Cet officier est devenu plus tard le maréchal Magnan
2. M. de Chauvelin, malade, s'était fait transporter à la Chambre pour voter contre la loi.
de si bruyantes suites. Enfm ces bonnes gens veulent donner son nom à une de leurs places. C'est quelque chose de doux en passant par cette vie d'y être aimé un peu.
DXXVIIL
MADAME DE RÉMUSAT A SON FILS CHARLES DE RÉMCSAT, A PARIS
Lille, vendredi il août 1820.
J'ai regretté, mon enfant, que vous ne fussiez pas parti deux jours plus tapdS parce que je me serais amusée de la figure que vous auriez faite, jeudi, au moment où, donnant à dîner à ce monde que vous savez, tout à coup on ouvre la porte de mon salon, et on annonce : « Le comte Daru. » Je vous assure que c'était un petit coup de théâtre provincial, et vous auriez ri. Il est venu visiter une ferme qui lui appartient, et en même temps voir les prisons de
1. Mon père avait quitté Paris le 14 juin, après la fin de la discussion de la loi électorale. Il passa deux mois auprès de ses parents, à Lille, d*où il revint à P&tïs le 11 août, pour en repartir presque aussitôt et aller au château du Marais où il devait jouer la comédie.
bOO CORRESPONDANCE DE H. DE RÉMDSAT.
Lille; il les a parcourues avec voire père; il a élé à Loos; il a visité d'anciennes connaissances telles que Dejean et Baradère*. Il a élé beaucoup chez moi, et le voilà reparti pour aller voir si Tun de ses fils obtiendra quelque prix à Tuniversité. Nous avons un peu causé de Tancien temps et du nouveau. Votre père l'a trouvé à peu près comme il l'avait laissé, c'est-à-dire avec assez d'esprit et encore plus de préjugés. Une certaine odeur de chair fraîche avait amené chez moi, vendredi soir, quelques personnes qui étaient charmées de le voir. La conversation a été amusante ; elle l'eût été fort pour vous.
D'après ce que dit Daru, il semblerait qu'on attendrait le retour du Garde des sceaux pour décider en définitive la dissolution de la Chambre. 11 parle d'un grand mécontentement à Paris, d'attaques qu'on réunit pour le moment de la session, c'est-à-dire d'une foule de grandes et petites recherches sur nombre d'actes arbitraires d'autorité dont on fera bruit à la tribune; et, d'après ses paroles, le côté gauche sera vif et serré. Il a dit,
1. M. Baradère était intendant militaire à Lille. Sa flUe a épousé M. Delacour, qui a été, ainsi que son flls, député du Calvados.
rondement et tout haut, que les ennemis du ministère étaient charmés de la destitution de Camille Jordan et de Royer-Collard*, et que c'était une faute nationale dont les suites se retrouveraient en temps et lieu. Je le croirais assez. Il sait fort bien ce qui se passe au dehors, et particulièrement en Italie; il croit aux tentatives militaires de l'Autriche, et qu'elles hâteront la guerre civile, parce que, d'après ce qu'il a vu, les Italiens n'ont aucune peur des Allemands. Il n'a point trop d'aigreur contre certains hommes, mais du mépris, et un petit reste d'habitudes impériales qui lui fait dire des pauvretés. Au milieu de ses paroles, j'ai été bien aise de lui entendre déclarer qu'il croyait que la France avait besoin, pour son repos, d'accorder la liberté avec les avantages de la légitimité de ses souverains. Enfin, il ne m'a pas paru si diable que bien des gens le prétendent. Pendant qu'il était chez moi, M. de la G***, arrivant de Paris,
1. MM. Royer-Gollard, Camille Jordan, et Guizot avaient été rayés de la liste des conseillers d*Êtat, M. de Barante destitué do ses fonctions de directeur général des droits réunis, et nommé à une ambassade qu'il avait refusée. On avait de plus destitué ou déplacé vingt-cinq préfets. M. Guizot écrivait à ce propos à mon père : « M. de Serre a eu tort de ne pas vous faire maître des requêtes, Tan dernier; il vous aurait destitué avec nous, et je ne vous en plaindrais pas. »
est venu me voir. Il nous a dit qu'il avait vu toute la bonne compagnie, qu'il avait été au ChâteaUy que le roi était décidément malade, en ajoutant : € Yous comprenez que cela ne nous fait pas un gros chagrin? » Je souriais des paroles de notre petit comte, devant un pareil témoin. Il nous a raconté que deux faits charmaient le faubourg Saint-Germain : Le refus courageux que M. Pasquier avait fait à M. Decazes de Yillemain, et la destitution du préfet de Beauvais, qui avait imaginé d'aller saluer M. Decazes sur son passage : « Ce sont deux grandes victoires, disait M. de la G*". Voilà dés actions politiques. »
Daru l'écoutait avec une drôle de mine.