A DANIEL O'CONNELL
18 octobre 1835.
Votre nom, monsieur, remplit l'Europe; le mien peut-être vous est inconnu. J'ai cependant un titre près de vous; un de mes aïeux, banni de la terre natale par les oppresseurs de son pays, était Irlandais. Ce souvenir personnel me rendit plus douces encore les faibles marques de sympathie ^ qu'à l'occasion de la disette qui affligea l'Irlande, il y a peu d'années, j'eus le bonheur de pouvoir offrir au noJjle et malheureux peuple dont vous êtes l'une des plus belles gloires.
La cause que vous défendez avec un si rare talent, et une persévérance non moins rare, n'est pas la cause d'une seule nation, mais celle de l'humanité, et quiconque souffre pour cette sainte cause a droit, dés lors, à votre intérêt Ces confesseurs
* Voici la lettre qui motiva la demande adressée par Lamennais au champion de l'Irlande opprimée. Nous n'avons pu retrouver la réponse d'O' Connell.
M. LANDOLPIIE A. LAMENNAIS.
« Monsieur et cher coreligionnaire,
« Je profite de l'ohhgeance d'une personne de votre conuaissance (M. Porquelf libraire à Londres), pour vous donntr de nos nouvelles, et nous rappeler à voire souvenir. Nous sommes, ici, onze évades de Sainte-Pélagie. J'habite avec Lebon, Vigncrle et Pichonnier.
« ici, nous nous entretenons bien souvent de nos amis de France, et de vous en particulier. Nous avons été vivement émus de la Préface que vous avez ajoutée à votre beau livre, et dans laquelle vous avez eu la bonté de parler de nous. Nous vous remercions de ce bon souvenir pour vos amis, les Accusés d'avril.
« A l'étranger, comme dans les prisons de Louis-Pliilippe, nous avons encore besoin de votre appui, et nous le réclamons hardiment, parce que nous avons appris à connaître votre zèle. Des lettres de votre main lèveraient aisément les difficultés que l'on rencontre, en grand nombre, en Angleterre, lorsqu'il s'agit de se caser. Si donc vous connaissiez quelques personnes à Londres, ayez la bonté de nous envoyer pour elles des lettres de recommandation.
« Lebon, Vignerte et Pichonnier sont heureux de se rappeler à votre souvenir.
« Tout à vous.
« Landolphe. »
(( Beak-street, 2, Regent-streel, London. «Londres, le 25 septembre 1835 »
- \.\Ave7iir, en effet, avait ouvert une souscription dont il est parlé dans une des lettres précédentes.
DE LAMENNAIS. îTi
(le la juslico, poursuivis par la peur et l'implacable haine dtîs Pouvoirs enneniis de la liberté, sont aujourd'hui nombreux dans le inonde. Quebjues-uns d'eux, écha[)pés des prisons où les avait jetés le lyrannique gouvernement qui pèse sur la France ', ont cherché un asile en Angleterre. Etrangers, ils y ont besoin d'appui pour se créer, par un honorable emploi de leurs connaissances et de leurs talents, les ressources nécessaires à des exilés, et c'est de vous, monsieur, que je sollicite cet appui, (ju'ils n'accepteraient pas de tous indistinctement. Fier d'avoir été choisi par eux pour coopérer à leur défense devant le tribunal monstrueux auquel on les avait livrés, ce sont des frères que je vous présente, avec la confiance certaine qu'ils en trouveront un autre en vous.
Recevez, monsieur, l'hommage sincère de mon admiration, de mon dévouement et de mon respect ^