di'x-li n 1 1 mois , de promesses en promesses. » Mon fils a mérité par lufr » même de l’emploi ; et croyez-vous que sa » meré^nd le lui ait pas acheté par trente » mille livres an moins qu’elle a sacrifiées » pour sa patrie»? — Ah ! s’écria-t-il, avec le ton de la sensibilité ministérielle : «C’est » une grande sottise de se ruiner pour des » ingrats! Ah! si vous aviez voulu , si vous » saviez.... si vous vouliez encore.... si l’on » pouvoit compter sur vous ». — .

Je lui coupai k parole : « Me vendre

” «m crises de. J» cour, lui

^ dl^ 6 Y™ Çefl’cstpas ce que je

» prétenrlcis , en se reprenant tout-à-coup,

» ^-T?ant mieux pquç vous , je n’en veux * P>f Wlr davantege , et je cours de ce » paschez vo tre digpe collègue Narbonne ».

A peine fus-je arrivée chez le sieur Narbpnne , que Duport s’y présente àvecM. Calijer dç Oerville; je fus admise devant ce triumvirat, L homme de la cour fut extrêmement aimable ; mais lui ayant observé que je nç venois pas chez lui pour entendre des comphniens, je le rappelai à son devéir, je persifllai beaucoup la prétendue rixé de cef messieurs qui s’est élevée au conseil du roi. Je n’en suis pas dupe , lui dis-je ; vous faites comme '

<llli copyienpentde disputer ensemble pour qu’on ait plus de cou-

hànce en eux. A cette remarm.»

( Vi )

des larmes sur k tombe de ce mStyr de Ta loi ? Je veux admettre les femmes à cette cérémonie nationale ; et pour cet effet je mie lève de mon lit, où j^é fois menue par tfne fausse fluction de WoiVnnÂ

semblée nationale ) pàr-foupjè suïs accueillie.» et mon Vœu 'est exaucé. Il falïoit donner des voiles et dés bein titres aux Mies du peuple t pour cet effet , il ialloit que la coÜecte fût considérable ; le Sieur Brousse dés FaucheretS et les architectes de c’étte fête , m’apurent qu il n y avoit que moi qui puisse se charger

d augmenter là rem^e, si je Voulois que ks filles indigentes dti peuple pussent orner lecortege. Je vais quêtant partout 5 mais lé Citoyen Petion , ihairS dè Pâilâ , m’àyant. fait ooservèr j Saris doute salis le vouloir, que le médians pOüvroieiit so&peonhër nié défiqatessé , je ne vOüîu's pis' reèëvoir un sol de personne , et f engageai MM tés donataires a envoyer leurJ bfffândel Mx lécfîons ou a la municipalité.

Jf ^°u^u?,int6fes?eçjia ,cj-ievànt reine a cette sousertptiony j& lui fîs ]a léttre éhergiqpe (jue j imprimgû dans le temps j mais là k lu',faire Pafv'enii' 1 et e’étoit

Je fis le pénible êÉfaf? dé nie transporter

S" 31116 ^ez > .sieur jhissac , Wuel ,

apres une conversation assez curieuse* *î

3-"^^ j® k Teine , k trop fameuse princesse Laniba«e. Celle que

} eus avec cette femme , entLcMeàes vaine* prérogatives qu’elle appelpit son rang, »’est

ETTf *r*«Wr )e « aJL «1

Snï^t •’ daMS -Une ^ène

^pq actes , que je vais donner sous le titre de da France sauvée, ou le Tyran détrôné

conno t ’ J*!®®Père i on achèvera de me

LambaHe’ $*édlCtion ^ k dame ballp^ et dans ma conversation et dans

erribf 6 ’ S pd *éri®é(> 4’we manière si

ferfif P°Ur °Iie ’ <ïue la malheureuse m’a

es h^ZCrUe ? en i fe compjfee de

Ayant échoué auprès de ces deux per- ■ 11I3foes ? Je m adressai en dernier ressort

civiîTUr -Prrte ?, de la liste

J £ j qUf rp 1?r0it ^ue Ie «ieur Brissac et la dame Lani Dalle , s’acquitta de ma mis-

-on avec plus dp politiqu^que de dvlmet n sera sans doute étonné que jusqu’à ce ornent , j aie gardé le silence sur cet objet : aïs lorsqu on réfléchira que je n’ai pas dû pprsdèuter la cour, ptfHHm’en faire un tro- > °° rend™ Prêtre quelque justice ? ?*? a38® m°dest.le » 9'ui i en rem plissa n t

ie but de mon ■vrai • .

par la publicité. Sénateurs , peuple 9 les voici ces lettres avec leurs réponses : lisez-les $ et si vous le pouvez 1 étouffez cet enthousiasme d’admiration que vous ne laissez pas aisément échapper en -faveur de mon sexe.

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