‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 68 sur 140 · A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT

k la Chênaie, le 5 mai Ic^'iT.

La lettre incluse à M. de S. élait pliée et cachetée, lorsque votre lettre du 5 avril, et celle de la comtesse Louise, du 17,

DK LAMENNAIS. 313

inc sont nnivéos. (loinhicii y) suis liisto. do vos peines! Combien je suis trish; de vos soulTriiiices! Au nom de l)ieu , [)reucz sur vous, ne vous laissez point aller à un découra^eineiil qui abattrait lout à fait vos forces. Il viendra un meilleur temps, et, après tout, ne faut-il pas supporter la vie telle que la Providence nous la donne? l'allé est dure pour tous les enlantâ d'Adam, mais songeons à la récompense, à cette autre vie (jui nous est montrée là, devant nous, tout pr^s, et néanmoins dans la gloire môme de Dieu. Je supplie M. de Senfft de prendie soin de sa santé si* précieuse et si chère. Si le service que je lui demaiide devait lui causer le moindre embarras, je le prie en grâce d'oublier complètement que je lui aie écrit. Je pense à vous sans cesse dans ma tranquille solitude : je vous porte tous les jours au saint autel, là où tous les regrets s'adoucissent et viennent se perdre dans une éternelle espérance. J'ignore quand je vous reverrai sur la terre, mais je ne doute point (fue je vous reverrai. Croyez-le aussi, ce sera pour moi une assurance de plus de votre si douce amitié. J'aurais voulu passer ma vie près de vous. La Providence en a disposé autrenuMit; elle me crée ici des devoirs qu'il faut que j'essaye de remplir, et je m'attends à,de nouvelles épreuves. Paratum cor meuîti ! du moins je tâche de le préparer.

Voici quelques anecdotes que Ton m'écrit de Paris.

«... A la revue qui a eu lieu, le ifi avril, au champ de Mars, le roi a été singulièrement affecté de l'accueil un \)cu morne qu'on lui a fait. Rentré aux Tuileries, il a fait appeler M. le Dauphin, et lui a témoigné sa surprise et sa peine de n'être pas aimé de son peuple; M. le Dauphin lui a répondu que le peuple l'aimait, mais qu'il était mécontent de la loi sur la presse. Le roi a mandé les ministres. M. de Vil. a déclai'é que, des le principe, il n'avait pas goûté ce projet; M. de Peyronnet a assuré qu'il ti iompherait à la Chambre des pairs ; Corbière a ricané. Bref, le roi a ordonné le retrait*.

* l^a loi sur lu presse avait élé rclii-i'e le 17 avril. Le IG avril, l'histoire

ne mentionne aucune revue, mais seulement un service exceptionnel de la

garde nationale aux Tuileries, à l'occasion de la lotc du roi. I/accucil des

gardes nationaux lut trcs-clialcureux. Il émut le roi, et certains oHH-iers pio-

«... Un officier de la garde, dont le régiment a été en garnison à Rouen, me disait dernièrement qu'à leur arrivée dans cette ville le corps des officiers fit sa première visite à M. le cardinal, qui leur adressa des questions militaires sur le nombre de leurs soldats, les jours de marche, etc.; et qu'au sortir du palais épiscopal ils se rendirent chez le lieutenant général comnjandant la division, qui leur parla de l'état du diocèse, en gémissant sur le manque de prêtres!

« ...Une thèse vient dernièrement d'être soutenue en Sorbonne sous la présidence du cardinal de Clermont-Tonnerre. La séance a été ouverte par un discours latin du cardinal, dont la voix très-basse s'est élevée à la fin du discours pour déclarer « qu'on défendrait toujours en Sorbonne les droits du roi, « et qu'il fallait commencer la thèse parla. » En conséquence, M. Fontanelle, pour fournir au candidat l'occasion de défendre les droits du roi, a présenté des objections contre la doctrine du premier article de la Déclaration de 1682. Il paraît qu'il n'a pas mal argumenté, car le pauvre soutenant a élé obligé de dire que « le droit de décider les questions de justice sociale « ferait partie, sans aucun doute, du pouvoir de l'Église, si « Jésus-Christ ny avait pas expressément renoncé entre les « mai7is de Pilate.... »

Ecrivez-moi souvent, je vous prie. J'ai plus besoin de vos lettres que vous ne pouvez croire. Vous aurez vu à Gênes le cardinal Macchi. 11 se proposait d'y séjourner quelque temps. La vie de Rome ne lui sourit pas, ce qui fait qu'il ne sourit pas à Rome. Paris lui convenait, et il le regrette, c'est tout simple. 11 a toujours été fort bien pour moi ^

filèrent de l'occasion pour obtenir In revue qui fut passée treize jours après, conlraircnient au vœu des niinislrcs. On sait quelles en furent les graves conséquences. Ceci rappelé, concluons que le vrai motif du retrait de la loi sur la presse fut la réserve menaçanle avec laquelle la Chambre des pairs avait accueilli le projet ministériel.

* Lcllrc supprimée : — A M"'" la baronne Cliampy. La Chênaie, 7 mai

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