‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 91 sur 140 · M. CERr.YEn · texte numérisé non relu

M. CERr.YEn

Le 11 novembre 1827.

En voilà-l-il, mon cher ami? Est-ce assez pour une fois? soixante-quinze seigneuries nouvelles' ! J'ai le bonheur d'en connaître assez particulièrement quelques-unes-, et je répondrais d'elles corps pour coi'ps : âmefioui'àme, c'est une autre affaire. Ce qui m'afflige là dedans, au milieu de la joie publique qui sera grande sans doute, c'est l'oubli où le roi laisse des services tels que ceux de notre ami^. Je m'y attendais, et je le lui ai dit, mais cela ne me console pas. Du reste je pense qu'il

* Allusion à l'ordonnance du 5 novembre précédent, véritable coup d État parlementaire à l'aide duquel M. de Villèle, introduisant soudamemcnt soixante et fieize membres nouveaux sur les bancs de la pairie béréditaire. prétendait cliangcr la composition et les tendances politiques de cette assemblée.

- Les arcbcvcques de Tours, dAlby, d'Aucb, dAviîrnon et d'Amasic ouvraient la liste des nouveaux pairs et venaient l'ortilier ce qu'on appelait ironiquement a le Banc des évéqucs. » La congréi^ation y était représentée par MJI-. de Rougé, de Maquillé, Cliilllet, II. de Sesmaisons, de la Douilerlie, etc., etc.

^ M. de Yitrollcs.

DK LAMENNAIS. 305

saura se motlrc, ou plulôt rester au-dessus de l'ingratitude qui fut de tous temps, comme le marque Machiavel, • la vertu favorite des princes. » Kt puis, que perd-il.' J'avoue qu'en ce genre, je ne connais ni le désir ni le regret.

Enfin nos bicn-aiinés niinislres donnent huit jours ù la France pour trouviîr 41)0 hommes en état de gouverner. Cela lait honneur au pays. Je doute (ju'il y en ait un second où l'on osât smilement supposer que les législateurs y fussent aussi communs »'t la réflexion aussi promptii'. Nous vcirons le résultat; j'en suis curieux 11 n'y a pas dailleuis à ciaindre pour la Royauté, comme je viens de l'apprendre en lisant la brochure de M. de l'onald sur rOpposition et la liberté de lapresse. Tout serait à merveille, si l'on ne donnait pas de « distractions» aux ministres. Mais connnent voulez-vous (ju'fls conservent « leur présence d'esprit, » tant qu'on les fatiguera de droite et de gauche par mille propos qui étourdiraient des têtes encore plus fortes, s'il est possible? N'en déplaise au noble Pair, je ne crois pas du tout que ce soit « la présence d'esprit » qui manque à nos ministres; mais c'est déjà beaucoup d'avoir avoué qu'il leur manque quelque chose. Du reste leur apologie ne porte pas bonheur; et pour sa réputation, s'il y tient, l'apologiste aurait mieux fait de continuer à dormir son sommeil. Son livre, car (^'en est un presque, contient pourtant quelques traits assez fins qui n'auront pas l'éjoui M. de Chateaubriand. Celte petite guerre est bien misérable. Kn somme, nous nous apetissons furieusement. Il en résulte qu'on ne peut plus se fâcher contre cetti» pauvre société idiote, (pii s'en va à la Morgue en passant par la Salpétriére. J'ai vu hier mon fi'ère un moment, c'est- i'-dirc^ trois ou quatre^ hruri's. Nous avons parlé de vous, cher, et je suis chargé de vous le dire, en vous laissant deviner ce qui a été dit. Ce ne sera pas difficile à votiM^ canu' aimant et si digne détie aimé.

J'ai été obligé de suspendre le travail dont vous avez connaissance, pour arranger les petits ouvrages de piété dont le

' li'oiiioiiiiinico (le (lissoUuion, publii'o le (> novLMiibro |»;ir le Moniteur, lix.iil les éicclions au 17. I.e délai c'iail de dix jours |miu" Paris, de ciin|. tout ail plus, pour \os départements les plus éloiizués.

jugement me laisse la disposition. Cela me prendra plusieurs mois que je regrette. Je travaille maintenant à de nouvelles Réflexions pour V Imitation in-52 que MM. Belin veulent imprimer. Je trouve toujours que ces Réflexions iixreni par leur contraste avec l'inimitable naïveté du texte. Il en faut, cependant, puisqu'il y en a dans les autres éditions. On en aura donc, et tant pis pour ceux qui les ont voulues. Vous savez, cher, comment je suis à vous.

Page 1