AU MKME
P.\ris, le 16 novembre 1837,
Je profite d'un moment que je n'espérais pas aujourd'hui, pour nie condouloir avec vous, mon chei* ami, des déconvenues électorales. C'est la petite pièce après la grande, ou dans la grande, comme vous voudrez. Vous savez que M. Chabi'ol de Volvic a eu, de compte fait, une voix; et l'on ne peut pas dire que ce soit la sienne; cor, — heureusement, en cette occasion, — le pauvre homme n'a j)lus de voix, peut-être parce qu'elle lui serait parfaitement inutile, faute du reste, assuret-on. Je m'en rapporte. Une autre perte, pour la Chambre, est celle de M, Formon ^ Connaissez-vous M. Formon? vrai-
* M. Formon ne faisait pas partie de la Chambre clissoiitc : il était simplement au nombre des candidats légitimistes pour la nouvelle Chambre, et avait précédemment (sous la Restauialion) li-iuré dans quelques-unes des assemblées léi^islatives. Au demeurant, et bien que le portrait si lestenient eidevé par la plume incisive de Lamennais ne manque pas d'une certaine vérité ironique. M. Kormoti, que nous avons eu la bonne chance de rencontrer IVéqucmment, était, autant (pie nous en avons pu juger, un galant honmie, dont les alïaires privées, gérées avec une probité parJaito et un grand bon sens, prospéraient merveilleusement.
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ment il est à connaître ; c'est le meilleur des humains, ancien auditeur au conseil d'État, bonne tête s'il en fût, puisqu'il dirige pour sa quote-part les conseils des légitimistes, et qu'il n'en est qu'à sa troisième apoplexie ; je ne prétends pas qu'à raison de ce, et par d'autres raisons, il ait la parole bien facile, bien nette, bien brillante; mais quelle solidité! quelle immobilité! c'eût été l'obélisque de la Chambre : je ne pardonnerai jamais aux électeurs qui l'ont privée de cet ornement. M. Viennet y défend sa place tant qu'il peut ^ ; il somme les huissiers de la lui garder : vous avez vu sa lettre ? elle est bien de lui ; cela ne s'imite point, ne se devine point. Le Charivari s'est avoué vaincu ; il a rendu les armes.
Ces élections, qui nous divertissent, ne sont pourtant pas réjouissantes pour tout le monde. Le gouvernement s'en inquiète-jil est sûr, et trés-sûr, de sa majorité; mais, derrière elle, une minorité, dont il ne soupçonnait pas l'existence, lui est tout d'un coup apparue, déjà forte et présentant les caractères, alarmants pour lui, d'une rapide croissance. En beaucoup de collèges, les ministériels môme ont été forcés de changer d'habit et de langage, et de se prononcer pour des principes qu'ils avaient jusqu'ici repoussés avec une extrême violence: où ce mouvement s'arrêtera-t-il? le Pouvoir l'ignore, et l'avenir lui promet plus d'une tribulalion ; il ne saurait désormais compter sûrement sur l'appui de ceux mêmes qu'il croyait avoir liés, par leur propre intérêt, à ses intérêts et à son système , et s'il en est ainsi de cette fraction à moitié pourrie de la nation, qu'est-ce donc de la nation entière? 11 y a là de quoi faire réfléchir sérieusement. Depuisles lois de septembre, il s'est opéré dans les esprits une sorte de ti'avail secret, dont il est difficile d'apprécier l'étendue, mais dont le résultat, plus ou moins prochain, ne saurait être prévu avec une extrême satisfaction par c^.v gens-là, connue les appelle l'empereur Nicolas, au dire de la Quotidienne. Ma satisfaction, à moi.
M. Vieiinet avait éclioiié, à Béziers, contre M. Fiourens. A force de réclamations, il obtint une seconde épreuve, qui fut encore (8-9 février 1858} favorable à son concurrent. Cet heureux échec lui ouvrit, au reste, l'accès de la Chambre des Pairs {
DK LAMKNNAIS. iSi
serait d'apprendre, mon clier ami, (jue vous continuez de vous bien porter, d'être gai, joyeux, et que vous nous reviendrez bientôt '.