A M. LE BARON ANTOINE DE PONNAT
2 février 1874- MoNSIElin LE BARON,
Vous me pressez d'employer les deux mois d'abonnement non servis pour couvrit' le déficit et les frais assez considérables de l'administration. Un grand nombre d'abonnés m'ont fait la même offre. Comme vous l'avez pu voir par ma lettre à M. l'abbé d'Alzon, je demande la permission de ne point accepter : l'arrangement que nous avons pris avec C Assemblée nationale réduit notre perte environ de moitié, et nous permet de la garder pour nous.
Encore qu'il soit très ennuyeux de payer l'amende comme au coin d'un bois, sans délit et sans jugement, ce n'est pas cette débauche de la police qui nous fait de la peine. Le Français doit s'habituer aux extorsions. L'humiliation et le supplice sont le silence forcé, les motifs qui nous l'imposent et le moment choisi.
J'ose prier nos amis de réserver leurs aumônes pour des besoins plus grands et plus sacrés que les miens. Il y a le Denier de Saint-Pierre, le Denier des prêtres persécutés, le Denier des églises à relever et à bâtir. Que [Univers, vieux et obstiné quêteur de ces précieux Deniers, reparaisse avec de belles listes pour le Pape, pour les prêtres suisses, poui' l'église triomphale du Sacré-Cœur, voilà qui pourra le consoler d'avoir passé deux mois au secret.
Je vous prie, Monsieur le l)aron, d'agréer mes remerciements très sincères et très reconnaissants. Vous me partlonnerez d'avoir tardé : les lettres que j'ai reeues à l'occasion de la suspension de l'Univers sont en tel nombre, qu'après quinze jours de travail assidu, nous n'avons pas encore achevé d'y répondre. La vôtre ou plutôt les vôtres, si animées de bienveillance et couvertes de signatures, étaient restées dans le glorieux las. Si j'avais prévu qu'elles vinssent à la publicité, j'aurais moins attendu. V Univers est poursuivi par des détracteurs qui perdent leur ardeur et leur temps. Aucun journal n'est honoré de plus nobles sympathies, je l'ose dire, et j'ose dire aussi qu'elles ne sont point usurpées.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur le baron,
Votre très dévoué serviteur,
Louis Veuillot.
A MM. FIÈRE, CVRÉ ARCHIPRÉTRE ; TROTÛBAS, FICAIRE; ROUX, BEUF, BOURY, PRÊTRES, O. M. C.
4 février.
Chers et vénérés Messieurs,
Tout cela nous montre qu'aucune hérésie n'est sincère et ne compte avec la justice de Dieu; mais Dieu non plus ne compte pas avec les habiletés de l'hérésie, et il fait justice en Dieu.
Quant à nous, nous devons maintenant combattre
CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT. kk3
pour un triomphe que nous ne verrons pas des yeux de notre chair; il est certain toutefois. Il faut que le froment soit broyé ou enterré. I^es tribulations des chrétiens sont la vie du monde. Bénissons notre sort et aimons-nous, nous tous persécutés invincibles, par qui règne le Christ éternel.
Tout à vous en Notre-Seigneur,
Louis Veuillot.
ce
A M. L'ABBÉ COURTONNEL'.
5 février.
Monsieur et vénérable ami,
Je vous remercie de tout mon cœur des lonsfues sympathies que vous m'avez gardées et de l'expression que vous voulez bien leur donner. Priez pour moi vivant et mort. J'ai bien aimé l'Eglise, et, avec cette gràc^ immense, j'en ai reçu d'autres, dont je devrai compte. Voilà à quoi je pense au milieu des félicitations qu'on m'adresse, et de quoi j'ai peur. Je me recommande aussi au jeune prêtre que vous avez élevé, et qui me montre des sentiments semblables aux vôtres.
Si je passais un jour par Breteuil, je serais bien