G0 CORRESPONDANCE
n'cles-vous point blessé? pourriez-vous me donner des nouvelles de celui-ci, de celui-là? Et par exemple, moi, je vous en demanderai de notre ami de FI. ^, dont je ne sais rien, non plus que de B. ^. Ici, tout s'est, grâce à Dieu, passé fort tranquillement, et, sauf la couleur du drapeau, on ne dirait pas qu'il y eût rien de changé. Dieu veuille que cela dure! Les vaincus ont, de toute manière, mérité leur défaite, et celte défaite est sans retour. Il est à désirer que celte conviction devienne universelle, car de fausses espérances pourraient produire des maux infinis. Chacun doit aujourd'hui chercher sa sûreté dans la sûreté de tous, c'est-à-dire dans une liberté commune. La liberté, c'est le droit et la faculté de se défendre contre toute volonté arbitraire et oppressive. Il est à souhaiter ardemment que ce principe prévaille dans le gouvernement qu'on va nous donner, sans quoi nous tomberons sous un despotisme qui sera d'abord d'autant plus violent que sa puissance réelle sera plus faible. Il est évident que les vainqueurs sont déjà divisés entre eux; au fond de leur âme, les uns voudraient la République pure et simple; les autres, quelque chose de semblable au despotisme de Bonaparte : si ces derniers obtiennent quelques importantes concessions, la guerre commencera le lendemain, et l'on se poussera mutuellement, comme autrefois en Angleterre, à des persécutions, et peutêtre à des proscriptions. Quiconque est capable de prévoyance, doit donc désirer que la lutte entre ces deux partis soit rendue impossible, parmi mode d'institutions qui fasse du prétendu roi qu'on va présenter à la nation un simple mannequin ^
* Notre ami de Florence. — M. de Vitrolles.
2 M. Berryer.
^ « Excellents conseils, répond M. de Corioiis; mais, cher maître, pensezvous que tout ceci soit aussi facile qu'il le paraît sur le papier? Quand on n'a pas su s'organiser avant, s'organisera-t-on après? Non, non; il laut que les peuples fassent leur nuit. On verra (qui verra) au point du jour. A l'égard du « mannequin, » vous avez pleine satisfaction; mais de croire que la lulte entre les deux partis soit rendue impossible par un tel mode d'institutions, non, non encore. Je m'attends à la Républi(iue, et cela m'est fort égal. Je dis que je m'y attends, parce que les républicains seuls sont conséquents, et que, à moins d'un esprit de trempe rare, les révolutions ne s'arréleut guère qu'aux extrêmes conséquences...» il/, de Coriolis à Lamennais, 17 août 1850.
DK LAMENNAIS. 161
Alors tous ceux, quels qu'ils soient, qui auront des inlérôls coiriDiuns, pourront et devront, s'ils ont qu^'hiue courage (ît quelque sagesse, s'organiser, sans arrière-vues, [)ubli<iuernent et légalement, pour la défense de ses intérêts. Mais [)0ur cela, il ne faut pas que l'on s'isole, que l'on se panjue, pour ainsi dire, et que l'on mette un sot et funeste honneur à n'être rien et à ne se mêler de rien. L'homme ferme et qui ne se laisse point dominer par des illusions, ne s'abandonne jamais luimôme; il tourne le dos au passé, et marche la tête haute vers l'avenir pour y prendre sa place. Dieu veuille que cela soit compris !
Je fais des vœux pour que tant de secousses n'allèrent pas la santé de M'"*" de Coriolis ; que Dieu lui donne, ainsi qu'à vous, mon cher ami, paix, courage, repos; j'ajouterais: et bonheur, s'il y en avait sur cette triste terre !