A M. L'ABBÉ LABARRE
Avril 1872.
MOTNSIEUR l'abbé,
C'est amer, c'est embarrassant, et, à regarder humainement, presque cruel; mais dans le fond, ce n'est qu'une bénédiction qui entre en brisant les vitres. Beaucoup de bénédictions prennent cette voie,
I. Même sujet que les deux lettres précédentes. M. l'abbé Labarre, mort le 5 janvier 1875, était alors aumônier du pensionnat Saint- Joseph, à Senlis
et ne sont pas les moins efTicaees. Il ne fout qu'attendre un peu, et voilà justement ce qui ne nous plaît point eu ce temps-ci ; mais le bon Dieu n'est nullement tenu de s'accommoder à nos humeurs, et ce serait un terrible coup pour la race humaine, s'il se mettait à la traiter uniquement par l'électricité. J'ai trouvé d'abord que le Saint-Père me piquait bien sec, et qu'il m'introduisait dans les veines un bien acre venin; à présent, je commence à croire qu'il m'a simplement vacciné. Le Saint-Père fait toujours ce que veut le bon Dieu, même quand il semble ne le pas faire comme le bon Dieu l'aurait voulu. Attendons, prions que le vaccin prenne, et bientôt nous verrons que le Saint-Père a été plus sage que nous, et, s'il le faut, pour la satisfaction de ceux qui grognent toujours (ainsi que j'ai fait ces jours derniers), nous verrons qu'il a été plus sage que lui-même. En tout cas, réjouissons- nous d'être des fils d'obéissance, et demeurons fermes à suivre une autorité qui n'impose jamais le péché ni l'erreur.
Je vous prie. Monsieur l'abbé, d'offrir mon reconnaissant respect à la bonne sœur qui a ajouté un mot sur votre lettre. Croyez que je suis bien sincèrement votre dévoué serviteur,
Louis Veuillot.