I. Diocèse de Bayeux
semence est dans la bonne terre, rien ne l'empêchera de lever. Cela ne fait rien qu'on lue le semeur^ il est même bon qu'on le tue quelquefois. Quelquefois la terre a besoin de cet arrosement, qui la réchauffe. La moisson en sera plus belle. Etienne avait semé, il arrosa. Quel soleil se leva à ses yeux mourants pour lui promettre de beaux épis ! Ecce i^ideo cœlos apertos, et Filiiim hominis stantem a dexiris Del. C'est le résultat du premier procès capital qu'ait perdu l'Église, et la première victoire qu'elle ait remportée. Ce miracle a été fidèle, il s'est toujours fait, il se fera toujours. Notre général est là, stantem a dextris Dei. « Ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le corps. Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. » Oh ! que ces choses sont bonnes à méditer dans les moments de silence forcé, et qu'elles dépassent de loin tous les triomphes du monde! En vérité, M. de Moltke ne. paraît pas si bon soldat que moi.
Je bavarde ; j'ai le cœur plein de joie. Il me semble que le bon vin du curé de Langrune agit encore. J'ai pourtant depuis un mois écrit plus de deux cents lettres. Adieu^ Monsieur le curé. Dites à votre excellent vicaire que je le salue de tout mon cœur.
Priez pour moi, et laissez-moi espérer que je reviendrai trinquera Langrune.
Voire tout dévoué serviteur et ami,
Louis Veuillot.
A M. JACQUKS MOURKAU.
ao février 1874.
3I0NSIELR,
Je VOUS remercie bien tard; mais Tabondance des lettres dictées par la svmpalhie qui vous a inspiré la vôtre, m'a empêché de le faire plus tût. Comme vous le dites, la raison véritable pour laquelle je suis persécuté, est profondément misérable. C'est une rancune de sectaire, pas autre chose. Elle montre ce que sont les hommes qui prétendent nous donner des lois constitutionnelles, et ce que peuvent devenir toutes les lois qui seront dans leurs mains. Tant que la France ne sera pas délivrée de ce restant de doctrinaires en tous sens, qui ont menti et qui mentiront à tous, elle ne sortira pas de l'enfer abject où ils l'ont entraînée. 11 nous faut des hommes nouveaux, et qui n'aient pas commis les crimes qu'ils seront chargés de punir. Nous y arriverons cependant; mais il ne faut compter ni le temps ni les peines, et il faut nous confier à Dieu, que nous voulons servir.
Agréez, Monsieur, mes sentiments respectueux et dévoués.
LoLMs Veuillot.