A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS
Le 25 septembre 1827.
Je profite avec empressement, monsieur le marquis, du retour de mes forces pour vous remercier bien cordialement des témoignages d'amitié que j'ai reçus de vous pendant la maladie à laquelle je viens d'échapper. Ma tète est encore très-peu capable d'application, mais je n'ai besoin que de suivre le mouvement naturel de mon cœur pour vous parler de la tendre et respectueuse affection que je conserverai pour vous jusqu'à la fin d'une vie doni j'ai vu le terme de bien près. Des personnes qui m'entouraient, aucune ne croyait la guérison possible : il y a eu un moment où le médecin ne me donnait que quelques minutes de vie. Dieu cependant en avait disposé autrement, et mon heure n'èlait pas venue. Une rechute a rendu ma convalescence lente et pénible; mais les accidents ayant disparu peu à peu, elle suit maintenant son cours naturel. Pardon de vous tant parler de moi. Vous pardonnerez, j'espère, ces minces détails à un honnne (oui élonné de se retrouver en ce monde. Celui où j'ai ité sur le point d'aborder valait mieux sans doute; mais puisque la Provi-
d'jnce m'a voulu encore dans celui-ci, il faut se soumcltre et bénir.
Oserais-je vous piler d'offrir mes respectueux honnnages à M'"* la marquise de Coriolis et à M*"" la marquise de Talaru? J'ai été bien sensible à l'intérêt qu'a pris à moi monsieur voire fils. Vous savez, munsienr le marquis, avec quelle tendre affection je vous suis dévoué.
Vos lettres me parviendraient sûrement si vous aviez la complaisance de les faire remettre à M. J. M. Martin, rue de Bourbon, n°2.
I^. — A M. r.ERRYER.
Le 25 septembre 1827.
J'ai été bien longtemps sans pouvoir vous écrire, cber bon ami, et je ne puis encore nie permettre que peu de lignes, tant ma pauvre tête est faible et se fatigue aisément. 11 faut du temps pour revenir de si loin. Ma convalescence s'est d'abord compliquée de spasmes; et puis la mort })resque soudaine d'un domestique auquel nous étions fort attachés, et qu'il m'a fallu confesser à la hà(e au milieu de la nuit, m'a occasionné une rechute, qui heureusement n'a pas été de longue duiée. De fortes doses de quinquina ont coupe successivement les deux fièvres qui s'entrelaçaient l'une dans l'autre, comme dans ma première maladie.
A présent les forces reviennent, et j'espère avant un mois pouvoir reprendre mon travail, avec liiscrétion pourtant.
J'ai éprouvé plus de tristesse que de joie de reconmiencer la vie; cependant je bénis de tout mon cœui' la miséricoide de Dieu, qui a voulu me laisser du temps pour me mieux préparer à paraître devant lui. Oh! combien nous devrions être attentifs à nous tenir toujours prêts, car nous ne savons pas quand nous serons appelés, et dans l'êtal où nous met la maladie, il est bien, bien diClicile de se disposer convenablement à ce grand passage.
Veuillez remercier pour moi M'"^ Berryer de l'intérêt qu'elle a pris au danger que j'ai couru. J'embrasse mon petit Arthur.
Mon frère, qui est ici pour trois jours, vous dit mille choses tendres. Quant à moi, cher, je ne trouve point de mots pour vous dire ce que je sens pour vous.