A MADEMOISELLE ANGÉLIQUE DE TRKMEREUC
A la Chênaie, le 20 octobre 1829.
Que je vous remercie de votre souvenir, mon excellente amie ! et en même temps que je regrette d'en être réduit à quelques lettres de fois à autre, après une si longue et si douce habitude de vivre ensemble, de se dire tout, de se confier, pour ainsi dire, à chaque moment, tout ce qui pouvait passer par la tète et par le cœur ; mais Dieu l'a voulu ainsi : il faut se soumettre, il faut travailler à nous rejoindre un jour, pour ne nous plus jamais quitter. Je suis bien aise de vous sa-
voir à la campagne; on n'est tranquille que là ; rien n'est égal à la paix des champs ; rien ne remplace la douce liberté de celte vie naturelle et simple. Je conçois cependant toute la force du lien qui vous attire à Paris, et, de mon côté, je me reporte souvent en esprit dans cette chère rue des Postes. Il ne serait pas impossible que .nous nous retrouvassions à la fin de l'été prochain, quoique je ne puisse guère prévoir mes destinées de si loin. Vous savez combien peu je dépends de moi maintenant. Dieu bénit d'une manière merveilleuse ce que nous avons entrepris pour sa gloire : priez-le d'achever ce qu'il a daigné commencer.
Vous apprendrez avec bien de la joie que j'ai reçu, ce matin, dans notre petite chapelle, l'abjuration d'un jeune Anglais, âgé de dix-neuf ans, que la Providence m'a adressé d'une manière singulière. Je ne vis jamais plus de droiture dans aucune âme et une candeur plus aimable : je pense qu'il passera quelques mois ici ; voilà dix jours qu'il est arrivé ; je le recommande à vos prières...
{Le reste de cette lettre manque. )